L’importance du deuil social interagit sur l’expression individuelle du chagrin

> > L’importance du deuil social interagit sur l’expression individuelle du chagrin ; écrit le: 22 février 2012 par abir

Les attitudes qui suivaient la perte ont toujours été codifiées par les différentes sociétés humaines. Cepen­dant, tout était fait pour limiter une période de tristesse exagérée. Au Moyen Age, la fragilité de la vie et des patrimoines conduisait veufs et veuves à se remarier au plus vite. Mais les pleurs pouvaient s’écouler ad libitum dans le cas de la mort d’un enfant. Les comportements d’automutilation n’étaient pas rares à cette époque et rappellent ceux des shiites d’Iran qui s’arrachent che­veux et sourcils, se griffent et se lacèrent la poitrine. L’Église va, dès le xve siècle, limiter ces manifestations pour prôner plus de discrétion (il s’agit ici de la nais­sance du refus de l’expression émotionnelle de la souf­france) en conseillant de se cacher sous un chaperon noir ou d’éponger ses larmes à l’aide d’un « pleuroir » (D. Alexandre-Bidon, 1998, p. 120).

Le signe de modernité, mais surtout d’humanité, par rapport aux émotions plus « animales », consiste à éviter un mode de réaction indigne qui consisterait à se répandre en pleurs. Les excès de la discrétion ont leur revers, car les funérailles ont de tout temps servi d’exutoire au chagrin. Mais les périodes de fastes succé­daient sans doute aux temps de restriction des senti­ments. Ainsi, les cimetières du xixe siècle regorgent de représentations théâtrales de la mort et des défunts, tan­dis que les simples croix alignées des combattants de la première, puis de la seconde guerres mondiales, souli­gnent la densité des morts, leur conformité au modèle du héros, mais aussi l’absurdité de telles pertes de masse.

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