Qu’est-ce que le deuil?

> > Qu’est-ce que le deuil? ; écrit le: 22 février 2012 par abir

Le mot latin dolere (souffrir) est à l’origine du mot dol qui a donné en français « deuil », mais surtout « douleur ». Le deuil est un « état affectif douloureux provoqué par la mort d’un être aimé ». Il désigne aussi une période, « la période de douleur et de chagrin qui suit cette disparition» (Encyclopœdia Universalis). A la fois vécu subjectif et temps passé douloureux, le mot « deuil » a une version sociale dans la terminologie fran­çaise. « Être en deuil de quelqu’un » signifie l’avoir perdu et lui devoir un certain nombre d’actions. Lors­qu’un peuple est en deuil de son monarque ou de son président, il marque cette période par une idéalisation et une abstention de critique qui favorisera un temps son suppléant (on parle parfois d’« état de grâce » pour le remplaçant). Chaque citoyen ne sera pas pour autant éploré ou même triste.

Le lexique français s’éclaire grâce à la terminologie anglaise

Le triple sens donné par la langue anglo-saxonne est plus complet. Au mot unique « deuil », correspondent différents substantifs anglais :

—   bereavement : c’est la situation objective du deuil. Elle traduit la perte en tant que telle sans faire part pour autant de la douleur affective ;

grief : ce terme est sans doute beaucoup plus fort en anglais que notre traduction de « chagrin » (plutôt employé pour les enfants, dans sa signification d’état de tristesse non contrôlé et non expliqué, submer­geant celui qui l’exprime). Grief décrit une tristesse éprouvante, douloureuse, que rien ne peut consoler. Seul le temps permet son amenuisement. Cependant, le constat de la disparition s’exprimera toujours sous forme de regret, même minime, formalisé par l’emploi du conditionnel ( « s’il était là pour voir cela, s’il avait connu cette époque, etc. » ) ;

mourning est une notion plus sociale qui désigne le fait de porter le deuil ou de participer aux funérailles (the mourners). Elle permet de distinguer la part sociale du deuil, de sa part affective. Jadis, quand les « deuil- leurs » n’éprouvaient pas de peine (nombreuses étaient les jeunes veuves à ne pas déplorer un mari trop âgé), porter le deuil signifiait essentiellement pré­server l’ordre social. Personne ne cherchait à voir si derrière les voiles épais ou les habits sombres se trou­vant une mine réjouie ou un corps enfin libéré…

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