Le travail de deuil selon la psychanalyse freudienne

> > Le travail de deuil selon la psychanalyse freudienne ; écrit le: 22 février 2012 par abir

Les travaux des psychanalystes vont encore se déve­lopper autour de la mort de Freud jusqu’à constituer l’un des modèles prégnants d’interprétation des réactions après la mort d’un être cher. Hélène Deutsch qui se penche aussi sur les « maladies du deuil » montre, dès 1936, que l’absence d’affliction est pathologique. Les ethnologues qui étudient le sujet dans des groupes variés soulignent l’importance des rites autour du deuil. Ces derniers, au même titre que les différents passages initiatiques de la vie, mettent en scène les émotions consécutives au changement d’état, tout en le rendant acceptable par l’ensemble de la communauté. Daniel Lagache (1938) montre ainsi que les rites de deuil permettent une séparation stricte entre les vivants et les morts, limitant du même coup la culpabilité mais aussi la durée du deuil.

Melanie Klein développe un modèle fondamental avec l’idée que tout deuil est la reviviscence d’un deuil originel, celui de la séparation d’avec la mère. Cette séparation correspond à la reconnaissance du fait que la mère est « un individu qui mène une vie propre et a des rapports avec d’autres personnes ». Contemporaine de la reconnaissance de la mère comme un objet total, c’est-à-dire susceptible de donner le bon comme le moins bon, la possibilité de voir s’éloigner sa mère sans se sentir abandonné va permettre à l’enfant d’explorer son univers extérieur, mais surtout son univers psy­chique. La tristesse suit la désillusion ressentie à l’égard de cette mère non entièrement dévolue à son enfant. Mais elle traduit également l’agressivité de l’enfant face à celle qui le laisse (pour le retrouver). Cette phase appelée « position dépressive » par Melanie Klein est indispensable. Elle permet la maturation de l’enfant et constitue le prototype de ses réactions ultérieures à la perte.

Les analystes postérieurs à Freud

John Bowlby va revisiter les approches de S. Freud à la lumière des thèses des éthologues des années soixante. Pour lui, l’attachement est central pour la survie de tou­tes les espèces supérieures. Dans sa trilogie des années soixante-dix, il illustre l’idée que le petit (d’animal et d’homme) se sert de sa base de sécurité maternelle pour explorer l’environnement… En dehors de la mère, point de salut !

Les éthologues, parmi lesquels le célèbre couple des Harlow, montreront bien que sans mère, les petits ont toutes les chances d’être dévorés par les prédateurs et que seule une puissante peur de la séparation les préserve de vivre ces délicats moments. La menace de séparation est donc un organisateur fondamental du déve­loppement de l’enfant.

Pour Bowlby, la période entre 6 mois et 5 ans est la plus sensible. Revivre une forte angoisse de séparation lors d’une perte à l’âge adulte est souvent le signe d’un deuil difficile, voire pathologique. En 1979, Bowlby définit trois types d’attachement pathologique : l’atta­chement anxieux, la recherche permanente de confiance (compulsive self-reliance), les soins maternels compul­sifs. Se basant sur l’étude d’enfants rejetés par leurs parents, menacés de séparation ou vivant une discontinuité des soins parentaux, il remarque que ces derniers adoptent des stratégies de contrôle et de priorité quant aux liens qu’ils peuvent créer. Les mères déprimées favo­risent particulièrement ce type de comportement chez leurs enfants, et ceux-ci sont ensuite très sensibles à la moindre rupture.

Les travaux de Bowlby confortent les données épidé- miologiques établies par la suite sur la sensibilité dépres­sive à l’âge adulte corrélée à la perte précoce d’un parent.

Enfin, Erich Lindemann va apporter une pierre importante à l’édifice du travail de deuil (dès 1944). A partir de l’observation de personnes traumatisées (pilo­tes pendant la seconde guerre mondiale ou parents de victimes d’un incendie), il décrit le travail de deuil.

Très concrètement, le sujet doit se détacher de tous les événements partagés avec le défunt. Ils peuvent être j    réels, mais également fantasmatiques. En effet, comment

des parents qui ont perdu un fœtus in utero pourraient- ils faire le deuil d’un enfant qu’ils n’ont pas connu ? Le travail de deuil s’appuie donc également sur des notions fantasmatiques. Toutes les situations partagées avec le défunt doivent être « démontées en pensées et en souffrances» (thought through and pained through). Cette déconnection, ce decathecting, est la condition sine qua non du iravail de deuil. Elle en justifie la longueur car il est basé sur les souvenirs, le présent (la réalité de la mort), mais aussi le futur et le renoncement aux projets.

Nombreux sont les analystes désormais penchés sur les endeuillés. De toutes les pratiques thérapeutiques, la psychanalyse est apparue longtemps comme celle qui apportait les améliorations les plus conséquentes en cas de deuils cumulés, de deuils différés, de statut d’enfant de remplacement… Pour les deuils plus courants, le sou­tien psychologique paraît en revanche suffisant.

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