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Propositions métapsychologiques:L’auto-érotisme nouvelle acception

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Pour Freud, la pulsion sexuelle ne perd un objet de satisfaction extérieur au corps propre, que lorsqu’il devient possible à l’enfant de «former la représentation globale» de la personne à laquelle appartenait l’objet perdu : il s’agit de la mère et de Min sein. Nous soutenons que l’auto-érotisme n’est réalisé que lorsque le petit sujet I iapporte l’objet partiel extérieur de satisfaction, à l’imago interne du corps qui lui est 1 propre. Avec ses traits spécifiques, cette imago ne se parachève qu’à partir de ce que lin en renvoie le miroir que par son savoir, sa compétence, son discours, l’autre maternel en fait valoir. Les soins, les attentions de la mère pour son enfant, concer­nent essentiellement le corps, ses fonctions, son fonctionnement; les discours qu’elle lui formule à leur propos, inscrivent dans tout un réseau symbolique de signifiants l’imago du corps propre que ce même enfant est progressivement conduit à se consti­tuer, pour finalement l’assumer globalement devant le miroir proprement dit (cf. à ce propos : le corps propre et l’incorporation signifiante). En retour, et à partir de cette unago symbolique, la mère prend progressivement forme pour son petit; ce dont elle prend peu ou prou conscience et ce qui la confronte à l’écart existant désormais, entre mi propre imago de son corps et celle du corps de son enfant. La représentation globale du corps propre de l’enfant, c’est-à-dire son imago, antécède donc et condi­tionne celle qu’il se forme de sa mère; et ce n’est pas par référence à celle-ci qu’il peut laisser la pulsion sexuelle se séparer d’un objet de satisfaction, mais par rél’dl rence à celle-là.

Pourquoi le nourrisson doit-il être progressivement conduit par le discours de su mère à se constituer l’imago de son propre corps? Pour que cette imago soit symboj lique, avons-nous dit. Mais pourquoi doit-elle l’être? Pour ne pas demeurer dans le seul registre de l’imaginaire ; car ce qui antécède, prépare et anticipe l’imago symbolique du corps propre, relève aussi de l’imaginaire, et plus précisément d’un rapport bi-univoque entre l’objet partiel réel mais extérieur (le moi), et ses images (le sein réel). En quoi un tel rapport lui est-il utile? Il l’est en ceci qu’il lui permet, grâce à ses images et à leur rapport non équivoque avec leurs objets réels extérieurs, de prendre consistance, do devenir ce que Freud nommait un Real-Ich, un moi réel pouvant à ce titre nouer des rapports avec le monde extérieur. La bi-univocité est par elle-même — puisqu’il s’agii de bi-univocité entre une image interne et un objet externe — déjà spéculaire, mais cette spécularité possède cette particularité de pouvoir se passer de l’autre (de la mère par exemple) comme du miroir proprement dit pour exister : c’est à elle que l’autiste veut rester, et c’est de son harmonie qu’il fait l’objet de sa satisfaction.

L’image symbolique du corps propre n’est virtualisable dans le miroir que si le parlêtre en herbe n’en reste pas à une bi-univoque relation avec le sein, fragment imaginaire de l’imago maternelle. Et l’auto-érotisme ne se produit justement que s’il n’en reste pas là, c’est-à-dire lorsqu’il rapporte ce sein à son imago symbolique du corps propre, imago qui du coup en devient partielle à son tour, par rapport à une imago idéalement globale, c’est-à-dire totale et sans faille; en l’occurrence la dyshar monie retrouve sa place, et l’auto-érotisme en porte lui-même témoignage puisqu’il n’est que partiel.

Si l’objet qu’est le sein peut être comme image rapporté à l’imago du corps propre, qui en est dans le moi la virtualité symbolique et non plus imaginaire, et si le moi réel et extérieur au sujet ne se forme qu’à partir de cette image — toutes correspondances que l’observation simple vérifie — ne pouvons-nous alors en déduire qu’il existe une équivalence fondamentale entre le sein, l’imago du corps propre et le moi? Au sein de cette équivalence, toutefois, chaque terme se particularise par une différence : l’imago du corps propre relève du symbolique, le sein relève de l’imaginaire, le moi relève du réel ; cette différence permet aux trois termes de se nouer, et ce nouage ne se constitue qu’autour de la dysharmonie, c’est-à-dire autour de l’objet a.

Il faut bien faire attention à ceci : à propos de ce dont il vient d’être question, le moi relève du réel, le sein et son image dans le moi relèvent de l’imaginaire, tandis que l’imago du corps propre est symbolique. Le sein, image dans le moi, a donc pour objet réel extérieur — avec lequel son rapport est bi-univoque — le moi ; tandis que l’imago du corps propre en est l’image virtuelle donc symbolique. Mais si la structure est toujours celle d’une image, d’un objet réel extérieur et d’une virtualité symbo­lique, en ces places les occupants peuvent varier, et les rapports bi-univoques ne pas demeurer fixes entre eux.

La privation symbolique d’un objet réel

Pour que l’objet ne soit pas découvert mais redécouvert, suffit-il qu’il ait été rapporté à une imago symbolique, celle du corps propre, dans le moi naissant? Et pour être réalisé, suffit-il que F auto-érotisme résulte d’une substitution d’une imagoj symbolique à l’objet partiel (le sein) dont le sujet se prive? Ces questions valent d’être posées quand l’on sait que pour Lacan, une privation n’est réelle que lorsqu’elle porte mii un objet symbolique. Cette privation l’est-elle, et son objet est-il symbolique, i|ii;ind le sujet en reste à un rapport bi-univoque entre quelque chose de l’imago de son mips propre et le moi réel, ou quand il désire que dans l’équivalence entre l’imago, le tein et le moi, les trois termes se confondent pour ne plus se différencier? Quand le llljet en reste à un tel rapport, ou quand il manifeste un tel désir, la privation n’est pas Melle, et l’objet sur lequel elle porte n’est pas symbolique. Il en résulte que :

  •  de n’être pas symbolique, la privation permet au sujet de faire l’économie d’une perle réelle de l’objet réel correspondant;
  •  d’en perdre sa spécificité symbolique, l’imago du corps propre en perd toute potentialité virtuelle, c’est-à-dire toute possibilité d’anticiper, toute possibilité au stade du miroir, toute possibilité de s’ouvrir sur l’autoérotisme, donc tout possibilité de permettre au sujet de bénéficier de la période de latence;
  • le jeune sujet se trouve comme privé du futur qu’il ne peut plus anticiper, anticiper intérioriser — anticipation que le futur antérieur rappelle sans cesse dans notre syntaxe.

Mais que faut-il alors pour qu’il y ait redécouverte de l’objet, pour que l’auto- l’toiisme résulte d’une privation réelle, à partir de la perte d’un objet symbolique? Il Mut d’abord que cesse de prévaloir la bi-univocité bien sûr, qui résiste à la perte; pour qu’elle cesse de prévaloir, il faut et il suffit qu’un objet — dont justement cl curieusement «Les trois essais sur la théorie sexuelle» sont réellement privés — Kc manque pas à l’enfant : l’objet voix, objet symbolique par excellence de la priva­tion réelle, donc de la dysharmonie; objet qui porte sur toutes ces choses qui en sont nommées, et que dès lors le sujet peut laisser tomber, ou connaître. Il faut et il suffit donc que l’enfant en soit doté, et essentiellement par sa mère, au cours de leurs ivhanges. Faute de quoi, c’est pour son enfant l’enfer, ou… l’infans, voire l’autisme.

Deux exemples cliniques

Prenons maintenant deux exemples cliniques pour illustrer ce qui vient d’être élaboré  Juliette, une petite fille de onze mois, debout dans son baby-trotte, désigne lie sa main droite un objet qu’elle ne peut atteindre, mais qu’elle semble vouloir avoir ins délai à sa disposition, en accompagnant son geste d’un aaaa…!, d’abord articulé souriant, puis progressivement hurlé de manière agressive et réprobative. Sa mère alors vers elle par sa gauche et, sans même la regarder, lui dit calmement qu’elle n’a pas besoin de cet objet dont elle détient d’ailleurs déjà plusieurs exem­plaires. La gamine s’assoit aussitôt, sourit de nouveau et, comme satisfaite, retourne Il scs petites occupations.

Comment se fait-il qu’elle paraisse si satisfaite après l’intervention de sa mère, alors que cette intervention la prive réellement de l’objet qu’elle paraissait tellement vouloir posséder? Elle est satisfaite de cette réelle privation, parce que l’objet qu’elle lui lait perdre était uniquement symbolique de la voix de la mère, qu’elle désirait entendre, et qu’elle a effectivement entendue. Cet objet voix est-il seulement compensatoire de l’objet qu’elle perd, et qui le symbolisait? Certes non, l’objet a M|iparemment voulu et indexé d’une lettre, la lettre aaaa!, s’avère n’avoir été que le leurre par lequel elle pouvait s’assurer de voir venir à elle sa mère, afin d’en entendre la voix. On passe donc ainsi d’un objet a aaaa…!, à l’objet voix a. Le premier n’était |im conséquent qu’un appel adressé par son moyen à l’autre, la mère, pour en entendre la voix. Bien des enfants formulent de tels appels indirects, de telles invocations (in vocare), pour obtenir de façon dérivée une pareille satisfaction; un enfant en cure agresse son psychanalyste : il ne s’agit que de l’appel qui lui es! adressé, pour entendre la voix de sa mère, ou pour en entendre parler; l’adulte qui maltraite un enfant adresse lui aussi un tel appel indirect à l’Autre. Leur agression n’est donc symbolique que de ce dont ils sont habituellement privés : l’objet voix.

Si l’objet leurre que demandait apparemment la gamine pour camoufler son appel tout en le faisant entendre lui avait été remis, la privation réelle dont il était symbo­lique eut été pour elle bien plus douloureuse. Pour pallier cette douleur, elle eut pu insister, répéter, pleurer, agresser, ou bien de façon plus dépressive, marmonner, se retirer «en son particulier», et se mettre à sucer son doigt ou un chiffon familier. Il n’y aurait plus eu alors trois opérateurs en scène : l’appel et la demande qui l’exprime, l’objet symbolique, la voix qui en prive, mais seulement deux opérateurs : le doigt ou le chiffon, qui ne sont dans ce cas dans le moi dont la succion est l’instance que l’image d’un objet réel extérieur, avec lequel ils auraient eu un rapport bi-univoque; cet objet extérieur est contre toute apparence la bouche suçante de l’enfant lui-même.

Un autre exemple de bi-univocité : un homme, séducteur de femmes, trouve avec chacune d’elles comme essentielle satisfaction de lui faire valoir que son propie corps, à la peau laiteuse et totalement imberbe, est infiniment plus féminin; son propre moi, dont l’instance est matérialisée par ses propres organes sexuels mâles, trouve en l’objet réel extérieur qui est son propre corps de femme, le correspondait! bi-univoque à l’image qu’il s’en constitue intérieurement, et dont le corps de l;i femme réelle donne la représentation accessible dans le discours qu’il en tient. Durant la cure, il dit un jour : « Devant un miroir, nu, je suis la pute de mon sexe ».

Le sujet est anticipation

Que l’objet a soit l’objet de la dysharmonie constitutive de tout être humain, qu’il soit dysharmonie et dysharmonique lui-même, voue à l’échec toute tentative de prétendre parvenir, par son moyen, à un fonctionnement de complétude harmonieuse et harmonique au sein d’une relation qui se donnerait pour visée de réaliser un tel idéal. A cet égard, nous parlons tout aussi bien de relation à l’objet que de relation ¿’objet. D’abord parce que nous considérons comme Lacan que le sujet, plus qu’un préalable, est une anticipation : sa définition logique, en effet, le suppose anticiper l’objet et même le signifiant [40], et requiert qu’en psychanalyse aussi, l’ontologique précède l’ontique; ensuite parce que pour nous la relation à l’objet relèverait plus spécifiquement des rapports bi-univoques du moi réel (Real Ich) à ses premiers objets, alors que la relation d’objet déborderait ce cadre primaire où l’objet réel est en étroite interrelation avec son image bi-univoque dans le moi, pour s’étendre vers des objets non seulement réels mais fantasmatiques, symboliques (comme les langues, ou les idiomes scientifiques par exemple), et également vers des rapports intersubjectifs

 

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