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Le Rire : Le XIXe siècle avec Schopenhauer, Spencer, Bain.

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 Le Rire  Le XIXe siècle avec Schopenhauer, Spencer, Bain.

Schopenhauer

Autre représentant des théories intellectualistes, Schopenhauer accorde une attention toute particulière au rire et au risible. Selon l’auteur lerire comme la raison, appartenant exclusivement à l’homme, est un état plaisant qui n’a jamais fait l’objet d’explications satisfaisantes. Il propose alors une théorie qu’il juge absolue et incontestable : il s’agit de la théorie de l’incongruité.

Le risible ou ridicule consisterait dans le manque de convenance, la contradiction, le désaccord, l’incongruité soudainement observées entre un concept et les objets réels qu’il a suggérés, entre les représentations intuitives et les représentations abstraites.

« On rit souvent lorsque l’on découvre tout à coup une discor­dance frappante entre un objet réel unique et le concept sous lequel il a été subsumé à juste titre, mais à un seul point de vue. Plus est forte la subsomption de telles réalités sous le concept en question, plus en outre leur contraste avec lui sera considérable et nettement tranché et plus d’autre part sera puissant l’effet risible qui jaillira de cette opposition.

« Le rire se produit donc toujours à la suite d’une subsomption paradoxale, et par conséquent inattendue, qu’elle s’exprime en paroles ou en action. Voilà, en abrégé, la vraie théorie du rire. » Le phénomène du rire révèle donc toujours la perception subite d’un désaccord entre un tel concept et l’objet qu’il sert à représenter, c’est-à-dire entre l’abstrait et l’intuitif.

   Spencer

Auteur de la principale théorie psycho­physiologique du rire, il tente de comprendre la relation existant entre l’affect de plaisir, la perception soudaine d’une incongruité, le brusque anéantissement d’une attente extrême et l’éclosion du rire, expression facio- vocale bien singulière associée à un affect de plaisir pro­duisant un vécu de bien-être corporel. Afin d’y répondre, il recourt à la physiologie.

Il pose comme prémisses l’idée que tout état de tension psychique (ou excitation nerveuse) intense associée à un affect engendrant une émotion trop forte, à un moment donné, doit pouvoir s’écouler, se décharger par une ou deux des trois grandes voies classiques, psychique, motrice ou viscérale, à la recherche d’un équilibre psychique.

Dans cette perpective, quelle serait la psychophysiologie du rire ? C’est lepassage soudain d’un état psychique intense à un autre qui est bien moindre donc, c’est le « contraste descendant et brutal entre ces deux états engendrant un débordement de l’excitation mentale qui se trouve bloquée et qui va écouler le “surplus énergétique” par le rire ».

Voici la formulation de l’auteur :« Ce rire naît naturellement quand la conscience, après avoir été occupée de grands objets, est réduite à de petits, c’est-à-dire seulement dans le cas de ce qu’on appelle une discordance des­cendante. »

En revanche, une discordance ascendante ne fait pas rire. Il ajoute que cette discordance ou contraste descendant se résoud aussi par un écoulement de l’excitation psy­chique vers la voie viscérale ce qui s’observe effectivement dans le rire, expression facio-vocale s’accompagnant de manifestations neurovégétatives et constituant un véri­table phénomène corporel.

Concluons en présentant un exemple cité par l’auteur et illustrant sa théorie psychophysiologique. « Au Cirque Franconi, un acrobate venait de faire un saut effrayant par-dessus plusieurs chevaux. Le clown, d’un air de jalouser ce succès, fit avec ostentation ses préparatifs pour suivre la même route puis, ayant pris son élan d’une furieuse énergie, en arrivant au premier cheval, il s’arrêta, et se donna la conte­nance de brosser un peu de poussière sur la croupe. Chez la plu­part des spectateurs, ce fut un éclat de rire. »

 Bain

La conception de Bain, assez intéressante, intègre subtilement les idées de Hobbes, Schopenhauer et Spencer. Avant de la présenter dans son texte sur les émo­tions, il établit un inventaire quelque peu banal et par cer­tains aspects « singulier », des causalités du rire qu’il sub­divise en physiques et mentales.

Puis il aborde la théorie de l’incongruité qu’il juge insatisfaisante et limitée dans ses applications de même que la théorie du sentiment de supériorité ou de dé­gradation de l’objet risible. Pourquoi les laideurs, bas­sesses ou insuffisances actuelles chez autrui seraient-elles risibles ?

C’est alors qu’il va élaborer sa théorie en associant des éléments psychologiques (affectifs et cognitifs) fournis par les idées de Hobbes et Schopenhauer à la composante psychophysiologique de la « discordance descendante » développée par Spencer. Ainsi, devient risible la dégrada­tion ou dévaluation d’une personne ou de « quelque chose » habituellement investies d’une autorité et dignité engendrant respect et solennité, dans des circonstances émotionnelles de faible intensité.

Ce respect imposé par l’autorité nécessitant une contrainte c’est-à-dire le maintien d’une certaine dépense psychique, sa dégradation donc sa perte subite se tra­duira, sur le plan psychophysiologique par le phénomène de discordance descendante conduisant à une décharge ou « délivrance de contrainte ».

« L’occasion du rire, écrit-il, c’est la dégradation d’une personne ou d’un intérêt ayant de la dignité, dans des circon­stances qui n’excitent pas quelque émotion plus forte… Considé­rons maintenant la dégradation risible comme une délivrance de contrainte.

« Sous ce point de vue, le comique est la réaction du sérieux. Les attributs dignes, solennels, stables des choses exigent de nous une certaine rigidité, une certaine contrainte ; si nous sommes brusquement délivrés de cette contrainte, la réaction d’hilarité s’ensuit. » Plus loin, il ajoute : « C’est sous sa forme forcée que le sérieux, le solennel qui accompagne une position officielle produit, au contact de la trivialité ou de la vulgarité, une réac­tion, une jouissance la plus franchement gaie qu’il puisse y avoir… »

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