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ASPECTS ANTHROPOLOGIQUES : En Asie.

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ASPECTS ANTHROPOLOGIQUES :  En Asie.

ASPECTS ANTHROPOLOGIQUES _En Asie.

 Au Moyen Orient

chez les Bédouins du désert de l’Arabie du Sud.  Les Bédouins forment une société tri­bale de nomades, éleveurs de chameaux, vivant dans le désert de l’Arabie. Ceux rencontrés par W. Thesiger habitaient le sud de l’Arabie. Ils les qualifie de fatalistes, acceptant l’âpreté et la pré­carité de leurs conditions de vie comme la manifestation de la volonté de Dieu. La vie humaine a peu de prix.

La chaleur, la sécheresse, le manque de végétation, la faim et la soif qui les tenaillent, la maladie, la mort, les ris­ques permanents de razzia par les membres d’autres tri­bus sont autant de paramètres existentiels dont le con­trôle leur échappe.  Ils vivent alors dans un état de tension et d’hypervigilence quasi permanent.

Partageant leurs conditions d’existence durant des mois, l’auteur a pu observé leur sens de l’hospitalité et de la solidarité s’accompagnant d’une certaine convivialité, celui de l’honneur très prégnant corrélatif d’une peur du ridicule et de la honte. Par ailleurs, il constate une avidité nécessaire et jubilatoire pour les « nouvelles » du désert, entretenue par une loquacité presque risible.

« Je n’ignorais pas à quel point les Bédouins, écrit-il, s’intéres­saient au moindre fait nouveau, combien ils étaient avides d’ob­tenir les dernières informations sur les razzias, les déplacements de tribus, leurs familles, et l’état de la végétation : “Quelles sont les nouvelles ?” telle est la question qui suit toute rencontre dans le désert même si celle-ci a lieu entre de parfaits inconnus. »

Ainsi, par les « nouvelles », peut s’exercer une forme de contrôle social s’étendant à l’ensemble des tribus du Désert. C’est cette crainte du qu’en dira-t-on qui oblige les Bédouins à se conformer aux conventions sociales rigides du désert.

  • Une lecture du récit de l’auteur nous permet de repé­rer un certain nombre de situations et faits risibles s’ins­crivant dans le cadre des relations sociales de la vie quoti­dienne dont les protagonistes sont des Bédouins en contact avec un étranger occidental.
  • Ces situations risibles et plaisanteries sont souvent sous-tendues par une certaine sécurité vitale et psychique du groupe. Elles apparaissent dans un contexte de convi­vialité lors d’un repas bien bavard et soulignent avec plai­sir, les insuffisances de l’étranger comparées à la maîtrise des indigènes concernant certains domaines d’expérience et de savoir, jouant sur l’opposition musulman/chrétien en particulier. Elles relèvent et véhiculent aussi des incon­gruités risibles, touchant les membres du groupe de même qu’elles abordent la sexualité.

Il y a probablement un lien à établir entre l’absence de contrôle de leur existence et celui des circonstances et faits de la vie quotidienne devenant risibles.

Il y a dans cette plaisanterie le caractère d’incongruité repéré dans l’emploi d’une expression bédouine par un chrétien mais aussi la réussite surprenante et inattendue dans la maîtrise de son emploi liée à sa parfaite adéqua­tion au contexte présent.Evoquons une autre circonstance d’échec et d’insuf­fisance de l’étranger comparée à la maîtrise de l’indigène, dans une situation de sécurité retrouvée, donc favorable à la perception risible et au rire.

Enfin, nous avons déjà dit que les Bédouins sont parti­culièrement sensibles au ridicule. Concernant la pratique des relations sexuelles, ils esti­ment que Dieu a créé les femmes pour la satisfaction de l’homme. S’en priver volontairement paraîtrait à la fois ridicule et contraire à la nature. Une autre situation citée par l’auteur exposant au danger du ridicule consiste dans la circoncision au cours de laquelle, le garçon doit rester impassible, sans défaillance. Toute manifestation de souf­france peut devenir risible aux yeux de la foule qui colpor­tera ce fait dans le désert au cours de leurs déplacements.

Ainsi le risible et le rire des Bédouins, tels qu’ils ont pu être relevés dans le récit de l’auteur, présentent de fortes analogies avec ceux des autres groupes ethniques déjà abordés. En particulier, les éléments de la perception risible de faits et situations semblent souvent communs. Certains « objets » tels que la déviance psychosociale, la sexualité, l’étranger sont risibles.

Cependant, on ne retrouve pas de cadres spatiotempo­rels institutionnalisés, les sanctuaires du risible volontaire ni de spécialistes attitrés comme chez les Hopi ou les Samoans par exemple. Enfin, cette forme de rire et risible involontaire, va se retrouver dans le texte de Georges Condominas relatant son expérience des Mnong Gar, tribu proto-indochinoise du Sud-Viêtnam.

 Asie du Sud-Est : les Mnong Gar du Sud- Viêtnam.

Malgré le peu d’attention portée par l’auteur à ce type de faits ethnographiques, il en mentionne pourtant quelques- uns, évocateurs, pour nous, d’une intrusion du rire et du risible également dans le cadre du travail collectif quoti­dien en particulier.Les Mnong Gar (anciennement dénommés « Moï » c’est-à-dire « Sauvages » par les Vietnamiens) forment une tribu proto-indochinoise appartenant au groupe eth­nique Mnong, vivant dans des villages de montagnes, entourés de forêts et situés dans la région sud-est du Viêtnam. Ils étaient appelés aussi « les montagnards » ou « hommes des forêts ».

Parmi les circonstances risibles, citons les insuffi­sances linguistiques de l’étranger occidental (l’ethno­graphe G. Condominas) relevées par les Mnong Gar qui sont une occasion de rires moqueurs mais plaisants de même que la nouveauté d’un langage étrange difficilement pratiquable et bien curieux, la distance culturelle d’avec cet étranger, ses pratiques bien singulières.

» Plus loin, nous pouvons observer que les activités agricoles collectives, surtout celles ritualisées telles que les semailles ou la moisson du Paddy de même que la pêche ou la cueillette de légumes sauvages en forêt, en particu­lier les jours « fériés » donc de détente, fournissent un autre contexte socioculturel de production et circulation des plaisanteries déclenchant un rire ludique et joyeux.

Enfin, présentons un échantillon de l’humour Mnong Gar véhiculé par une chanson élaborée par un jeune homme plein d’esprit et plaisantin aspirant à montrer sa force et son endurance au groupe mais mis partiellement en échec. Cette situation, quelque peu pénible sur le plan narcissique va se transmuter en production humoristique éminemment raffinée. Au retour de la moisson du Paddy  Quittons à présent l’Asie pour achever notre brève aventure ethnographique du rire et du risible, en Afrique.

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