Les pathologies du deuil: deuil maniaque

> > Les pathologies du deuil ; écrit le: 22 février 2012 par abir modifié le 20 août 2019

Les pathologies du deuil sont d’authentiques maladies qui surviennent au cours du deuil chez des personnes qui en semblaient exemptes jusqu’alors. Une maladie men­tale caractérisée, une maladie somatique déclenchée après un deuil, enfin, un comportement nocif sont des pathologies du deuil. Le deuil-maladie mentale est cependant assez rare. La plupart des pathologies du deuil surviennent chez des personnes qui avaient jusque- là adéquatement passé les différentes étapes de la vie. La perte d’un parent, conjoint ou enfant, source d’étayage narcissique, va ici réactiver un traumatisme désorganisa- teur initial qui aurait littéralement bloqué toute possibi­lité d’établir des « relations adultes » (basées sur l’autonomie et la réciprocité). Renvoyé à une blessure narcissique supplémentaire, l’endeuillé développe une dépression majeure exprimée plus sur le plan cognitif et somatique que sur le plan affectif, la culpabilité étant moins la difficulté du sujet que sa déficience, son incom- plétude, voire son sentiment de destruction.

Les pathologies du deuil dérivent donc directement de la personnalité de l’endeuillé. Les variables péjoratives étudiées pour les complications du deuil constituent autant de facteurs de potentialisation de la « maladie du deuil ».

Les deuils psychiatriques

Ces réactions à la perte sont rares, mais correspon­dent à la décompensation d’une personnalité structurée selon la lignée psychotique ou névrotique jusqu’alors asymptomatique.

Le deuil hystérique. — L’hystérie est la névrose la mieux connue. La perturbation principale porte sur la réalisation fantasmatique et réelle des pulsions en parti­culier sexuelles. Le refoulement permet, tant que faire se peut, de repousser ces désirs au niveau inconscient. Las, l’énergie à visée sexuelle est « convertie » en symptômes signifiants : paralysies des bras, anesthésies, algies et autres tics. Nous avons vu que l’hystérique s’identifiait de façon pathologique au disparu en présentant incons­ciemment des attitudes physiques ou comportementales du défunt. Ces symptômes et les handicaps qu’ils pro­duisent augmentent la longueur de la dépression du deuil. Elle se caractérise par des comportements auto­destructeurs ou des tentatives de suicide, afin de « rejoindre » le défunt. Le traitement de l’hystérique passe d’abord par la formulation de sa demande, elle (c’est souvent une femme) ne demande en général qu’une chose : être abandonnée à son défunt. Une cure analytique est tout à fait indiquée, dans ce cas, afin d’aborder les conflits de la petite enfance et surtout de limiter la stagnation du deuil pendant des années.

Le deuil obsessionnel. — L’absence de manifestations extravagantes rend le repérage de cette pathologie du deuil complexe. La personnalité obsessionnelle est carac­térisée par le doute devant une intense agressivité latente et des formations réactionnelles pour lutter contre l’envie de posséder, de maîtriser l’entourage. Il en va de même pour les objets d’amour. Ces derniers sont le fait d’un amour ambivalent : à la fois sadisés (tenus d’accomplir des rituels particuliers pour permettre la jouissance), mais souvent eux-mêmes dominateurs et déclenchant des désirs de mort. Confronté à la perte de l’objet, l’ob­sessionnel voit passer sa culpabilité au premier plan. Le travail de deuil est littéralement empêché par toute une série de contre-pensées qui luttent contre les anciens désirs de mort et les images mentales obsédantes du défunt. Des séquences précises de mots, des scenarii répé­titifs envahissent progressivement l’endeuillé. La psychas­thénie qui en découle correspond à la fatigue entraînée par la lutte mentale contre les obsessions. A ce stade, l’obsessionnel peut se laisser « couler » vers la mort, et il n’est pas rare d’assister à des phénomènes de clochardisa­tion. Mais les tentatives de suicide doivent être avant tout redoutées. La vie inconsciente des obsessionnels est parti­culièrement angoissante. Leurs nuits sont peuplées de fantômes, de squelettes et de momies. Pour échapper à ces préoccupations morbides, l’obsessionnel se livre à une quête rationnelle de solutions. Parmi elles, la mort figure en bonne place. Et l’obsessionnel, convaincu qu’il s’agit de la seule solution arrive parfois à en persuader l’en­tourage, renforçant par là même sa position.

Les névroses obsessionnelles figurent parmi les patho- logies mentales les plus graves. Elles peuvent être traitées par chimiothérapie anxiolytique et antidépressive. Une psychothérapie ou une psychanalyse sont également de bonnes indications. Toutefois, la décompensation obses­sionnelle lors d’un deuil est le moment le plus difficile pour soigner un obsessionnel. Bien que convaincu lui- même de la gravité de son trouble, il reste aussi persuadé de son incurabilité. Il ne parvient donc chez un théra­peute qu’à l’extrême limite de ses forces. D’où une forte proportion d’échecs.

Le deuil maniaque.— Cette réaction est brève, et l’humeur exaltée, expansive, se retourne assez rapide­ment en humeur triste et en retrait mélancolique. Lors de l’accès maniaque qui suit le décès, l’endeuillé reste en phase de déni, Contrairement à l’abattement habituel, il est surexcité et peut (rarement) présenter des idées déli­rantes de toute-puissance ou de mysticisme. Le déni porte essentiellement sur les conséquences affectives du décès, que l’endeuillé refuse totalement. Absence de souffrance, mégalomanie, ces sentiments de triomphe sur la mort (et souvent sur le mort) n’ont qu’un temps. La négation de l’importance du décès se retourne souvent en agressivité. La culpabilité n’est pas loin et son appari­tion est révélatrice du virement de l’humeur maniaque en humeur mélancolique.

Le deuil mélancolique. — Il s’agit d’une forme déli­rante de dépression du deuil. Elle comporte qualitative­ment une différence, soulignée par Abraham et Freud : l’autodépréciation du moi. La culpabilité et la dévalori­sation sont exacerbées. L’endeuillé se couvre de repro­ches et d’injures, il en appelle au châtiment suprême. Il semble qu’il ait perdu, avec le défunt, tous les éléments narcissiques positifs constituant son moi. Ses qualités négatives, en revanche, persistent et sont exagérément placées sur le devant de la scène. Invoquant sa damna­tion ou sa ruine, le mélancolique doit être hospitalisé (de même que le maniaque), si l’on veut empêcher le suicide (et surtout le suicide altruiste qui conduit un endeuillé à tuer le reste de sa famille pour leur « éviter » les souf­frances du deuil). Un traitement chimiothérapique d’attaque sera alors installé, conjointement à un traite­ment psychothérapique, qui permettra de comprendre le délire et, lorsque le sujet aura retrouvé une humeur nor­male, d’échafauder de meilleures défenses en cas de perte ultérieure.

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