Psychologie shémas
En psychologie, les schémas sont des structures mentales organisées qui regroupent nos connaissances sur un objet, une situation ou une personne, et qui guident la manière dont nous percevons, interprétons et mémorisons l’information. Ils permettent de traiter rapidement le monde, mais peuvent aussi déformer ce que nous retenons. La notion traverse la psychologie cognitive, la psychologie sociale et les thérapies cognitives.
Bartlett et la mémoire reconstructive
Le psychologue britannique Frederic Bartlett introduit la notion dans son ouvrage Remembering, publié en 1932. Il fait lire à des participants anglais un conte amérindien, « La guerre des fantômes », puis leur demande de le restituer à plusieurs reprises. Les récits se raccourcissent et se transforment : les détails étranges disparaissent ou sont remplacés par des éléments plus familiers à la culture des lecteurs. Bartlett en conclut que la mémoire ne reproduit pas fidèlement le passé : elle le reconstruit à partir de schémas préexistants.
Comment fonctionne un schéma
Un schéma agit comme un cadre d’attente. Il oriente l’attention vers ce qui est cohérent avec lui, comble les informations manquantes par des valeurs « par défaut » et facilite le rappel des éléments qui s’y intègrent. À l’inverse, une information incohérente peut être ignorée, oubliée ou modifiée pour devenir compatible, le plus souvent sans que la personne en ait conscience. Les schémas sont donc à la fois des connaissances stockées en mémoire et des processus de traitement de l’information.
Le psychologue suisse Jean Piaget a développé, dans le domaine du développement de l’enfant, une notion voisine, celle de schème, qui évolue par assimilation et accommodation.
Des schémas dans tous les domaines
- Schémas de soi : les connaissances organisées qu’une personne a sur elle-même, étudiées notamment par Hazel Markus à la fin des années 1970.
- Schémas de genre : représentations de ce qui est attendu d’un homme ou d’une femme, théorisées par Sandra Bem.
- Scripts : schémas d’événements qui décrivent l’enchaînement attendu d’une situation, comme aller au restaurant, décrits par Roger Schank et Robert Abelson.
- Schémas culturels et stéréotypes, qui influencent le jugement porté sur autrui.
Les schémas en psychopathologie
Dans les années 1960, le psychiatre américain Aaron Beck place les schémas au cœur de sa théorie cognitive de la dépression. Des schémas dysfonctionnels, formés au cours de l’histoire de la personne et réactivés par certains événements, produisent des pensées automatiques négatives et des interprétations biaisées des situations vécues. La thérapie cognitive vise à repérer ces pensées, à les examiner et à les assouplir, notamment par la restructuration cognitive.
Plus tard, Jeffrey Young a élaboré la thérapie des schémas, destinée en particulier aux difficultés durables de la personnalité. Elle décrit des schémas précoces inadaptés, comme l’abandon, la méfiance ou l’exigence excessive, apparus dans l’enfance lorsque des besoins affectifs fondamentaux n’ont pas été satisfaits.
Utilité et limites
Les schémas sont indispensables : sans eux, chaque situation devrait être analysée comme si elle était entièrement nouvelle. Leur revers est la tendance à voir ce que l’on s’attend à voir. Reconnaître le rôle des schémas aide à comprendre les erreurs de mémoire, les préjugés et certaines souffrances psychiques, sans réduire la personne à ses schémas.


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