Psychologie effet de gel: effet de gel
En psychologie sociale, l’effet de gel désigne la tendance d’une personne à s’en tenir à une décision une fois qu’elle l’a prise, comme si la décision se « figeait » et orientait ensuite ses comportements. La notion remonte aux travaux du psychologue Kurt Lewin pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle est au fondement de la psychologie de l’engagement.
L’expérience de Kurt Lewin
Kurt Lewin, psychologue d’origine allemande installé aux États-Unis, est l’un des fondateurs de la psychologie sociale expérimentale. Pendant la guerre, alors que la viande de qualité était rationnée, les autorités américaines cherchaient à convaincre les familles de consommer davantage d’abats, des morceaux peu appréciés. Lewin compare deux méthodes auprès de groupes de ménagères :
- dans certains groupes, un conférencier expose les qualités nutritives et économiques des abats et donne des recettes ;
- dans d’autres, la même information est présentée, puis les participantes discutent entre elles et indiquent publiquement, par un geste, si elles ont l’intention de cuisiner ces morceaux.
Quelques semaines plus tard, les participantes des groupes de discussion ayant pris une décision publique sont nettement plus nombreuses à avoir effectivement servi des abats que celles qui avaient seulement écouté la conférence.
Ce que l’on en a conclu
Recevoir une information ne suffit pas à changer un comportement. Ce qui fait la différence, c’est l’acte de décision lui-même, surtout lorsqu’il est pris librement et devant d’autres personnes. Une fois prise, la décision tend à se maintenir : la personne y adhère davantage, résiste aux arguments contraires et agit en conséquence. C’est ce mécanisme que l’on a appelé effet de gel, ou effet de cristallisation.
Du gel à l’engagement
Lewin a également proposé un modèle du changement en trois temps, souvent résumé par les termes de « dégel », de « changement » et de « regel » : il faut d’abord ébranler les habitudes en place, puis introduire la nouvelle conduite, enfin la stabiliser. Les travaux ultérieurs sur l’engagement, notamment ceux de Charles Kiesler, ont précisé à quelles conditions un acte engage la personne qui l’accomplit : caractère public, répétition, coût, irréversibilité et, surtout, sentiment de liberté.
En France, Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois ont vulgarisé ces mécanismes dans leur Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, où l’effet de gel est présenté comme la base de plusieurs techniques d’influence.
Applications et précautions
L’effet de gel éclaire de nombreux domaines : prévention en santé publique, campagnes en faveur des économies d’énergie, conduite du changement dans les organisations, pédagogie active. Il explique aussi pourquoi l’on persiste parfois dans une décision devenue mauvaise, par fidélité à un choix déjà fait. Connaître ce mécanisme permet de l’utiliser au service de comportements choisis, mais aussi de repérer les situations où il est exploité pour obtenir un consentement que la personne n’aurait pas donné spontanément.

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