Les accros au crédit

> > Les accros au crédit ; écrit le: 15 mars 2012 par chayma modifié le 18 novembre 2014

En septembre 2002, les pouvoirs publics ont eu à gérer un million de dossiers de surendettement. Les organismes de crédits revolving ou crédits faciles ont sans doute une responsabilité dans ce phénomène social. II est impossible d’ouvrir un magazine de grande diffusion sans tomber sur une publicité vantant les mérites d’un accès rapide, et presque sans condition, à des sommes fabuleuses aux yeux de leurs emprunteurs. C’est en effet en majorité les gens issus des classes modestes qui usent de ce moyen de réaliser des rêves jusqu’alors inaccessibles en raison de leurs faibles revenus. Le client de ces vendeurs d’argent ne réalise pas sur le moment qu’il devra rembourser ce qui lui a été prêté. Demain est un autre jour, il sera bien temps d’y penser. Il se comporte de manière puérile, annulant les obligations auxquelles le prêteur l’enchaîne. La satisfaction immédiate et le refus de la frustration l’aveuglent. Le sujet réagit selon le principe du plaisir. C’est une constante du psychisme humain qui s’organise sur ce mode de la recherche du plaisir plutôt que de l’insatis­faction. Nous allons davantage vers ce qui nous fait du bien que l’inverse. C’est une spirale infernale qui entraîne l’usager dans le rythme fou des prêts pour rembourser des emprunts.

Cette conduite irrationnelle est celle de la majorité du million de foyers surendettés. La faute n’est pas imputable à ces irresponsables. Comment résister à l’appât d’un gain immédiat, porteur de rêves soudainement accessibles? Les organismes prêteurs, peu scrupuleux et peu regardants, ont leur part dans ce phénomène de société. Les publicités nombreuses et percu­tantes qui les vantent devraient davantage être contrôlées.

La culpabilité et la honte inhérentes à la prise de conscience de la faute commise ont amené Éric à cacher à son entourage la gravité de la situation. La crainte de la réaction des proches pousse le sujet à dissimuler et à croire que tout finira bien par s’arranger spontané­ment. Plus la faute grandit, plus les sommes dues s’enflent et plus la réaction du coupable sera de se réfugier dans cette attitude puérile. En psychologie, ce fonctionnement correspond au processus dit de l’annulation. Il s’agit d’un de ces mécanismes de défense contre l’anxiété que nous utilisons tous. Ils régissent notre vie psychique et nous permettent de faire face à nos angoisses. Avec l’annulation, l’individu sait, mais fait comme s’il ne savait pas. Il refuse de voir ce qui dérange ou angoisse. C’est illusoire, et cela ne tiendra qu’un temps. La bêtise n’explique donc pas tout. Réfléchissez et vous vous rendrez compte que vous aussi avez, à un moment ou un autre, usé de ce mécanisme de l’annulation.

Cette volonté de ne pas voir et de ne pas réagir conduit à la période des pertes. Le sujet perd la confiance de ses proches qui le quittent. Ce qu’il redoutait arrive, le point de non- retour est vite franchi. En cas de difficulté financière, ne pas vouloir voir le problème en face est la pire des attitudes.

Au principe de plaisir s’oppose, en effet, le principe de réalité, autre constante de notre fonctionnement psychique. Si nous recherchons sans cesse la satisfaction, il nous faut bien tenir compte des impératifs de la réalité. Si nous les refusons, ceux-ci ne tardent pas à nous rattraper. La prise de conscience est brutale et douloureuse. La lutte entre ces deux principes, principe de plaisir et principe de réalité, est un des mécanismes à la base de notre vie psychique. On ne peut vivre indéfiniment en ignorant l’un ou l’autre. C’est plus souvent le principe de réalité qui est mis de côté, annulé en partie, comme pour le rapport à l’argent, qui détermine la quête du « toujours plus ». Le surendetté fonctionne comme l’accro au jeu. Il persiste à vivre dans un monde d’illusion où la fortune arrive par magie. Le psychanalyste anglais Winnicott parle de phénomène transitionnel pour décrire ce que connaît le nourrisson, persuadé que ses désirs s’assouvissent au fur et à mesure de leur apparition. La recherche de la richesse ou d’un trésor peut s’interpréter comme l’expression de ce mécanisme qui persiste au cours du développement psychique. Le jeune enfant reste longtemps dans la croyance que l’argent survient spontanément en cas de besoin. Ce mécanisme est présent dans les contes de fées comme Cendrillon ou Aladin et la lampe merveilleuse…

L’argent appelle l’argent. Il suffit d’observer les gens devenus riches pour se rendre compte que le « toujours plus » est un leitmotiv. La peur de tout perdre est à la base de ces comportements d’accumulation. Il est surprenant de voir comment des personnes, pourtant à l’abri du besoin pour des générations, ne peuvent cesser de rechercher encore plus de richesses. Ils apparaissent obsédés par l’angoisse de la ruine. Que celle-ci relève de l’impossible, tant ils sont fortunés, ne les freine pas. Je me souviens d’un homme d’affaires très riche qui avait cherché à négocier le prix de la consultation. Non par radinerie, mais parce que la moindre économie compte et que cette attitude représentait pour lui une manière de se rassurer. Un chef d’entreprise de ma clientèle a l’habitude de me répéter : « En affaires, il ne faut jamais se relâcher, le moindre franc compte. »

Sachons nous préserver du « toujours plus ». L’argent ne fait pas le bonheur, il y contribue, il n’est pas la seule condition au bonheur. Nous sommes fascinés par la richesse. Des émissions de télévision comme Saga, qui réalisent des taux d’audience importants en étalant devant nos yeux les fortunes de ceux qui ont réussi, en sont la preuve. L’obsession de l’argent est une spirale qui nous rend esclave et nous fait passer à côté des vraies valeurs de l’existence. Il faut vivre avec les siens et non à côté des siens. Ne tombons pas dans le piège de perdre notre vie à la gagner.

Vidéo : Les accros au crédit

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