Le suicide chez l’adolescent

> > Le suicide chez l’adolescent ; écrit le: 14 novembre 2011 par La rédaction modifié le 17 novembre 2014

Le suicide chez les adolescents constitue un problème majeur de santé public. Malheureusement pour certains adolescents, il leur arrive parfois d’envisager le suicide comme solution permanente à des problèmes qui, plus souvent qu’autrement, ne sont que temporaires. Le manque de confiance en soi, la confusion dans les idées ainsi que les pressions exercées sur eux afin qu’ils se conforment et réussissent peuvent avoir de graves conséquences chez les adolescents perturbés.

L’adolescence : période de risque:

L’adolescence est une période comportant de grandes inquiétudes et de nombreux changements alors que filles et garçons doivent se redéfinir en tant qu’adultes. Cette transition difficile peut souvent entraîner chez l’adolescent(e) une confusion ayant pour effet de l’isoler de sa famille et de ses pairs.
L’adolescence est marquée par d’importantes transformations physiques, psychiques et sociales. C’est aussi une période de grande vulnérabilité où la souffrance psychique est cachée dans des attitudes de déni ou de banalisation.

L’adolescence est un moment de l’évolution accélérée qu’on saisit surtout par ces difficultés et par ces déviances du comportement. L’enfance à quelque chose d’assuré et de solide, elle a un statut, un monde à elle. Si la puberté se présente avec des caractères concrets objectifs et mesurables, qu’en est-il des transformations psychologiques qui l’accompagnent ?
Doté d’un corps doué de capacités nouvelles et de formes renouvelées jusqu’à être méconnaissable. L’adolescent témoigne de réactions d’étrangeté il a quelques difficultés à se situer par rapport à l’enfant qu’il était la veille et à l’adulte qu’il est entrain de devenir. Donc, un des problèmes psychologique fondamentaux qu’il doit affronter est celui de ses modifications corporelles. Le jeune adolescent doit se restituer par rapport un corps qui remet en jeu l’image de lui-même.

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Comme le constatent fréquemment les parents d’adolescents mais aussi tous les professionnels amenés à rencontrer des jeunes, l’adolescent, bien souvent, agit-réagit, souvent
de façon impulsive, comme s’il court-circuitait la pensée et la souffrance psychique qui s’y
rattache. Cette tendance à l’agir est actuellement considérée par de nombreux auteurs comme
un processus défensif visant à évincer les conflits intrapsychiques . Ces conflits
sont en particulier de nature identitaire, en lien avec les profonds remaniements pubertaires.

Ces remaniements conduisent en effet à un questionnement sur l’identité du jeune: “Qui suis-je ?”. “Que m’arrive-t-il ?” Cette énigme est parfois vécue comme une perte de contrôle, comme quelque chose qui échappe à toute maîtrise chez le jeune.
Cette perte de contrôle s’origine donc dans le processus pubertaire qui lui-même trouve sa source dans les transformations du corps. Ces transformations concernent non seulement l’enveloppe corporelle (apparition des caractères sexuels secondaires, des modifications des différents volumes du corps et de leur répartition) mais aussi le contenu pulsionnel de ce corps : celui-ci devient en effet brusquement source de désirs sexuels inédits qui induisent inéluctablement de profonds remaniements d’une part dans les relations entre pairs, et d’autre part dans les relations aux parents (réactivation du conflit oedipien).
Or c’est justement lui – le corps – qui est attaqué, non seulement dans la tentative de suicide, mais aussi dans l’ensemble des conduites à risque, même si ces dernières comportent souvent une part initiatique (à ne pas négliger) en lien avec des processus d’identification aux pairs.

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La mise en jeu du corps à l’adolescence comporte donc un double versant :

– un versant initiatique (les rites d’initiation dans les sociétés dites “traditionnelles” ne comportent-ils pas une telle “mise en jeu” du corps ?)

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– un versant parfois pathologique, qui fait basculer de la simple mise en jeu vers une authentique attaque du corps. Cette attaque du corps peut concerner, là encore, l’enveloppe corporelle (brûlures, phlébotomies …) mais aussi l’intérieur du corps, source de déstabilisation voire “d’orage” pulsionnel (ingestion médicamenteuse “pour dormir”, c’est-à-dire en fait “pour faire dormir” ce qui tyrannise…).

Les facteurs de risque:

Il s’agit de facteurs plus fréquemment retrouvés chez les jeunes ayant fait une tentative de suicide.

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Les facteurs sociodémographiques :

  • Milieu familial perturbé :

Divorce des parents, décé de l’un des parents, antécédents de TS de l’un des parents, maladie mentale de l’un des parents etc…..

• séparation des parents

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• décès de l’un des parents

• pathologie de l’un des parents (présence des antécédents psychiatriques : dépression, anxiété chronique, tentative de suicide de l’un des parents…)

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Ces facteurs ce sont classés comme des facteurs externes : les problèmes familiaux et les événements de vie, ont aussi un impact sur le suicide chez les jeunes. Le décès d’un parent et les troubles financiers sont des exemples de problèmes familiaux. Provenir d’une famille monoparentale, le divorce et l’absence du père non publié sont aussi des facteurs qui influencent le risque suicidaire chez les adolescents. C’est le fonctionnement familial qui a un effet sur le comportement suicidaire, plus que la structure familiale en tant que telle. Ceci est vrai même si l’effet de la psychopathologie de l’adolescent est contrôlé, par exemple, un environnement familial rigide, c’est-à-dire un environnement caractérisé par un manque de flexibilité face aux situations problématiques, peut avoir une influence sur les idéations suicidaires chez les adolescents.
Plus spécifiquement, l’environnement familial rigide affecte de façon négative la capacité qu’a l’adolescent de développer des habiletés de résolution de problèmes, ce qui à son tour influence les idéations suicidaires.

Le fonctionnement familial peut aussi être affecté par la psychopathologie parentale. Les jeunes suicidaires ont souvent des parents qui souffrent de troubles psychiatriques. Une étude récente a démontré que la dépression maternelle prédit les symptômes suicidaires des jeunes adolescents, même lorsque les symptômes suicidaires passés de l’adolescent sont contrôlés. La perception négative, hostile et chaotique que les mères et leur enfant ont de l’environnement familial, a un effet médiateur sur la relation entre la dépression maternelle et les symptômes suicidaires de son enfant.

Les événements de vie jouent un rôle dans le comportement suicidaire de l’adolescent : Les conflits parentaux, l’abus, le décès d’un proche, les problèmes scolaires et légaux, la tentative de suicide d’un ami, la psychopathologie familiale et le comportement suicidaire familial ont une influence sur le comportement suicidaire. Cette relation semble être modérée par plusieurs caractéristiques individuelles (par exemple : l’estime de soi, le style d’attribution négatif, la dépression) et par un manque de soutien social, qui a à leur tour un impact négatif sur la capacité de résolution de problèmes du jeune.

Les facteurs comportementaux :

Les troubles précoces des conduites et du comportement constituent l’un des principaux motifs de consultation dans les services pédopsychiatriques ambulatoires et hospitaliers pour les enfants d’âge scolaire. Ces troubles ont un pronostic réservé. Le nombre réduit d’études longitudinales portant sur des populations cliniques nous ont conduits à entreprendre un programme de recherche sur les précurseurs des troubles des conduites dans la petite enfance et leur évolution.
Une étude a pour premier objectif de décrire les troubles précoces du comportement en fonction de l’âge et du sexe dans un groupe clinique (40 enfants de 18 à 36 mois référés pour un problème de comportement tel qu’agression, colère, opposition) en comparaison avec un groupe non clinique (30 enfants ne possèdent pas les même facteurs de risque ,même âge, sexe et origine sociale que le groupe clinique). Le second objectif consiste à étudier les effets différentiels de deux traitements parents-enfant contrastés, proposés au groupe clinique: thérapie psychodynamique et thérapie de guidance interactive. L’objectif ultérieur est de poursuivre l’étude des manifestations comportementales jusqu’à l’âge scolaire. Différents facteurs relatifs à l’enfant (tempérament, désordres affectifs précoces), aux parents (représentations et capacité de mentalisation), aux interactions parents-enfants (qualité du “parenting”, sécurité de l’attachement) et à l’environnement familial (“stressors”, ajustement conjugal, troubles psychiatriques) sont particulièrement étudiés. Les thérapies conjointes parent-enfant développées à la Guidance infantile depuis plusieurs décennies, leur effet positif dans un certain nombre de cas de troubles du comportement et nos travaux antérieurs sur les effets et processus à l’œuvre dans les thérapies brèves parents-bébé sont directement à l’origine de l’étude actuelle

• consommation plus fréquente et plus excessive d’alcool, de tabac, de drogues

• redoublements multiples, absentéisme scolaire, retards en cours répétés,

• vols, rackets, hétéro-agressivité,

• violences subies

Les facteurs psychiques  :

La psychopathologie n’agit pas seule sur le suicide chez les adolescents. D’autres éléments comme le désespoir, l’impulsivité et l’agressivité sont quelques facteurs psychologiques qui ont aussi un effet sur le suicide.

Le désespoir : c’est-à-dire une perception négative et pessimiste des adolescents de leur avenir, c’ est une caractéristique qui a un impact important sur le suicide chez les adolescents. C’est un des facteurs principaux qui prédit le risque suicidaire chez les jeunes. Les adolescents ayant fait une tentative grave de suicide ont un sentiment de désespoir plus important que ceux n’ayant pas fait de tentative.

L’impulsivité : est une caractéristique commune chez les adolescents ayant fait une tentative de suicide. La plupart des tentatives ont lieu avec peu de planification, surtout lorsque l’adolescent se retrouve dans une situation stressante.

L’hostilité et l’agressivité : augmentent le risque des tentatives de suicide ainsi que le risque des suicides complétés. Même en contrôlant les troubles de personnalité, les jeunes qui se sont suicidés démontraient plus d’agressivité que les jeunes non-suicidaires. L’expression ouverte de la colère est liée aux tentatives de suicide répétées. Ces jeunes ont plus de difficulté à contrôler l’expression de leur hostilité et sont plus agressifs que ceux qui n’ont fait qu’une tentative de suicide.

Le facteur cognitifs  :

En dehors des facteurs de risque psychologiques et psychopathologiques, des facteurs cognitifs ont aussi un impact sur le suicide des jeunes. Les jeunes qui ont une vulnérabilité cognitive, c’est-à-dire qui attribuent les événements négatifs à des causes stables, globales et internes et qui ont des attitudes négatives face à eux-mêmes, démontrent plus d’idéations et de comportements suicidaires que ceux qui n’ont pas ces cognitions. Le désespoir semble avoir un effet médiateur sur la relation entre la vulnérabilité cognitive et la suicidalité. Ceci est vrai même lorsque les autres facteurs de risque sont contrôlés, tels que la suicidalité passée, la dépression antérieure, le trouble de personnalité et l’histoire parentale de dépression. Chacun de ces facteurs cognitifs, psychologiques et familiaux a une influence indépendante sur la suicidalité des jeunes.

La prise en charge :

La prévention du suicide est très difficile. Cela ne doit pas empêcher les adultes (parents, éducateurs…) de mobiliser tous leurs efforts, en particulier en étant attentifs aux préoccupations et comportements des adolescents.
Tout doit être mis en œuvre pour favoriser le dialogue entre le jeune et l’adulte, pour instaurer un climat de confiance. Cela repose essentiellement sur l’écoute, la prise en compte des difficultés de l’adolescent, la reconnaissance explicite de ses souffrances.
C’est ainsi que les éventuels messages, et allusions au suicide doivent être relevés et réexprimés par l’adulte. Celui-ci ne doit pas éluder le sujet, bien au contraire, il doit montrer à l’adolescent qu’il est en mesure de reconnaître cette idée et de prendre en compte sa douleur et sa détresse. Au besoin pour l’orienter vers une consultation, une prise en charge psychothérapique.
Toute tentative de suicide à l’adolescence doit être identifiée, en sachant que la gravité
du geste n’est pas en lien avec le degré de souffrance psychique. Cela signifie qu’une
tentative de suicide sans gravité sur le plan somatique n’est jamais anodine. Il convient en
revanche de ne pas dramatiser la situation.
Une évaluation clinique, dans ses composantes physiques et psychologiques ainsi qu’une évaluation environnementale devrait être effectuée au décours immédiat de la tentative de suicide. Cette évaluation est dans la quasi-totalité des cas réalisée dans le cadre d’une hospitalisation de quelques jours (4 à 6 jours) à quelques semaines (1 à 3 semaines) en milieu le plus souvent pédiatrique avec accompagnement d’un psychiatre. Parfois, l’hospitalisation peut se faire d’emblée dans un service de psychiatrie.
Cette hospitalisation permet :

a) Une rupture avec le milieu habituel, permettant une certaine prise de distance d’éventuels éléments déclenchant de nature environnementale (situation familiale difficile, conflits divers…).

b) L’examen somatique, dont l’intérêt est capital, compte tenu de la place du corps chez l’adolescent. Il permet notamment d’examiner le jeune dans un cadre qui, par sa spécificité médicale, libère l’adolescent de possibles fantasmes d’intrusion. Le corps devient plus un médiateur qu’un obstacle au soin.

c) Une évaluation de l’état psychique de l’adolescent et de mettre en place d’éventuels soins psychothérapiques (individuels ou familiaux). Dans certains cas d’initier un traitement psychiatrique.

d) La rencontre avec la famille, à plusieurs reprises, en vue d’évaluer la dynamique intrafamiliale.

e) D’éviter la banalisation de l’acte, son rejet par l’entourage ou, à l’opposé, une dramatisation.

Vidéo : Le suicide chez l’adolescent

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2 réponses pour "Le suicide chez l’adolescent"

  1. jaja  12 octobre 2012 at 3 h 48 min

    l’environnement familial son impact sur la sante psychique de ses membres?

    Répondre
  2. nona  30 novembre 2012 at 19 h 58 min

    merci beaucoup mes cheris

    Répondre

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