Le respect des valeurs : La dignité
La dignité est la valeur qui reconnaît à toute personne humaine un respect inconditionnel, du seul fait qu’elle est humaine, indépendamment de ses mérites, de sa réussite ou de son utilité. Le respect de la dignité est aujourd’hui un principe central de la morale, du droit et de la psychologie des relations humaines, même si la notion est parfois galvaudée ou confondue avec la fierté.
Une notion d’origine philosophique
À la Renaissance, Pic de la Mirandole compose un célèbre Discours sur la dignité de l’homme (1486), où il fonde cette dignité sur la liberté de l’être humain, capable de choisir ce qu’il deviendra. Au XVIIIe siècle, Emmanuel Kant en donne la formulation la plus influente : dans le règne des fins, tout a soit un prix, soit une dignité. Ce qui a un prix peut être remplacé par un équivalent ; ce qui a une dignité est au-dessus de tout prix et ne peut être échangé.
Il en découle l’impératif kantien de toujours traiter l’humanité, en soi comme en autrui, comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. Respecter la dignité d’une personne, c’est refuser de l’utiliser comme un simple instrument.
La dignité dans le droit
Après la Seconde Guerre mondiale, la dignité devient un fondement explicite des droits humains. La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 affirme dans son article premier que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. La Loi fondamentale allemande de 1949 s’ouvre sur l’affirmation que la dignité de l’être humain est intangible.
En France, le Conseil constitutionnel a reconnu en 1994 la sauvegarde de la dignité de la personne humaine comme un principe à valeur constitutionnelle, et le Code civil dispose que la loi interdit toute atteinte à la dignité de la personne. En 1995, le Conseil d’État a jugé, dans l’affaire dite du « lancer de nains », que le respect de la dignité humaine fait partie de l’ordre public, même lorsque la personne concernée y consent.
Dignité, honneur et estime de soi
La dignité est souvent rapprochée de l’honneur, mais les deux notions diffèrent. L’honneur dépend du regard des autres et peut se perdre ; la dignité, au sens moral et juridique, appartient à chacun et ne peut être retirée. On parle cependant aussi de dignité au sens d’une attitude : se tenir avec dignité, c’est garder la maîtrise de soi et le respect de soi-même dans l’épreuve.
En psychologie, le sentiment de dignité est lié à l’estime de soi. Les situations d’humiliation, de mépris ou de déshumanisation, au travail, à l’hôpital ou dans la vie sociale, atteignent profondément ce sentiment et peuvent avoir des effets durables sur la santé psychique.
Respecter la dignité au quotidien
Le respect de la dignité ne relève pas seulement des grands principes. Il se manifeste dans des gestes simples :
- s’adresser à chacun avec politesse, quel que soit son statut ;
- préserver l’intimité et la pudeur des personnes vulnérables, malades ou âgées ;
- éviter de ridiculiser ou d’humilier, y compris par l’humour ;
- tenir sa parole et respecter ses engagements, qui sont une forme de considération pour autrui.
Loin d’être une valeur de perdants, la dignité est ainsi la condition de relations humaines fondées sur la confiance et sur la reconnaissance mutuelle.



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