Le travail : La condition humaine selon H. Arendt (1958)

> > Le travail : La condition humaine selon H. Arendt (1958) ; écrit le: 26 janvier 2012 par tayechi

La philosophe Hannah Arendt (1958), a essayé, au travers de l’histoire de la pensée depuis l’antiquité, de réfléchir sur les différentes formes d’activités humaines (distinguées de la vie non active, c’est-à-dire contemplative). Elle constate que la vie active, la vita activa, est souvent décrite par trois types d’activités. Le travail, qui est la condition animale minimale pour réussir à vivre, à survivre, et qui permet à l’espèce de continuer à exister. Mais il y a dans ce cas une distinction difficile de la condition humaine par rapport à la condi­tion animale. La distinction se fait plus facilement quand l’être humain, dans sa vie active, produit des œuvres. L’œuvre signifie une sorte de création, de re­création d’un monde, distinct du monde naturel. On a l’impression que l’homme s’est attaché à se recréer un monde à sa dimension, à sa mesure, avec des objets, des constructions artificielles, l’homme a transformé la nature. Pour H. Arendt, l’homme s’est en quelque sorte pris pour un dieu, comme si, d’un côté, « Dieu » avait crée un monde naturel et l’homme, à son tour, essayait de créer un monde artificiel à sa mesure. L’intérêt de l’œuvre, c’est qu’elle permet ainsi de dépasser la condition animale par sa permanence. Par exemple, lorsqu’une cathédrale est construite, elle ne l’est pas pour une durée limitée à l’espérance de vie des hommes qui l’ont créée, mais pour continuer à exister sur plusieurs générations. Selon H. Arendt, l’homme se distingue ainsi de l’animal, mais en jouant au démiurge, il continue à imiter « Dieu » sans pouvoir être encore, tota­lement et spécifiquement, humain.

I if seul moment dans la vie active où on est spécifiquement humain, c’est uand mi est, dans un troisième type d’activités qui est « l’action », au sens de iscussion, d’échange, de conflit pour organiser la société humaine, l’action olilique. La polis, c’était la cité chez les grecs, et la politique, les grands ébats mis en place par les citoyens pour organiser cette cité. Chez les grecs, >s citoyens ne travaillaient pas, ils étaient essentiellement dans l’action olil ique. Ce qui est spécifique aux êtres humains c’est qu’ils ont besoin de organiser, d’organiser la société humaine, cette organisation pouvant prendre es formes très variées. Une partie de notre activité consiste donc à organiser i société, définir des règles, définir un système social. C’est aussi tenir compte e la pluralité des êtres humains. Ils sont différents les uns des autres et il leur ml agir, construire des règles et institutions pour pouvoir vivre ensemble, •ans une fourmilière ou une ruche, par exemple, on peut avoir l’impression ‘une organisation sociale. Cependant cette organisation qui définit plusieurs atuts (la reine, l’ouvrière, etc.) ne repose pas sur une délibération ou des lioix collectivement construits par les membres, ce sont des déterminations l’iiétiques qui ont façonné la place de chacun et l’organisation d’ensemble qui n résulte. Il n’y a pas à proprement parler d’action politique en ce cas.

La psychologie du travail et des organisations est finalement aussi une réflexion sur notre humanité. Des êtres humains, pour vivre, travaillent à produire  des objets et des services et s’organisent pour cela. Cette vision de la con- il ion humaine que nous propose H. Arendt est souvent pertinente pour iimprendre les ressorts qui font qu’un travailleur se sent, ou pas, appartenir à humanité quand il est dans son organisation.

Ainsi, on constate que dans l’entreprise, il y a plusieurs façons de considérer l’activité. Par exemple, il peut nous être demandé de réaliser une tâche, ’utiliser nos compétences, mais sans pour autant être sollicité pour créer quel- ue chose de nouveau (exemples du travail dans un fast-food, ou du travail de lissière), de même, on n’attend pas forcément de nous que l’on discute avec les  autres pour essayer d’améliorer l’organisation du travail. Donc, il y a un certain  type d’activités où nous sommes essentiellement considérés comme des animaux » qui ont, avant tout, une capacité, une force de travail. Dans ce type c postes, on ne fait pas appel à l’ensemble de « l’humanité » du travailleur lais on lui permet de vivre ou de survivre. Du côté de l’artisanat, de certains métiers qualifiés, lorsqu’il s’agit de créer des objets durables, on attend des individus un savoir-faire, des compétences, afin de produire quelque chose de solide, qui dure, qui a une certaine permanence. À l’échelle des organisations, on observe une grande variété dans la façon dont les tâches sont découpées, dont le pouvoir est distribué. Certains travailleurs participent véritablement à l’action organisatrice (dans les coopératives, par exemple) d’autres subissent des choix sur lesquels ils n’ont pas leur mot à dire et ils ne peuvent pas échan­ger avec leurs collègues sur les meilleurs moyens d’agir. On comprendra aisé­ment qu’il est plus difficile de se sentir, et d’être reconnu, « humain » dans ce dernier cas.

Aussi, le psychologue du travail et des organisations est-il conduit à être attentif aux différentes dimensions de l’engagement du travailleur : la souf­france possible du corps et de l’esprit, le développement des connaissances et savoir-faire qui permettent d’être créatif, la prise en compte de la personne, de son point de vue, dans ses rapports avec les autres, l’existence d’un collectif de travail. Cette attention constamment renouvelée permettra plus facilement d’agir dans le sens de la mission consistant à conjuguer bien-être des tra­vailleurs et efficience de l’organisation.

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