La névrose

La névrose désigne un ensemble de troubles psychiques dans lesquels la personne souffre de symptômes qu’elle reconnaît elle-même comme anormaux (angoisse, phobies, obsessions, plaintes corporelles) tout en gardant un contact préservé avec la réalité. Notion centrale de la psychiatrie classique et de la psychanalyse, elle a disparu des classifications psychiatriques américaines en 1980, mais reste très employée en psychopathologie et dans le langage courant.
L’histoire du mot
Le terme est introduit au XVIIIe siècle par le médecin écossais William Cullen, qui appelle « névroses » les maladies attribuées aux nerfs sans fièvre ni lésion locale identifiable. Au XIXe siècle, les névroses sont étudiées par les neurologues et les aliénistes, comme Jean-Martin Charcot et Pierre Janet. Sigmund Freud leur donne ensuite un sens psychologique : pour la psychanalyse, le symptôme névrotique est le compromis d’un conflit psychique inconscient entre un désir et les défenses qui s’y opposent, conflit dont les racines remontent à l’enfance.
Névrose et psychose
La psychiatrie classique distingue deux grands registres :
- dans la névrose, la personne a conscience de ses troubles, en souffre, le plus souvent en demande de l’aide, et son rapport à la réalité reste intact ;
- dans la psychose, le rapport à la réalité est altéré (idées délirantes, hallucinations) et la conscience d’être malade est souvent réduite.
Cette opposition reste schématique : les cliniciens observent de nombreuses situations intermédiaires.
Les formes classiques
- La névrose d’angoisse : anxiété diffuse, inquiétude permanente, parfois crises d’angoisse aiguës ;
- la névrose phobique : peur intense et irraisonnée d’un objet ou d’une situation, et conduites d’évitement ;
- la névrose obsessionnelle : pensées intrusives et rituels de vérification ou de lavage, que l’on rattache aujourd’hui au trouble obsessionnel-compulsif (TOC) ;
- la névrose hystérique : symptômes corporels sans lésion, que l’on décrit désormais comme des troubles de conversion (voir Hystérie définition) ;
- la névrose traumatique : troubles apparus après un événement violent, proches de ce qu’on appelle aujourd’hui le trouble de stress post-traumatique.
Ce qu’en disent les classifications actuelles
En 1980, la troisième édition du manuel diagnostique américain, le DSM-III, abandonne le terme de névrose, jugé trop lié à la théorie psychanalytique, au profit de catégories descriptives : troubles anxieux, trouble obsessionnel-compulsif, troubles dissociatifs, troubles somatoformes. La classification internationale des maladies de l’Organisation mondiale de la santé a longtemps conservé un chapitre intitulé « troubles névrotiques, troubles liés à des facteurs de stress et troubles somatoformes » (CIM-10) ; sa onzième révision, entrée en vigueur en 2022, adopte à son tour des catégories descriptives. Le mot reste néanmoins utilisé par de nombreux psychiatres et psychologues d’orientation psychodynamique.
La prise en charge
Les troubles autrefois regroupés sous le nom de névroses se soignent principalement par psychothérapie : thérapies d’inspiration psychanalytique, thérapies cognitives et comportementales, dont l’efficacité est bien établie pour les troubles anxieux et le TOC, ou thérapies familiales. Un traitement médicamenteux, notamment par certains antidépresseurs, peut être prescrit par un médecin dans certains cas. Une souffrance psychique durable justifie de consulter un médecin, un psychiatre ou un psychologue. Dans le langage courant, l’adjectif « névrosé » est souvent employé de façon péjorative, ce qui ne correspond pas à son sens clinique.


vous devez être connecter pour déposer un commentaire connecter