La dépendance à l’argent : Les théories cognitives

> > La dépendance à l’argent : Les théories cognitives ; écrit le: 15 mars 2012 par chayma modifié le 18 novembre 2014

En psychologie cognitive, on parle d’addictions pour désigner les conduites de dépendance. Ce mot est issu du latin et désignait la contrainte par corps d’une personne, c’est-à- dire la mise à disposition d’un créancier de celui qui ne pouvait s’acquitter de sa dette. Ce terme rend ainsi compte du niveau de pression et d’enfermement dans lequel le sujet se place face à l’objet de sa dépendance.

Des conceptions ou des représentations erronées de l’objet de l’addiction sont à la base de la construction de la dépendance. En psychologie cognitive, on parle de distorsions pour désigner ces fausses cognitions qui entraînent de mauvais raisonnements, eux-mêmes dénommés distorsions cognitives. Par exemple : « Sans alcool, je ne vais pas réussir telle ou telle tâche difficile… » Ces distorsions amènent à la création de croyances irrationnelles : « Avec beaucoup d’argent, je suis quelqu’un. Je saurais vivre sans dépenser. Je suis incapable de gérer mon budget sans connaître de découvert… »

Dans les années 80, deux psychologues américains, Marlatt et Gordon, ont contribué à développer l’approche cognitive des phénomènes de dépendance en étudiant les mécanismes de la rechute chez des sujets alcooliques. Leurs travaux ont permis de dégager un ensemble de processus qui expliquent l’établissement des dépendances.

Les recherches portant sur d’éventuels facteurs de personnalité prédictifs de la rechute ont révélé, outre des traits de personnalité passive et dépendante, des tendances anxieuses et dépressives présentes chez la majeure partie des sujets souffrant d’addiction. La consommation de l’objet de l’addiction jouerait un rôle anxiolytique et apaisant. Nous connaissons tous l’effet désinhibiteur d’une prise d’alcool à faible dose (à haute dose, l’effet sédatif est dans la plupart des cas assez puissant), ou le calme retrouvé après une cigarette. Interviennent ici des mécanismes décrits plus haut. À l’éventuel plaisir se surajoute la recherche des effets initiaux de la première prise du produit ou du premier comportement consommatoire tel qu’une dépense excessive.

D’autre part, les addictions apparaissent chez des sujets souffrant d’une basse estime de soi. Peu ou pas valorisés, ils vont rechercher dans la répétition des comportements abusifs la désinhibition et un certain plaisir à se retrouver forts et affirmés face aux autres. La plupart des études portant sur l’alcoolisme ou les dépenses compulsives mettent en avant ce manque d’assertivité – l’assertivité correspond à l’affirmation de soi ou la capacité à prendre sa place parmi les autres sans agressivité ni inhibition. Ce défaut d’assertivité présent chez les individus aux conduites additives a conduit à instaurer, dans les prises en charge en thérapie, des séances individuelles ou de groupe visant à l’apprentissage des habiletés sociales : savoir refuser, demander, répondre aux critiques… Les dépendants à l’argent n’ont qu’une piètre opinion d’eux-mêmes. Acheter, nous le verrons, leur donne illusoirement l’impression d’être quelqu’un, de compter aux yeux d’au moins une personne, le vendeur. Les obsédés de l’argent ont une image complètement erronée de leur valeur. Ils en viennent ainsi à percevoir les crédits abusifs que certains organismes leur accordent comme des récompenses, des gratifications, et ils se répandent en paroles et en gestes de gratitude envers des usuriers qui prêtent à des taux exorbitants.

Autre caractéristique de l’addiction, elle place le sujet dans la dissonance. Tout fumeur sait qu’il ruine sa santé avec le tabac, et pourtant il continue. Les programmes d’arrêt du tabac reposant uniquement sur la prise de conscience des risques encourus n’ont que peu d’effet sur les consommateurs. Il en est de même dans la dépendance à l’argent. Le dépensier compulsif n’ignore pas que son découvert à la banque va s’amplifier, mais cela ne le rend pas pour autant raisonnable.

Enfin, ce qui aux yeux de Marlatt renforce l’addiction, c’est la rechute. Le sujet sevré, ou considéré comme tel, reste psychologiquement en dépendance. La moindre reprise des comportements abusifs le persuade en quelque sorte de son incapacité à se débarrasser de son vice. Alors, il s’abandonne à la recherche, souvent illusoire, des effets initiaux du produit. « Puisque j’ai replongé et que je n’ai pas réussi à m’empêcher de dépenser mon argent, c’est que je suis incapable de m’arrêter, autant continuer, me laisser aller… »

Les recherches sur les mécanismes de la rechute ont permis d’isoler la présence, dans la vie quotidienne des sujets dépendants, de situations dites à haut risque qui placent l’individu dans l’impossibilité de répondre au malaise rencontré autrement qu’en reproduisant les comportements déviants. Une dispute avec le conjoint et la sensation de ne pas pouvoir agir en retour, d’être incapable de résoudre le conflit, vont amener le dépensier à fuir et à se mettre à dépenser par compensation. Après une cure de sevrage ou une thérapie, les conséquences peuvent se révéler désastreuses. Le cercle infernal de la consommation reprend, la personne repart dans les mécanismes de l’addiction. Le sentiment d’auto-efficacité dans la lutte contre l’addiction est mis à mal. Le sujet finit par se croire incompétent et inefficient pour établir une abstinence, et il renonce, se résigne à subir sa dépendance.

Les thérapies cognitives proposent des protocoles de prise en charge des sujets additifs très opérants et axés sur une participation active tant du thérapeute que du patient. Actuellement, bon nombre de centres de traitement des addictions ont mis en place des programmes de cure fondés sur l’approche cognitive.

Vidéo : La dépendance à l’argent : Les théories cognitives

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