Psychologie incapacité acquise (ou impuissance acquise)
L’impuissance acquise, aussi appelée incapacité acquise ou résignation apprise (en anglais learned helplessness), désigne l’état de passivité et de découragement qui s’installe chez un individu après qu’il a subi de façon répétée des événements désagréables sur lesquels il n’avait aucune prise. Persuadé que ses actions ne changent rien, il cesse d’essayer, même lorsque la situation devient maîtrisable. Ce concept, né en psychologie expérimentale, a beaucoup servi à penser la dépression.
Les expériences fondatrices de Seligman
Le phénomène a été décrit à la fin des années 1960 par le psychologue américain Martin Seligman et ses collaborateurs, dont Steven Maier, à partir d’expériences sur des chiens. Les animaux qui avaient reçu des chocs électriques impossibles à éviter ne cherchaient plus, par la suite, à fuir des chocs qu’un simple saut leur aurait pourtant permis d’esquiver. Ceux qui avaient pu interrompre les chocs par leur propre action, eux, apprenaient sans difficulté à s’échapper. Ce n’était donc pas la douleur elle-même qui provoquait la résignation, mais l’absence de contrôle.
Le même effet a ensuite été observé chez d’autres espèces animales, puis chez l’être humain, dans des situations de laboratoire où les participants étaient confrontés à des bruits ou à des problèmes insolubles.
Trois déficits caractéristiques
Selon le modèle de Seligman, l’impuissance acquise se traduit par trois types de déficits :
- motivationnel : la personne fait moins d’efforts et renonce plus vite face à une tâche ;
- cognitif : elle peine à percevoir le lien entre ses actions et leurs conséquences, même lorsque ce lien existe ;
- émotionnel : apparaissent tristesse, anxiété et affects de type dépressif.
La reformulation attributionnelle
Chez l’humain, toutes les personnes exposées à l’échec ne deviennent pas résignées. En 1978, Lyn Abramson, Martin Seligman et John Teasdale ont proposé une reformulation de la théorie : ce qui compte serait la façon dont l’individu explique ses échecs. Une explication interne (« c’est ma faute »), stable (« ce sera toujours ainsi ») et globale (« j’échoue en tout ») favoriserait la résignation et la dépression. Cette notion de « style attributionnel » a ouvert la voie à des travaux sur l’optimisme et à certaines techniques de thérapie cognitive, qui consistent à examiner et à assouplir ces explications.
Plus récemment, Steven Maier et Martin Seligman ont eux-mêmes révisé l’interprétation neurobiologique de leurs expériences : la passivité serait la réaction par défaut à un stress prolongé, et ce que l’organisme apprend réellement serait la possibilité d’exercer un contrôle. Les débats théoriques restent ouverts, et les mécanismes ne sont pas forcément identiques chez l’animal et chez l’homme. Une revue de la littérature en langue française a été publiée par François Ric dans L’Année psychologique en 1996.
Applications et limites
Le concept d’impuissance acquise est mobilisé pour comprendre certains états dépressifs, le découragement scolaire après des échecs répétés, ou encore la passivité observée chez des personnes soumises durablement à des situations d’emprise ou de violence. Il ne s’agit toutefois que d’un modèle parmi d’autres : la dépression a des causes multiples, biologiques, psychologiques et sociales. Toute personne qui se sent durablement découragée ou sans issue gagne à en parler à un médecin ou à un psychologue.



vous devez être connecter pour déposer un commentaire connecter