Psychologie erreur fondamentale d'attribution
L’erreur fondamentale d’attribution est la tendance, en psychologie sociale, à expliquer le comportement d’autrui par sa personnalité ou ses intentions, en sous-estimant le poids de la situation dans laquelle il se trouve. Le terme a été proposé par le psychologue Lee Ross en 1977 ; on parle aussi de biais de correspondance.
Une définition
Face au comportement d’une personne, nous pouvons l’attribuer à des causes internes (son caractère, ses compétences, sa volonté) ou à des causes externes (les contraintes, la pression d’autrui, le hasard). L’erreur fondamentale d’attribution consiste à privilégier systématiquement les causes internes chez les autres, même lorsque la situation suffit à expliquer ce qu’ils font.
Les expériences fondatrices
En 1967, Edward Jones et Victor Harris demandent à des étudiants de lire un texte favorable ou défavorable à Fidel Castro, en leur précisant que son auteur avait été obligé de défendre cette position. Les participants jugent malgré tout que l’auteur pense réellement ce qu’il a écrit.
En 1977, Lee Ross et ses collègues organisent un jeu de questions-réponses où des rôles de questionneur et de candidat sont tirés au sort. Le questionneur choisit des questions dont il connaît la réponse. Les observateurs jugent pourtant le questionneur plus cultivé que le candidat, sans tenir compte de l’avantage que lui donne son rôle.
L’exemple de l’expérience de Milgram
Dans les expériences de Stanley Milgram sur la soumission à l’autorité, menées au début des années 1960, de nombreux participants acceptent d’administrer ce qu’ils croient être des chocs électriques de plus en plus forts à une autre personne, sur l’ordre d’un expérimentateur. Spontanément, on explique ce comportement par la cruauté ou la faiblesse des participants. Les variations de l’expérience montrent au contraire que l’obéissance dépend fortement de la situation, comme la proximité de l’autorité ou celle de la victime. C’est une illustration souvent citée de l’erreur fondamentale d’attribution.
Les nuances
- Acteur et observateur : Edward Jones et Richard Nisbett ont décrit en 1971 une asymétrie selon laquelle nous expliquons plus volontiers notre propre conduite par la situation, et celle des autres par leur personnalité.
- Culture : des recherches comparatives suggèrent que ce biais est plus marqué dans les sociétés occidentales individualistes que dans les cultures qui valorisent davantage le groupe et le contexte.
- Fatigue et distraction : selon les travaux de Daniel Gilbert, nous jugeons d’abord la personne, puis nous corrigeons en tenant compte de la situation ; quand notre attention est occupée, cette correction se fait mal.
Pourquoi c’est important
Ce biais a des conséquences concrètes : juger trop vite un collègue en retard sans connaître ses contraintes, attribuer la pauvreté ou le chômage aux seuls défauts des personnes, ou mal évaluer un témoignage dans un procès. En prendre conscience aide à suspendre son jugement, à se demander ce que l’on ferait dans la même situation et à chercher les contraintes invisibles qui pèsent sur l’autre.

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