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PSYCHOLOGIE

La parole et langage:L’interrogatif

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C’est le temps du sujet

L’interrogatif est le temps constitutif du sujet, celui qui l’amène à ne trouver chez, celui qui l’interroge, que le manque par lequel son savoir inconscient peut trouver sa reconnaissance.

  • C’est le temps signifiant du manque

L’interrogation, signifiante du manque, porte le jeune parlêtre à dire, mais à dire surtout ce qu’il ignore savoir; il le porte par conséquent à devenir lui-même un sujet supposé savoir.

  •  C’est le temps du che vuoi

L’interrogation réfère aussi le discours enfantin au Che vuoi? Ce Que veux-tu? dont Lacan  établit qu’à son défaut, dialectique du désir et subversion du sujet ne s’articulent par aucune chaîne signifiante propre à en boucler une signification.

Le manque

Dans le discours analytique, seul le manque peut donner à l’objet, fonction de cause du désir : désir de dire, désir de savoir, traversés l’un et l’autre par un circuil pulsionnel.

  • Le manque de savoir et le manque au savoir

Ce manque est manque de savoir autant que manque au savoir. C’est pourquoi il est également ce qui soutient la division subjective, ce grâce à quoi le sujet en herbe peut saisir en cure que l’inconscient le sait.

  • L’inconscient sait lui

«L’inconscient sait lui», et non pas le psychanalyste; à moins qu’il se veuille iilucateur lorsqu’il lui prend d’assener par exemple à l’enfant des interprétations, dont lu forme affirmative ne peut être entendue que comme péremptoire, que comme ; Injonction d’obéissance, puisqu’obéir signifie étymologiquement écouter pour se | noumettre à qui parle.

  • «L’univers s’y taire »

Ce n’est pas qu’alors l’analyste éducateur tienne une place de maître ou d’hysté- i tique : il ne tient pour l’enfant que la place de l’universitaire, place constitutive d’une promotion pour l’éducateur, et d’une promesse d’éducation, non pas pour le jeune analysant, mais pour l’impétrant qu’il figure.

  • La castration symbolique

Si le psychanalyste tient justement sa place et son discours, le dire de l’enfant devient signifiant de ce qui lui manque, de ce qui lui fait défaut dans son savoir, de ce qu’il peut en entendre. Et par ce manque, comme d’une castration symbolique, l’enfant l’enseigne sans le savoir.

Guérir

  • Éducation et guérison

Cette place difficile à tenir, qui suppose tout de même pratique et théorie de la pratique pour n’être pas éducative, n’est pas davantage celle du guérisseur, encore qu’en général éducation et guérison soit l’effet d’une cause commune, puisque le guérisseur est justement celui qui est supposé — non pas savoir — mais détenir un savoir opératoire, technique, sans faille et sans manque.

  •  Un transfert particulier

-Cette effectivité lui confère un transfert particulier, transfert de type hystérique qui implique deux paramètres :

  -la suggestion, dont le guérisseur est généralement l’agent actif, et le patient l’objet passif.

– un savoir sur la guérison et ses voies et moyens, dont le phallus n’est autre que le patient.

Les deux paramètres sont croisés : des deux personnes en présence, tantôt l’une tantôt l’autre, est agent actif ou sujet passif.

  • Le guérisseur guéri de son phallus

Sans son phallus, le guérisseur perd tout pouvoir, n’est plus rien. En ce point d’ailleurs les choses se compliquent pour lui, puisque la guérison, « heureuse » pour son bénéficiaire, est «malheureuse» pour son donateur : elle est ce qui lui lait perdre un patient, c’est-à-dire ce à quoi il tient le plus : son phallus. Soit alors que pour un patient de perdu il s’en retrouve dix. soit que la guérison soit… ü rechute, ou interminable.

Au patient qui lui dit vouloir interrompre la cure parce qu’il est guéri de ses symp­tômes, le psychanalyste qui n’est pas guérisseur peut répondre : «et maman esl contente ! » Il indique par cette réponse symbolique, qu’il ne souscrit en rien à l’hypo­thèse dont il a fait l’objet de la part de son analysant, et selon laquelle l’analyste ne désirerait que la guérison. Si l’analyste souscrivait à cette hypothèse, il la confirmerai! bien sûr, et par cette confirmation lui donnerait valeur de demande; mais pas de n’importe laquelle : la demande qui lui serait adressée d’être une bonne mère, qui ne voudrait rien d’autre, sinon que son enfant veuille bien être pour elle, et par la guérison, son phallus imaginaire.

Comme une telle réponse était faite à une analysante, qui voulait interrompre sa cure pour l’unique motif de la guérison, deux souvenirs lui revinrent à l’esprit. Elle se rappela combien sa mère était sans cesse préoccupée de la santé et de la guérison de ses enfants quand ils tombaient malades; elle se rappela le rêve oublié de la nuil précédente : elle tenait entre ses mains une boîte contenant des tampons hygiéniques, mais imbibés du sang des deux testicules coupés avec lesquels ils se trouvaient…

  • L’acharnement thérapeutique

Remarquons combien ce phallus est imaginaire, combien il relève de ce registre. Les malades ne sont que des figures du malade imaginaire, si bien dépeint par Molière. La fureur de guérir, la furor curandi, n’est cependant pas qu’imaginaire, car tout acharnement thérapeutique est un acharnement tout de même, et combien dévo- rateur, vorace, mordant : la thérapie devient comme une nourriture, par rapport à laquelle le thérapeute est comme en addiction.

  •  La guérison n’est que de surcroît

Quand Lacan déclare la guérison n’être que de surcroît, il insiste pour qu’elle ne relève que du savoir de l’analysant, qu’elle ne soit fonction que de son propre rapport au symptôme et de la place qu’il lui donne dans son économie personnelle et pulsion­nelle. Dans sa généralité clinique, le symptôme est aussi du social, il relève donc également du malaise dont celui-ci est marqué.

La psychologie du moi

Voilà donc où peut mener une interrogation sur… la forme interrogative, forme qui est une adresse au sujet, alors que la forme affirmative ne concerne que le moi, sa I constitution et sa structure, ses défenses, lesquelles sont dépendantes du champ de l’imaginaire, du champ scopique. Le psychanalyste, le sachant, choisit l’un ou l’autre champ pour son travail, et il effectue ce choix selon les données cliniques et théori-1 ques dont il fait élection.

Le leurre et son objet

Le leurre phallique

Le leurre est phallique quand il est mise enjeu d’une technique qui n’est qu’une feinte avec la loi phallique et son objet.

  • Repérage clinique d’un leurre

Un exemple clinique permet peut-être de repérer la transformation de la salisiai lu m symbolique dans le champ même de la parole, quand un lapsus paraît en indiquci l.i fonction de leurre. Il s’agit d’un enfant de six ans qui a eu, à la suite de complications obstétricales de sa mère, une maladie de Little se traduisant essentiellement par une paraplégie. Il ne marche que très mal, et après de nombreuses interventions correc­trices et immobilisatrices.

  • Trace d’un raté symbolique

Au moment de la cure où il abordait le deuil de ce handicap, en riant, il fait part plusieurs fois dans la même séance de sa surprise à dire systématiquement « viande cassée» pour «viande hachée». Ce lapsus est la trace d’un raté symbolique; dans le champ de l’oralité, ce lapsus vient marquer un impossible ; tout autant qu’il dit que la viande (objet de besoin oral) est «cassée», il «écrase», comme dit Lacan, la frustra­tion symbolique liée à son infirmité, en maintenant le signifiant «cassée» qui lui permet de méconnaître cette infirmité.

  •  Confiscation du leurre

C’est en effet ce signifiant «cassée» (sous-entendu «réparable»; la frustration symbolique porte précisément sur ce «réparable») qu’emploie sa mère pour symbo­liser la paraplégie, le handicap, tandis que le père de son côté, a un discours plus réaliste. Quant au jeu de leurre, il subit ici, lui aussi un destin particulier : c’est l’image réparée de son enfant qui sert de leurre à la mère et, du même coup, le jeu de leurre est confisqué à l’enfant; il est incapable de leurrer puisqu’il représente la frus­tration de la mère, par ailleurs aveugle vis-à-vis de lui. D’autre part il est leurré lui- même, non pas par son jeu impossible, mais par l’image réparée fournie par la mère, les rééducateurs, les kinésithérapeutes.

  • Deuil de la castration de la mère

Le travail a consisté d’abord, à l’occasion de ce lapsus «cassée-hachée » à lui proposer de demander à ses parents pourquoi ses jambes étaient «cassées», c’est-à- dire à aborder la castration de la mère dont il avait à faire le deuil en même temps que île son infirmité.

  • Dépression par privation de leurre

La mère, privée de son propre leurre, s’est alors déprimée, montrant qu’ici l’objet trompeur n’était pas joué par l’enfant, mais par son obligation à elle de rester dans I illusion. Ainsi la frustration du leurre entraîne-t-elle dans sa dialectique la ruine de I hypothèse à laquelle la déception de la satisfaction symbolique vient apporter une lin de non recevoir. De cette ruine de l’hypothèse, se constitue la position dépressive; r| on conçoit que plus la mère tient la place de la fonction réelle, plus le fonctionne- mcnl de l’enfant anticipant l’émergence des objets en soit problématique; comme le iopère Lacan dans son Séminaire IV , au sujet des objets symboliques : » puisqu’ils étaient prêts à y venir, ils y étaient déjà».

  • L’hypothèse qui fait la signifiance de l’objet

Cet objet avec lequel on joue, qui n’a aucune valeur, c’est bien un signifiant : quand l’objet est là, il faut que l’on puisse penser qu’il n’y est pas; que la possibilité soit offerte qu’il soit là où il n’est pas, etc. Que sont ces formules sinon celles qui suppor­tent des hypothèses?

Désormais, l’enfant vient situer les hypothèses dans le champ des autres, de l’Autre. Le voici sur le déclin des hypothèses, le voici qui devient objet trompeur : j «l’enfant s’engage, entre frustration et Œdipe, dans la dialectique du leurre, pour satisfaire ce qui ne peut l’être, à savoir le désir de la mère.» (Lacan). Dans le «leurre», il ne s’agit pas de satisfaire le désir de la mère mais de le tromper, ce qui nécessite que le sujet suppose le désir dans l’Autre.

  • Le leurre de l’analyste

Dans la conduite de la cure, c’est du leurre du côté de l’analyste qu’il est question : comme Lacan le souligne en rappelant l’échec de l’analyse par Freud de la jeune homosexuelle, le leurre de l’analyste est nécessaire. Le refus de se laisser leurrer promeut l’imaginaire comme prix de la non-désillusion, et entraîne des interprétations dans le savoir, l’analyste prenant la place du maître, ou de l’éducateur.

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