Erotomanie

L’érotomanie est un délire dans lequel une personne a la conviction inébranlable d’être aimée par une autre, le plus souvent de rang social plus élevé ou inaccessible : personnalité célèbre, supérieur hiérarchique, médecin, avocat. Cette conviction ne repose sur aucune réalité et résiste à toutes les preuves contraires. Le psychiatre français Gaëtan Gatian de Clérambault en a donné la description classique, si bien qu’on parle aussi de syndrome de Clérambault.
Une psychose passionnelle
Le terme d’érotomanie est ancien et a été employé dès le XIXe siècle, notamment par Esquirol. Au début des années 1920, Clérambault range l’érotomanie parmi les « psychoses passionnelles », aux côtés du délire de jalousie et du délire de revendication. Il les distingue des délires d’interprétation paranoïaques : le délire passionnel se développe « en secteur », autour d’un seul thème et d’une seule personne, alors que le délire d’interprétation s’étend « en réseau » à toute la vie du sujet.
Au cœur du délire se trouve ce que Clérambault appelle le postulat fondamental : c’est l’autre qui a commencé, qui aime le plus, ou qui aime seul. Le patient interprète alors les moindres signes, un regard ou un geste, comme des messages amoureux, et explique les refus ou l’indifférence de l’objet par des obstacles, de la timidité ou une épreuve.
Les trois phases décrites par Clérambault
- L’espoir : la personne attend que l’objet se déclare, multiplie les démarches, les lettres ou les visites. Cette phase peut durer longtemps.
- Le dépit : faute de réponse, la déception s’installe, avec parfois une souffrance dépressive.
- La rancune : l’amour se transforme en ressentiment. La personne peut alors harceler, menacer, voire agresser l’objet de son délire ou son entourage.
Aujourd’hui : un trouble délirant
Les classifications actuelles, comme le DSM-5 de l’Association américaine de psychiatrie, décrivent l’érotomanie comme un trouble délirant de type érotomaniaque. On distingue l’érotomanie dite pure, qui évolue de façon isolée chez une personne par ailleurs adaptée, et les idées érotomaniaques qui s’inscrivent dans une autre maladie psychiatrique, comme la schizophrénie ou un trouble bipolaire en phase maniaque.
Les causes restent mal connues. Les anciennes explications, qui incriminaient la lecture des romans ou une « éducation vicieuse », n’ont pas de fondement scientifique. On évoque aujourd’hui l’interaction de facteurs de vulnérabilité, de traits de personnalité et de circonstances de vie, comme l’isolement affectif.
Prise en charge
Le traitement est difficile, car la personne ne se considère pas comme malade et consulte rarement d’elle-même. La prise en charge psychiatrique associe en général un traitement antipsychotique, une relation de soin au long cours et un travail sur les conséquences sociales du délire. Lorsque le comportement devient dangereux pour autrui, une hospitalisation sans consentement, encadrée par la loi, peut être nécessaire. Les personnes visées par un harcèlement ont intérêt à en conserver les traces et à s’adresser aux autorités. Face à une situation de ce type, l’avis d’un psychiatre est indispensable.

vous devez être connecter pour déposer un commentaire connecter