Egocentrisme

L’égocentrisme est la tendance à tout rapporter à soi : à juger les situations à partir de son seul point de vue, sans parvenir à se représenter celui des autres. En psychologie, le terme a d’abord désigné une étape normale du développement de l’enfant, avant de qualifier, chez l’adulte, un trait de caractère plus ou moins marqué. Il ne faut le confondre ni avec l’égoïsme ni avec le narcissisme.
Égocentrisme, égoïsme et narcissisme
- L’égocentrisme est d’abord une difficulté de perspective : la personne ne parvient pas à se « décentrer » pour imaginer ce que pense ou perçoit autrui.
- L’égoïsme est une attitude morale : l’égoïste sait que les autres ont leurs propres besoins, mais fait passer son intérêt avant le leur.
- Le narcissisme désigne l’amour porté à sa propre image ; poussé à l’extrême, avec un grand besoin d’admiration et un manque d’empathie, il peut relever d’un trouble de la personnalité, dont le diagnostic appartient aux professionnels.
L’égocentrisme de l’enfant selon Piaget
Le psychologue suisse Jean Piaget a fait de l’égocentrisme une caractéristique de la pensée du jeune enfant, en particulier au stade dit préopératoire, entre deux et sept ans environ. Dans l’épreuve des trois montagnes, conçue avec Bärbel Inhelder, on présente à l’enfant une maquette et on lui demande ce que voit une poupée placée ailleurs : le jeune enfant décrit souvent sa propre vue. Piaget observait aussi un « langage égocentrique », l’enfant parlant pour lui-même sans chercher à se faire comprendre, langage que le psychologue russe Lev Vygotski interprétera plutôt comme une étape vers la pensée intérieure. Avec l’âge et les échanges avec les autres, l’enfant se décentre progressivement. Des travaux plus récents montrent qu’il comprend plus tôt qu’on ne le pensait les croyances d’autrui : dans des tâches simples, la plupart des enfants y parviennent vers quatre ans.
L’égocentrisme de l’adolescent
Le psychologue américain David Elkind a décrit en 1967 une forme d’égocentrisme propre à l’adolescence. Elle comporte deux aspects : l’« audience imaginaire », le sentiment d’être sans cesse observé et jugé par tous, et la « fable personnelle », la conviction que son expérience est unique et que l’on échappe aux risques qui touchent les autres. Ce n’est donc pas un paradoxe que l’égocentrique se préoccupe beaucoup du regard d’autrui : il imagine que les autres pensent à lui autant qu’il y pense lui-même.
Chez l’adulte
Chez l’adulte, l’égocentrisme se manifeste par une difficulté à écouter vraiment, une tendance à tout interpréter à travers ses propres préoccupations, à ramener la conversation à soi ou à n’entendre, dans le discours d’autrui, que ce qui conforte son point de vue. Il est source de malentendus et de conflits, mais il n’est pas en lui-même une maladie, ni un signe de paranoïa. Chacun présente d’ailleurs des biais égocentriques ordinaires, comme surestimer sa propre contribution à un travail commun.
Peut-on s’en défaire ?
La capacité à se décentrer s’entretient : reformuler ce que l’autre vient de dire avant de répondre, lui poser des questions sur ce qu’il ressent, se demander comment la situation apparaît depuis sa place. Lorsque ces difficultés causent une souffrance ou abîment durablement les relations, un psychologue ou un psychiatre peut aider à en comprendre l’origine.



vous devez être connecter pour déposer un commentaire connecter