Les perversions sexuelles

Les perversions sexuelles désignent, dans la tradition psychiatrique et psychanalytique, des formes de sexualité où l’excitation dépend de manière privilégiée, voire exclusive, d’un objet, d’une situation ou d’une pratique autres que la relation sexuelle partagée entre adultes consentants. Chargé d’un jugement moral, le terme a été remplacé dans les classifications médicales par celui de « paraphilie ». La médecine actuelle distingue avec soin les préférences qui ne regardent que les personnes concernées et les troubles qui font souffrir ou nuisent à autrui.
Une notion née au XIXe siècle
En 1886, le psychiatre Richard von Krafft-Ebing publie Psychopathia Sexualis, vaste recueil de cas qui popularise les mots sadisme et masochisme, tirés des noms du marquis de Sade et de l’écrivain Leopold von Sacher-Masoch. La perversion est alors pensée comme une déviation par rapport à une sexualité « normale » tournée vers la procréation. L’homosexualité y figurait, à tort : elle a depuis été retirée de toutes les classifications des maladies.
Le regard de la psychanalyse
Dans les Trois essais sur la théorie sexuelle (1905), Sigmund Freud bouleverse cette approche. Il prête à l’enfant une disposition « perverse polymorphe » : la sexualité infantile, dispersée entre plusieurs zones du corps et plusieurs buts, contient en germe les tendances que l’on retrouve chez l’adulte pervers. La perversion n’est donc pas une monstruosité étrangère à la sexualité ordinaire, mais la fixation ou la prédominance de l’une de ses composantes. Freud écrit aussi que la névrose est, pour ainsi dire, le négatif de la perversion. Dans son article sur le fétichisme (1927), il décrit un mécanisme de déni d’une partie de la réalité. Les psychanalystes ont ensuite étendu la notion à des modes de relation, comme la perversion narcissique décrite par Paul-Claude Racamier, où l’autre est utilisé et manipulé.
De la perversion à la paraphilie
En 1980, la troisième édition du manuel de l’Association américaine de psychiatrie, le DSM-III, abandonne le mot « perversion » au profit de « paraphilie », jugé plus neutre. Le DSM-5, publié en 2013, va plus loin en séparant deux notions :
- la paraphilie, intérêt sexuel intense et persistant pour des objets, des situations ou des partenaires atypiques, qui n’est pas en soi une maladie ;
- le trouble paraphilique, lorsque cet intérêt cause une souffrance importante à la personne ou implique, ou risque d’impliquer, un préjudice pour autrui, en particulier en l’absence de consentement.
Le DSM-5 décrit huit troubles paraphiliques principaux : voyeurisme, exhibitionnisme, frotteurisme, masochisme sexuel, sadisme sexuel, pédophilie, fétichisme et transvestisme. La onzième révision de la Classification internationale des maladies de l’OMS (CIM-11) suit une logique voisine, centrée sur l’absence de consentement d’autrui et sur la souffrance, et n’y range plus les pratiques solitaires ou consenties qui ne causent ni détresse ni dommage.
Ce qui relève du soin
Des fantasmes inhabituels sont fréquents et ne signent pas, à eux seuls, une pathologie. La question devient médicale lorsqu’une personne souffre de ses désirs, perd le contrôle de ses conduites, ou lorsque celles-ci visent des personnes non consentantes : enfants, inconnus observés dans leur intimité, victimes de contacts imposés. Dans ces derniers cas, les actes sont aussi des infractions pénales. Des prises en charge existent, fondées sur la psychothérapie et, dans certaines situations, sur des traitements prescrits par un psychiatre. En France, des centres ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (CRIAVS) orientent les professionnels, et une personne inquiète de ses propres attirances peut consulter un psychiatre ou un psychologue pour être aidée avant tout passage à l’acte.


vous devez être connecter pour déposer un commentaire connecter