Les paraphrénies
Les paraphrénies sont des psychoses délirantes chroniques rares, dans lesquelles le délire repose surtout sur l’imagination : il prend la forme de récits fantastiques, parfois grandioses, alors que le patient conserve une adaptation à la vie courante souvent étonnamment bonne. Cette notion, héritée de la psychiatrie classique, n’existe plus en tant que telle dans les classifications internationales actuelles.
Origine de la notion
Le terme a été popularisé par le psychiatre allemand Emil Kraepelin au début du XXᵉ siècle. Il désignait des états délirants chroniques qui, contrairement à la démence précoce (future schizophrénie), n’entraînent pas de détérioration profonde de la personnalité ni de dissociation marquée. La psychiatrie française l’a conservé pour décrire, à côté de la paranoïa et de la psychose hallucinatoire chronique, l’une des grandes formes de délires chroniques non schizophréniques.
Description clinique
Les traits classiquement décrits sont les suivants :
- un mécanisme imaginatif prédominant : le délire ressemble à une fiction, à un conte ou à une épopée, avec des thèmes volontiers cosmiques, mythiques ou de filiation extraordinaire ;
- une coexistence avec une pensée par ailleurs organisée : le patient peut mener ses activités quotidiennes, le monde délirant restant comme juxtaposé au monde réel ;
- une absence de dissociation au sens de la schizophrénie, et des fonctions intellectuelles préservées ;
- une évolution chronique, avec des phases calmes et des phases où le délire s’enrichit.
Le début est souvent progressif. Il peut être précédé de bizarreries du comportement ou de modifications de l’humeur.
Les formes décrites
La tradition française distingue notamment :
- la paraphrénie imaginative, où le mécanisme imaginatif est pratiquement exclusif ;
- la paraphrénie fantastique, où s’y ajoutent d’autres mécanismes, en particulier des hallucinations et parfois un automatisme mental ;
- la paraphrénie confabulante, marquée par des récits inventés présentés comme des souvenirs.
Dans la littérature anglo-saxonne, l’expression « paraphrénie tardive » a désigné des psychoses délirantes apparaissant chez des personnes âgées, ce qui ne recouvre pas exactement la notion française.
Place dans les classifications actuelles
Les classifications internationales (CIM de l’Organisation mondiale de la santé, DSM de l’Association américaine de psychiatrie) ne retiennent plus de catégorie « paraphrénie ». Selon leurs caractéristiques, ces tableaux sont aujourd’hui rangés parmi les troubles délirants persistants ou dans le spectre de la schizophrénie. Le terme reste cependant utilisé dans l’enseignement et la clinique psychiatrique française, car il décrit bien des patients au délire riche mais à l’adaptation préservée.
Principes de prise en charge
Le retentissement social étant souvent limité, les personnes concernées demandent rarement des soins. Lorsqu’un traitement est nécessaire, il relève du psychiatre et suit les principes appliqués aux psychoses délirantes chroniques : traitement antipsychotique adapté, dont l’effet sur les délires imaginatifs est souvent partiel, et surtout relation thérapeutique durable, soutien de l’entourage et attention à l’insertion sociale. Toute inquiétude au sujet d’un proche justifie de consulter un médecin ou un psychiatre.




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