Émotions de base

Les émotions de base, ou émotions primaires, sont un petit nombre d’émotions considérées comme universelles : présentes dans toutes les cultures, elles se reconnaissent à des expressions du visage caractéristiques. La liste la plus citée, issue des travaux du psychologue américain Paul Ekman, en compte six : la joie, la tristesse, la peur, la colère, le dégoût et la surprise. Cette notion reste très utilisée, mais elle est aujourd’hui discutée par une partie des chercheurs.
De Darwin à Ekman
En 1872, dans L’Expression des émotions chez l’homme et les animaux, Charles Darwin soutient que les expressions émotionnelles sont héritées, qu’elles ont eu une utilité dans l’évolution et qu’on en retrouve l’équivalent chez certains animaux. Il voit par exemple dans le rire l’expression primitive de la joie.
Dans les années 1960 et 1970, Paul Ekman met cette idée à l’épreuve. Il montre des photographies de visages à des personnes de cultures très différentes, dont une population de Papouasie-Nouvelle-Guinée alors peu exposée aux images occidentales, et constate que certaines expressions sont reconnues bien au-delà des frontières culturelles. Avec Wallace Friesen, il met au point un système de codage des mouvements du visage, le FACS, encore utilisé en recherche. Sa liste a ensuite été élargie, notamment au mépris.
À quoi sert chaque émotion ?
- La joie accompagne la satisfaction d’un besoin et renforce les liens sociaux ;
- la tristesse suit une perte ; elle invite au retrait et appelle le soutien des proches ;
- la peur signale un danger et prépare la fuite ou la protection ;
- la colère naît d’un obstacle ou d’une injustice et mobilise l’énergie pour y faire face ;
- le dégoût protège de ce qui pourrait contaminer ou empoisonner ;
- la surprise répond à l’inattendu et oriente brusquement l’attention.
Ces fonctions expliquent pourquoi aucune émotion n’est « mauvaise » en soi : chacune apporte une information utile, même lorsqu’elle est désagréable.
D’autres modèles
Le psychologue Robert Plutchik a proposé une « roue des émotions » comprenant huit émotions primaires (joie, confiance, peur, surprise, tristesse, dégoût, colère, anticipation), qui se combinent pour former des émotions plus complexes. On distingue aussi des émotions dites secondaires ou sociales, comme la honte, la culpabilité ou la fierté : elles supposent une conscience de soi et du regard d’autrui, et apparaissent plus tard dans le développement de l’enfant.
Une notion discutée
La théorie des émotions de base fait l’objet de critiques. La psychologue Lisa Feldman Barrett défend une théorie de l’émotion construite : selon elle, le cerveau élabore les émotions à partir de sensations corporelles, de concepts appris et du contexte culturel, plutôt qu’il ne déclencherait des programmes émotionnels préétablis. Des études ont aussi montré que la reconnaissance des expressions dépend fortement du contexte et des méthodes employées. Le débat reste ouvert.
La notion a gagné le grand public avec le film d’animation Vice-versa (Pixar, 2015), dont les personnages incarnent cinq émotions (Joie, Tristesse, Peur, Colère et Dégoût), et pour lequel Paul Ekman a été consulté.



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