Les développements de la psychanalyse : Développements Pratiques

> > Les développements de la psychanalyse : Développements Pratiques ; écrit le: 3 mai 2012 par Hela modifié le 17 novembre 2014

À côté des questions théoriques, on observe aussi de nombreuses extensions de la clinique, au-delà de la névrose pour laquelle, précisément, la technique psychanalytique a été inventée. Elle se déploie ainsi vers d’autres pathologies – la psychose – d’autres populations – les enfants – et dans d’autres dispositifs, comme le groupe ou la famille.

L’extension des applications

L’extension aux enfants

Freud lui-même n’a pas analysé d’enfants. Comme nous l’avons vu, l’analyse du « petit Hans » a été réalisée par l’intermédiaire du père de l’enfant. En revanche, Anna, sa fille qu’il a d’ailleurs lui-même analysée quand elle était adulte, proposa d’ouvrir l’accès de la psychanalyse aux enfants, après quelques aménagements, à la théorie, comme à la technique (l’utilisation du jeu, par exemple en complément de la parole). De son côté Mélanie Klein, se montra plus audacieuse en appliquant la psychanalyse dès le plus jeune âge, aux bébés, en s’appuyant sur toute une conceptualisation nouvelle de la fantasmatisation. Ces deux approches contemporaines ont été en violente opposition.

À la même époque un auteur britannique, le pédiatre D. W. Winnicott, a pu, dans ce contexte, faire son propre chemin et devenir une figure très porteuse de ce domaine en Grande- Bretagne mais aussi au-delà. Il offrit l’image d’une psychanalyse chaleureuse, attentive non seulement au bébé, comme Melanie Klein (qui fut d’ailleurs son analyste), mais à ce qui fait exister le bébé, c’est-à-dire son environnement maternel. Il proposa le qualificatif de transitionnel pour rendre compte d’une aire d’expérience entre la réalité interne, subjective, et le monde extérieur. Il y associa des productions collectives, comme la culture et les arts en particulier, ce qui ouvrit une nouvelle approche de la créativité.

Le squiggle est une invention de D. W. Winnicott. C’est un jeu d’association d’idées proposé pour stimuler le processus associatif chez l’enfant et favoriser le développement d’un espace transitionnel dans la relation thérapeutique. Winnicott commençait à griffonner sur une page blanche et demandait à l’enfant de poursuivre, et l’un et l’autre pouvaient ainsi associer leurs traits sur ce qui devenait comme un dessin commun, dans un processus de figuration, de mise en forme, et de recherche de sens, expression de la relation elle-même.

En France, la psychanalyse des enfants a aussi bénéficié d’une figure remarquable : Françoise Dolto. Par la qualité de sa clinique et son don de communication, elle a ouvert le public aux subtilités de l’écoute de l’enfant. Son influence fut très importante dans le domaine de l’éducation. Elle ne créa pas de nouvelle théorisation mais transforma la perception de l’enfant dans notre société.

Ainsi, rien que dans le cadre de la psychanalyse des enfants, le mouvement psychanalytique a bénéficié de personnalités très contrastées offrant chacune sur les plans théoriques et pratiques des apports très différents et complémentaires.

 De la névrose à la psychose

Une extension vint du côté de la psychiatrie. Eugen Bleuler, médecin chef de la clinique du Burghôlzli à Zürich, proposa d’appliquer la psychanalyse, non seulement aux hystériques, mais aussi aux psychotiques, notamment aux schizophrènes (il est l’auteur du terme schizophrénie). La folie serait donc rendue accessible par ce nouveau traitement. Jung qui a été successivement son élève et son assistant sera un de ces praticiens de la psychose, à l’origine de son propre développement théorique. Dans l’entourage de Freud, Jung et Ferenczi, psychiatres, sont des cliniciens de la psychose. Aussi l’un et l’autre auront à se confronter à la difficulté d’appliquer la théorie et la technique freudiennes à cette autre pathologie, c’est pourquoi ils durent prendre des initiatives pour s’adapter à cette autre clientèle.

Jung considérait que le psychotique était resté sous l’emprise de l’inconscient collectif dont il n’avait pu émerger en tant qu’individu, développer un inconscient individuel (au sens freudien). La thérapie consistait donc à favoriser la mise en place du processus d’individuation, par l’analyse de l’inconscient collectif. Sândor Ferenczi chercha, quant à lui, à adapter la séance de psychanalyse à ses patients, assurant une présence plus active et chaleureuse, intervenant aussi sous la forme d’injonctions, proposant de fixer un terme à la thérapie afin d’en activer le processus, etc.

Malgré les travaux de ces pionniers, la psychose a longtemps été considérée comme inaccessible à la psychanalyse proprement dite, notamment en raison des difficultés relationnelles du patient. Nous verrons que les psychothérapies psychanalytiques sont, par leur plus grande souplesse, plus adaptées à ces pathologies.

Parmi les auteurs actuels, on citera par exemple, Salomon Resnik pour les psychotiques adultes, mais aussi Francès Tustin et Geneviève Haag pour l’autisme infantile. La structure psychotique y est considérée comme une atteinte du tout premier développement psychique de l’enfant. C’est au travers de nouvelles relations, à visée thérapeutique, en situation individuelle ou, souvent dans ce cas, groupale, que les psychanalystes tentent d’offrir un lieu de restructuration.

Le corps et la psychosomatique

L’intrication des symptômes somatiques, organiques et psychiques dans tous les cas traités par Freud et les premiers psychanalystes, devait conduire à des recherches dans ce domaine. Après Walter Georg Groddeck, ou Wilhelm Reich (pour ce qui concerne  la sexualité), des psychanalystes se sont spécialisés dans ce domaine. En France on compte plusieurs écoles de pensée, issues des travaux de Pierre Marty, Sami Ali et Christophe Dejours, pour n’en citer que quelques-uns. Est-ce que le corps est atteint parce que le psychisme n’a pu élaborer ce qui touche l’individu, comme on peut le constater chez le nourrisson qui, lui, n’a pas encore les moyens de mentaliser ses ressentis ou ses émotions ? Est-ce donc par défaut de mentalisation ou bien par pauvreté de la vie affective, ou, au contraire par une forme de répression de celle-ci que le corps sert, en quelque sorte d’exutoire aux tensions psychiques ? Le débat reste ouvert à ce niveau.

Ce qui est clair c’est qu’il n’y a pas de rapport simple et ce même si, dans la vie courante, on a l’expérience qu’une crise de foi, une indigestion, un mal de tête, une aphonie, etc., peuvent être liés à une contrariété, à une émotion. Chacun d’entre nous est « pétri de mots » et certains ont été attachés à des situations affectives particulières, ont été prononcés dans des contextes, par des personnes, qui ont marqué notre histoire, souvent à notre insu. C’est pourquoi le psychanalyste s’intéresse à ces « riens ».

« Rien qu’un mot », cela peut nous faire penser à cette pièce de théâtre de Nathalie Sarraute : Pour un oui, pour un non. Dans ce cas ce n était pas seulement le mot, mais encore la façon dont il avait été prononcé, l’intonation, par exemple. Cette pièce montre bien que ce qui peut passer parfois pour « un rien du tout », ou un « presque rien » auquel on ne porte pas attention peut, tout à coup, prendre au contraire une importance relationnelle tout à fait inattendue. Ce fut l’expérience du chirurgien quand il apprit la réaction de sa patiente… qu’allait-elle donc chercher là? « Lambeau » est, dans ce cas, un terme tout à fait technique !

 L’analyse de groupe

La question d’une extension de la pratique psychanalytique au groupe a été posée très tôt par les premiers praticiens, notamment aux États-Unis, où les psychothérapies de groupe sont courantes. Mais Freud n’a pas pu considérer cette initiative autrement que comme la somme de plusieurs analyses simultanées, et cela était inconcevable. Il fallut attendre un psychanalyste très porté sur les questions sociales comme Siegmund Heinrich Foulkes, en Grande-Bretagne, pour reprendre cette question. Les deux guerres mondiales et le nazisme ne pouvaient laisser indifférents, et posaient pour certains, comme Foulkes, la question de la compréhension des phénomènes de groupe, voire l’intervention en groupe. C’est donc ce que choisit Foulkes, l’inventeur de la group analysis en Grande-Bretagne.

Il développa une théorie mettant en avant l’origine groupale de l’individu et l’incidence de l’environnement familial sur la pathologie individuelle. Pour Foulkes, il était clair que la situation de groupe crée un fonctionnement psychique différent de la situation en relation duelle, et que c’est justement l’intérêt d’offrir là une nouvelle psychothérapie, en analysant ces processus et la façon dont chaque individu y participe. Il n’existe pas seulement un fonctionnement social – fait des interrelations entre les individus et décrit par les sociologues et les psychologues sociaux -, mais un fonctionnement psychique inconscient particulier au petit groupe auquel le psychanalyste va porter toute son attention. L’école foulksienne forme depuis de nombreux analystes de groupe.

D’autres auteurs ont apporté chacun des pierres à l’édifice de la théorie psychanalytique des groupes construite au cours des trente dernières années. On distingue ainsi deux autres écoles de pensée : l’école argentine (autour d’Enrique Pichon-Rivière) et 1 école française (Didier Anzieu et René Kaës, ainsi que plusieurs autres théoriciens). C’est, en effet, René Kaës qui a synthétisé les apports successifs des praticiens et théoriciens sur la dimension groupale de l’inconscient, et proposé une articulation entre les conceptions de l’analyse individuelle et de l’analyse groupale.

La structure psychique individuelle telle que théorisée dans l’œuvre de Freud est le fruit d’une construction chez le jeune enfant, à partir de sa famille, de son milieu. La dimension groupale est donc bien à l’origine de cette structure, et l’inconscient individuel se dégage progressivement du fonctionnement psychique groupai familial. Cette considération fonde maintenant l’intérêt de l’analyse de groupe.

Psychanalyse et psychologie clinique

De façon tout à fait préférentielle, la psychologie clinique s’est développée en France à partir de l’orientation psychanalytique de ses fondateurs Daniel Lagache et Juliette Favez-Boutonier. C’est-à-dire que le modèle clinique, distingué du modèle expérimental, était inspiré non seulement du modèle médical, mais encore de l’approche psychanalytique, celle d’un individu singulier considéré par rapport à sa situation particulière et par rapport à son histoire personnelle. Ce modèle était donc opposé aux statistiques et à la reproductibilité, deux points de passage nécessaires à la démonstration expérimentale.

La théorie psychanalytique se trouva donc aussi intimement liée à l’enseignement et à la pratique de la psychologie clinique. Cette dernière a connu un très fort développement au cours des trente dernières années. Dans d’autres pays, la psychologie clinique n’est pas nécessairement liée à une théorie principale.

Les différents développements que nous avons présentés ici n’évitent pas certaines contradictions qui donnent à la théorie psychanalytique l’aspect d’une construction composite. Il est à souligner qu’aucune « légifération » ne s’est imposée pour rendre cet édifice plus rationnel. On peut s’en féliciter dans un domaine où la tolérance est de mise, et où il est particulièrement important de ne pas tout maîtriser, de ne pas tout ramener à un modèle unitaire. Chaque psychanalyste peut (et doit) se confronter à ces divergences, à ces ajouts, à ces contradictions, et évaluer, à partir de sa clinique, les concepts qui lui semblent les plus adaptés. De cette façon il se trouve aussi libre d’apporter sa propre contribution.

La théorie psychanalytique est toujours en travail et, au vu de la diversité des apports conceptuels, on pourrait plutôt parler des théories psychanalytiques. Dans la pratique, ces théories sont le plus souvent utilisées de façon complémentaire, comme des outils pour penser la clinique.

La cure : une pratique bien singulière

« Je vous écoute… »

Au téléphone il avait une voix agréable, non pas « à distance » comme certains autres analystes que j’avais eu l’occasion de rencontrer. Il y avait une présence dans sa voix… J’ai pris rendez- vous. Je sonne, il ouvre, je suis devant un homme à la silhouette un peu trapue, au visage avenant. Il me salue, se montre très attentif. Il m’invite à entrer dans le couloir, et m’indique à droite le bureau. En face d’un large bureau style Louis XV, contre le mur, se trouve le divan. Son fauteuil est contre le divan, tout à l’entrée de la pièce. Lorsque je m’allongerai il sera donc très près de moi, bien qu’en dehors de ma vue. Mais cette fois il me reçoit pour un premier entretien. Je m’installe donc dans le fauteuil qui lui fait face. Il m’invite à dire ce qui m’amène à cette démarche. Au cours de l’entretien je veux m’assurer de la méthode. Il me dit qu’il s’agit de laisser venir les pensées, les souvenirs, les rêves sans vouloir contrôler ce qui vient, même si cela peut paraître saugrenu, bizarre, illogique, voire pas convenable !

Il pose très peu de questions et s’arrête parfois sur des détails qui me surprennent, alors que je m’étais préparée à lui faire un résumé en bonne et due forme de mon histoire… Je me sens un peu déstabilisée. Les divans des psychanalystes sont très divers, et pas seulement en ce qui concerne le siège. Leur façon de recevoir, et ce dès le téléphone, est aussi très variée, toujours discrète, peu loquace, mais si différente quant à la qualité relationnelle elle-même… aussi différente que les personnes derrière les analystes.

Le premier ou les premiers entretiens n’ont pas pour objectif de faire le bilan d’une vie, ou de suggérer des orientations, mais, pour le psychanalyste, d’évaluer la faisabilité de l’analyse : capacité de verbalisation, d’introspection, de compréhension ; degré de rigidité, motivation ; sans oublier la stabilité matérielle nécessaire à un engagement de plusieurs années. Il existe également des contre-indications, comme la recherche d’un conseil pour une décision à prendre rapidement (couple, travail, etc.),

suite à un conflit aigu ou à une situation urgente, ou encore la disparition d’un symptôme très invalidant. La psychanalyse n’est clairement pas faite pour cela.

 La demande

Pour Lacan le mouvement transférentiel témoigne de ce que l’organisation subjective est commandée par un objet qu’il a appelé l’objet « petit a », qui, tel le sein, laisse un manque qui ne peut être comblé. Lacan a plus généralement insisté sur la démarche elle-même de la demande faite à l’analyste. Le client pense que l’analyste possède un savoir sur ce qu’il cherche en lui-même. La position de l’analyste étant d’emblée celle de « celui qui est pourvu d’un savoir sur moi qui m’échappe ». Cette position particulière de celui qui sait est ce que Lacan appelle le « grand Autre ». Toute parole étant elle-même une demande, une adresse à ce grand Autre, au-delà de la personne concrète à laquelle elle est destinée.

Dans ce cadre on comprend qu’il n’y a pas de réponse qui soit à la hauteur de l’attente, qui soit totalement adéquate à la demande du sujet, quelle que soit sa problématique. La résolution du transfert est une forme d’acceptation de ce décalage, de renoncement à attendre de l’analyste la réponse comblante, acceptation donc de la permanence du manque, celui-ci étant constitutif de la parole, caractéristique de l’humain.

La séance

Le premier rendez-vous… Ce qui frappe dans cette première rencontre c’est que le psychanalyste ne pose pratiquement pas de questions, qu’il n’oriente pas précisément le discours. Ce qui n’est pas vraiment confortable car on aimerait bien adapter notre parole à l’interlocuteur. Bien sûr, il s’intéresse à ce qui a motivé la prise de rendez-vous, ce qui est attendu, recherché, mais il n’offre aucun guidage dans ces premiers pas.

C’est donc une rencontre inhabituelle, peut-être même un peu étrange. Nous avons l’habitude de communiquer de façon rationnelle, maîtrisée. L’analyse ouvre la boîte de Pandore de l’autre versant du fonctionnement psychique, celui qui, méconnu, peu! Toutefois se manifester de façon impromptue (un acte manqué dit-on), voire provoquer des inhibitions, des blocages et autres incidents de parcours. Et ce genre de situation « floue » se montre vite propice à ces ratés de la maîtrise. Il est d’ailleurs relativement fréquent d’oublier un objet dès les premiers contacts (quand ce n’est pas une erreur de rendez-vous, plus problématique) gage que nous aurons à revenir… Cette quête de l’objet manquant est d’ailleurs au cœur même de toute démarche psychanalytique, mais cette fois de façon symbolique.

On est là très loin des consultations habituelles, en psychiatrie et même en psychologie, beaucoup plus formalisées. Aussi arrive-t-il que l’on vienne avec son papier, pour ne rien oublier de tout ce que l’on a à dire, et que l’analyste invite à laisser le papier de côté pour laisser venir… petit rappel à la règle fondamentale de libre association !

L’analyste et sa formation

« Connais-toi toi-même. » Tout psychanalyste a, préalablement à toute démarche professionnelle dans ce cadre, fait une psychanalyse pour lui-même qui a duré plusieurs années à raison de plusieurs séances par semaine (avec peut-être quelques exceptions dans des mouvements lacaniens, comme aussi l’école foulksienne des analystes de groupe). Une fois cette première expérience de l’analyse réalisée sur le divan, le futur psychanalyste aura appris à poursuivre son analyse par lui-même, car celle-ci n’est jamais terminée, au sens où l’exploration de l’inconscient est, par définition, sans fin, notre psychisme gardant structurellement une partie de son fonctionnement inconscient.

Une fois analyste professionnel, c’est aussi au travers de l’analyse de son contre-transfert avec ses clients qu’il poursuit ce travail personnel. Ce qui l’amène parfois à entreprendre « une nouvelle tranche d’analyse », comme on dit, c’est-à-dire à se remettre matériellement en situation à l’aide d’un collègue afin de tenter de dégager quelque problématique ravivée par une situation actuelle avec ses clients ou par une épreuve familiale, par exemple, source de résonances multiples dans son histoire.

L’analyste a « payé cher », et pas seulement de sa personne, mais matériellement, son statut d’analyste si on considère les nombreuses années et le coût des séances d’analyse, ainsi que des séminaires de formation et des supervisions, par lesquels il aura dû passer avant d être reconnu par ses pairs comme professionnel. Le psychanalyste intéressé à l’analyse de groupe, de la famille et des institutions, devra ajouter à l’analyse sur le divan (situation individuelle), une expérience d’analyse de groupe qui durera aussi quelques années.

La rencontre avec le psychanalyste est donc le fruit de ces formations, c est-à-dire la rencontre d une personne qui s’est investie très sérieusement dans un travail sur elle-même et dans l’intérêt porté à autrui. Il serait, en effet, bien plus rapide et de meilleur rapport financier que d apprendre une technique de suggestion par exemple, ou toute autre approche qui n’exige pas un tel travail sur soi ni une telle investigation de la subjectivité humaine. On peut bien parler ici de choix existentiel. Les psychanalystes partagent une représentation de la dimension humaine, de la relation au fondement de toute existence humaine.

Objectifs : thérapie, formation, connaissance de soi

Que vient-on faire en psychanalyse ? Les considérations précédentes soulignent au travers du long travail sur soi engagé, la quête de la connaissance de soi, la quête de sens propre à tout être humain. Mais, pour beaucoup, cette quête se fait à propos d’une souffrance, de difficultés, de traumatismes rencontrés et souvent d’un sentiment d’échec à traiter seul ces difficultés. La rencontre d’une personne extérieure, spécialement formée, est considérée comme une ouverture, voire une issue à cette souffrance.

Comme on a pu déjà le souligner, ce travail sur soi a toujours aussi un effet d’apprentissage, de formation, qui se reconnaît bien à l’écoute de quelqu’un qui a eu une expérience psychanalytique, qu’elle ait été réalisée dans un cadre professionnel ou dans le cadre d’un traitement.

 La place du symptôme

Il faut ici parler du symptôme car il est souvent présent, voire pesant, paralysant même, et au centre de la demande de traitement. L’angoisse, l’inhibition (psychomotrice, sexuelle, intellectuelle…), la phobie plus ou moins invalidante, la somatisation à répétition, le conflit conjugal, ou encore un vécu persécutif, etc., c’est ce qui pousse le plus souvent à la nécessité d’engager un travail personnel. Il est évident qu’il y a le souhait d’une disparition du symptôme.

À ce stade, le psychanalyste – quelle que soit son orientation – est formel : il ne s’agit pas de traiter le symptôme car la psychanalyse considère qu’il n’est qu’une manifestation d’une problématique  psychique plus complexe, parfois associée à des pathologies biologiques plus ou moins bien connues. Ce qu’offre la psychanalyse c’est une recherche de compréhension et non une explication de l’origine d’une pathologie. Ce qui est en cause, c’est le sens pris dans l’histoire de la personne par ce qui l’atteint dans son développement, dans sa vie familiale, conjugale, professionnelle, etc.

On ne peut donc encourager quelqu’un qui a besoin d’un résultat rapide à engager une psychanalyse. De même, il peut arriver que des personnes préfèrent demander une psychanalyse plutôt que d’accepter de se faire soigner physiquement, alors même que leur état le nécessite. Elles attendent un miracle des séances ! Il faut alors pouvoir leur faire accepter cette dimension corporelle, la nécessité du soin du corps. Les deux approches sont d’ailleurs souvent complémentaires.

La séance type

Nous avons déjà évoqué précédemment des paramètres de la séance de psychanalyse, la disposition fauteuil-divan, la discrétion du psychanalyste, la règle d’association d’idées (c’est la règle fondamentale). Il faudrait préciser encore la fréquence et la durée des séances. Dans les sociétés appartenant à l’IPA (Association internationale de psychanalyse), la périodicité est de trois séances par semaine, et la durée fixée à trois quarts d’heure. Le psychanalyste intervient peu, ce sont des encouragements à parler, à associer. Il lui arrive de donner une interprétation le plus souvent en relation avec ce qu’il perçoit de la relation analytique.

Il faut encore ajouter la règle de discrétion, et la règle d’abstinence. Cette dernière règle correspond au fait que l’analyste ne répond pas à la demande d’amour de l’analysant (e), considérant que les besoins et désirs restés insatisfaits sont aussi les moteurs du travail psychique. Ceci fait partie de l’attitude de neutralité de l’analyste. Il limite aussi la relation à la séance elle-même, et à une attitude « à bonne distance » entre la froideur et l’affection chaleureuse. Ainsi ne révèle-t-il rien de sa vie personnelle, de ses opinions. Il utilise son auto-analyse pour prendre conscience de ce qui peut interférer, à ce niveau, dans la séance d’analyse. Cette dernière n’est pas un lieu de satisfaction de besoins, de désirs. De ce fait elle entretient un certain niveau de frustration, au service de la prise de conscience, de l’élaboration psychique plutôt que de l’agir.

Ce sont là quelques principes très généraux, mais il arrive d’observer parmi les psychanalystes des variations parfois importantes dans les applications.

La séance kleinienne

Elle est caractérisée notamment par des interventions plus nombreuses du psychanalyste, ce dernier s’attache précisément à ce qui est dit, et interprète plus que dans le contexte précédent. De plus les séances sont généralement plus fréquentes, de l’ordre de cinq par semaine.

La séance lacanienne

Les paramètres de la séance ont constitué un des axes de discorde entre les lacaniens et une certaine orthodoxie freudienne. La durée des séances n’est pas fixe, elle est un élément de l’interprétation (elle peut donc être très courte). Dans ce cadre, l’interruption de séance doit faire sens, elle s’accorde au fonctionnement de l’inconscient qui, lui, est en dehors du temps social. Bien sûr, cette position, qui peut être intéressante sur le plan intellectuel, pose souvent problème dans la pratique. Le psychanalyste lacanien est particulièrement sensible aux effets de langue, ce qui peut conduire à des abstractions (on lui reproche de ne pas tenir compte de l’affect, par exemple). Bien sûr il y a aussi une grande variété dans les pratiques lacaniennes, en fonction des psychanalystes.

La séance jungienne

Pour nombre de psychanalystes, le mouvement jungien ne fait pas partie de la psychanalyse à proprement parler. Nous voulons quand même répondre ici aux questions pratiques que l’on peut se poser. Dans ce cadre ce qui nous semble très différent, c’est le mode d’intervention de l’analyste, centré sur la conception des archétypes (ces figures mythiques fondamentales qu’il faudra rencontrer au cours des séances pour analyser le rapport que nous entretenons avec elles). La dimension symbolique est ici particulièrement présente. Dans ce cadre l’analyste est une sorte de guide vers l’exploration de ces figures de l’inconscient, individuelles et collectives. Les séances se passent le plus souvent en face-à-face.

Cette présentation est loin d’être exhaustive, mais elle a pour objectif de donner une idée d’approches et de sensibilités différentes par rapport au travail sur l’inconscient. Ce qui est fondamental, c’est qu’il s’agit d’un travail sur (et avec) la subjectivité, du client (l’analysant) comme du psychanalyste (et ce point est tout à fait remarquable par rapport aux autres thérapies). Qui dit subjectivité dit nécessairement diversité. Aussi on peut entendre que, particulièrement dans ce cadre, lorsque l’on soutient une orthodoxie, cela témoigne plus d’un processus défensif (peut-être utile à un moment donné dans le cadre institutionnel), que de la réalité de la pratique.

Ce processus analytique a d’ailleurs lui-même évolué au cours des années à partir du développement de la théorie. Ainsi, l’attention portée au temps de Freud sur les contenus de l’inconscient, s’est ensuite déplacée sur l’analyse des résistances au travail d’analyse, aux mécanismes de défense et donc plutôt à la libération de l’énergie dépensée de façon négative. On s’est aussi plus intéressé aux aspects relationnels, aux objets d’amour intériorisés pendant l’enfance, par exemple. Enfin, c’est la relation psychanalyste-analysant qui semble constituer le meilleur outil de ce travail. C’est-à-dire que l’analysant actualise dans cette relation, par la contrainte inconsciente à répéter, les fixations infantiles, les traumas, tous ceux des éléments de son histoire qui n’ont pu être représentés, élaborés. Cette contrainte à la répétition, qui appartient à la pathologie, est ici utilisée par l’analyste comme outil de travail. Il s’agit d’amener à une prise de conscience de ces mécanismes et donc à la possibilité d’intégrer dans l’histoire de l’individu ce matériel psychique bloqué, enclavé, matériel rendu ainsi à nouveau disponible.

Que peut-on attendre d’une cure ?

La cure psychanalytique dure plusieurs années, durée liée au nombre d’années pendant lesquelles les problèmes se sont noués, les traumatismes accumulés, etc. Des recherches récentes ont montré l’incidence du moment où se fait l’évaluation sur le résultat. Dans ce cadre, la psychanalyse offre des résultats à court terme peu différenciables d’autres thérapies, et même inférieurs dans certains cas. En revanche, lorsque l’évaluation se fait à distance du traitement (quelques mois après la fin du traitement), les résultats de la psychanalyse sont nettement plus positifs que les thérapies auxquelles elle est comparée. Ceci n’est pas surprenant car, comme nous l’avons vu, la psychanalyse ne prend par pour objectif la disparition rapide d’un symptôme, mais plutôt la réorganisation psychique qui permet de vivre autrement avec les difficultés de la vie.

La psychanalyse ne peut transformer après coup les situations vécues, faire qu’un traumatisme disparaisse, par exemple. Mais elle permet de se représenter, de penser autrement, d’intégrer et  d’utiliser ces expériences, de leur donner un sens, voir de les potentialiser pour de nouveaux investissements.

Elle produit donc une modification globale des manières d’être et d’agir de la personne. C’est dire que l’analyse ne se réduit pas à un exercice intellectuel. Lorsque l’on y parle de prise de conscience, c’est d’un phénomène qui s’accompagne de tous les niveaux de résonance (émotionnel, affectif, représentationnel, corporel…). L’analyse produit un dégagement d’une énergie jusque-là accaparée par l’importance des processus défensifs, énergie libérée pour d’autres investissements. Cet effet de libération se manifeste aussi dans la liberté d’expression apprise sur le divan (par l’affaiblissement des contraintes surmoïques), et dans une plus grande tolérance vis-à-vis de soi-même comme aussi dans les relations avec les autres. De ce fait, l’analyse amène une meilleure capacité d’ajustement à la réalité, d’acceptation de niveaux de tension et de frustration plus élevés auxquels elle permet de répondre de façon satisfaisante. Nous citerons encore deux autres de ces effets : un meilleur usage de l’agressivité (moins inhibée, rendue plus constructive), et le développement des capacités imaginaires, créatives. Bien sûr cette énumération ne constitue qu’une synthèse. Il n’existe pas de profil type du « bien analysé » !

Quand la cure ne fonctionne pas

A contrario, quels sont les signes d’une psychanalyse qui « ne marche pas » ? Généralement cela se manifeste sous la forme d’un enkystement, une situation qui est marquée par la répétition, la stagnation, l’ennui, la perte du processus associatif (il ne vient plus grand-chose !), l’absence de rêves, une relation figée. Mais celle-ci peut se manifester sous un jour qui ne semble pas en soi négatif ni désagréable, simplement la psychanalyse n’est plus qu’un rituel (qui pourrait durer encore longtemps comme ça…).

Le côté désagréable, voire les émotions de colère, de dépression, de manque de confiance, sont plutôt des manifestations dynamiques en relation avec le processus analytique. Elles doivent en tout cas être analysées dans ce cadre. L’absence d’émotion, d’intérêt, et surtout le tarissement associatif, sont plus inquiétants. Il faut pouvoir mettre un terme quitte à reprendre à une autre période de sa vie, avec quelqu’un d’autre, par exemple. Au bout de quelques années, la perspective de la fin de la situation analytique est un facteur dynamique du processus analytique.

Cet exemple illustre ces phénomènes de paralysie mentale ou comment un mouvement émotionnel inconscient, groupai, peut bloquer les processus de pensée. Phénomène que l’on observe de façon caractéristique dans les situations d’enseignement, de formation (en raison de l’importance donnée aux processus cognitifs dans ce cadre).

Les psychothérapies psychanalytiques

On désigne ainsi les pratiques de psychanalystes qui ne se font pas dans le dispositif divan-fauteuil, mais en face-à-face. La différence entre ces deux positions, pour l’analysant, concerne l’état de mise au repos du corps sur le divan, état qui favorise l’attention portée aux processus psychiques ainsi qu’une certaine régression propice à l’association d’idées. De plus, ne pas avoir de vis-à-vis conforte le travail d’introspection et offre une plus grande liberté d’expression (dans la mesure où l’analysant n’a pas à tenir compte des mimiques de l’interlocuteur), support aux processus projectifs, au développement du transfert. De la même façon, du côté de l’analyste, l’absence de contrainte sociale liée au face-à-face, favorise l’attention flottante et la libre association. Le face-à-face rétablit la contrainte sociale même si l’analyste cherche toujours à l’ouvrir à une plus grande liberté de part et d’autre.

A côté des psychothérapies psychanalytiques verbales qui restent souvent assez proches de la cure, on trouve les pratiques dites à médiations. Elles offrent la possibilité d’autres modes d’expression (motrice, artistique, etc.), une part active, tout en maintenant la place nécessaire à la verbalisation (prise de conscience, mise à distance, élaboration). Elles sont caractérisées par l’introduction dans la relation thérapeutique d’un intermédiaire, par exemple un objet (jouet, photo, dessin, modelage, instrument de musique…), ou un processus, comme l’improvisation (psychodrame, musicothérapie), etc.

Cet intermédiaire facilite les processus projectifs en les rendant moins personnalisés (on parle, par exemple, du dessin ou de l’instrument de musique plutôt que de la personne qui l’a réalisé, ou qui en a joué), et plus facilement reconnaissables. Ces pratiques ont chacune leur spécificité et offrent ainsi une palette importante lorsque la situation clinique nécessite un tel aménagement. Ce sont des thérapies en situation individuelle ou groupale. Dans ce dernier cas, le groupe lui-même peut être considéré comme une médiation et son fonctionnement fait aussi partie de l’analyse. Ces pratiques sont très développées, autant pour les adultes que pour les enfants et les adolescents. Le caractère psychanalytique est alors assuré par la formation du thérapeute, par ses références théoriques, ses modes de compréhension et d’intervention.

L’analyse de groupe

Il s’agit de « groupanalyse », d’analyse de groupe et ou de psychothérapie analytique de groupe. Ces pratiques sont en développement. L’analyste de groupe doit bien logiquement avoir eu l’expérience pour lui-même de l’analyse de groupe. Cette condition est la base de la formation à l’école foulksienne, tandis que l’école française demande, de plus, que le futur analyste de groupe ait aussi l’expérience de l’analyse individuelle, afin d’être à même de pouvoir articuler le niveau individuel et le niveau groupai dans son travail.

La séance d’analyse de groupe

Les participants, en petit groupe, sont invités à s’exprimer librement sous le mode de l’association d’idées (même consigne que dans l’analyse individuelle), et les règles de discrétion et d’abstinence sont également les mêmes. Les analystes interviennent prioritairement au niveau des processus groupaux, mais pas uniquement. Selon les cas il y a un ou deux analystes, la durée des séances est de l’ordre d’une heure à une heure et demie. La durée du traitement est en moyenne de deux à trois années (mais certains groupes peuvent durer plus longtemps).

Les analystes de groupe ont souvent été formés à d’autres méthodes thérapeutiques comme le psychodrame, la relaxation, la musicothérapie, la psychothérapie d’enfants ou d’adolescents. Les pratiques diffèrent alors en fonction des emprunts faits à ces méthodes. Le face-à-face groupai offre un dégagement par rapport à la relation duelle, plus contraignante, il offre aussi une multiplicité d’identifications potentielles, supports aux changements thérapeutiques individuels. De plus, le groupe inaugure une histoire commune, analysable avec le concours de tous, qui permet de mettre en évidence les processus de projection, de répétition, etc.

Pour certaines personnes, psychanalyse individuelle et psychanalyse groupale peuvent être complémentaires (dans un ordre ou l’autre) mais non de façon simultanée. L’analyse de groupe a montré un intérêt thérapeutique particulier dans le cas de difficultés liées à l’organisation même de la personnalité, de vécus traumatiques. Elle permet bien sûr d’explorer les difficultés relationnelles de toutes sortes.

L’approche interculturelle

Cette approche a été initiée dans les années 1980 par Jean- Claude Rouchy (France) Jaak Le Roy (Belgique), Malcom Pines et Dennis Brown (Grande-Bretagne). Encore très insuffisamment développée, l’approche psychanalytique interculturelle est une forme de l’analyse de groupe, avec la particularité que, dans ce groupe, sont réunis des personnes de cultures différentes. Les difficultés relationnelles peuvent ici être travaillées assez directement mais, surtout, l’analyste sera attentif à ce qui se met en commun, au niveau inconscient, pour former un groupe. C’est- à-dire à un niveau transculturel, niveau qui rencontre, chez chacun, ce qu’il y a de proprement humain et de communicable, et qui rapproche fondamentalement les analysants, les uns des autres. Au-delà des particularismes, des difficultés de langue, il apparaît que les membres du groupe peuvent communiquer à certains niveaux, utiliser, si nécessaire, le non-verbal, et réaliser qu’une véritable communication peut se mettre en place, qu’une confiance peut être assurée. Pourtant il reste des parties, des traces de la culture d’origine qui sont des entraves à la relation tant qu’une prise de conscience de leur existence n’a pu être faite (J.-C. Rouchy parle à ce propos d’« incorporais culturels »). Le groupe offre ce lieu d’élaboration de l’étrangeté de l’autre et de sa culture.

Qu’est-ce que le juste, qu’est-ce que le faux ? Rachida fait la démonstration de l’écart entre la réalité extérieure, objective dit-on, et la réalité intérieure. Et, dans celle-ci elle trouve les traces de cette imprégnation précoce, les « incorporats culturels » de J.-C. Rouchy.

La psychanalyse de l’enfant

Les conditions de la prise en charge de l’enfant sont très différentes que celles de l’adulte. L’enfant est, en effet, dépendant de ses parents et ce sont le plus souvent ces derniers qui font une demande de traitement. Le contrat de départ est donc passé avec l’enfant et ses parents. L’enfant jeune n’a pas les mêmes modalités d’expression que l’adulte, il faut donc que l’analyste puisse accueillir une « libre association » qui passe par le dessin, le jeu, et d’autres médiations, qui constituent les formes naturelles qui, chez l’enfant, accompagnent et complètent la parole. Enfin, le psychisme de l’enfant est en cours de développement et de structuration, le travail psychique proposé interfère donc directement sur Cette maturation. Nous avons déjà vu que certains auteurs (A Freud, M. Klein, D. W. Winnicott, F. Dolto) se sont rendus célèbres par les propositions théoriques et techniques qu’ils ont laites pour ouvrir la psychanalyse aux enfants.

Beaucoup de psychanalystes travaillent actuellement avec les enfants et les adolescents, en situation individuelle ou en petits groupes. Ces pratiques constituent donc un domaine très actif de la psychanalyse. Les inhibitions, les problèmes scolaires, les difficultés comportementales, relationnelles, mais aussi l’expression somatique de ces difficultés, les épisodes dépressifs, etc., sont parmi les problèmes le plus souvent rencontrés dans cette pratique. Dans ce cadre le psychanalyste a souvent la satisfaction de rencontrer une grande réceptivité chez l’enfant jeune, facilitant la remise en route des processus affectifs et intellectuels. À noter aussi que la psychanalyse de l’enfant s’est développée particulièrement en direction de l’intervention précoce et de la prévention, avec un intérêt particulier au développement du nourrisson.

Les thérapies familiales psychanalytiques

Il y a une cinquantaine d’années, Gregory Bateson découvrait l’existence de messages contradictoires, de communication paradoxale dans les familles de schizophrènes. Ce fut là le point de départ de la théorie systémique de la famille et d’une nouvelle forme de thérapie, la thérapie familiale systémique. Le malade est considéré comme un élément du système familial, ce dernier étant construit pour garantir une certaine stabilité. La nouvelle proposition est d’intervenir sur le système et non sur la personne qui se trouve avoir le rôle de malade. Il convient donc de traiter la famille, de tenter de modifier le système. Cette approche systémique a été développée dans une orientation comportementale visant à intervenir par des injonctions, des exercices, etc. Nous sommes donc loin de la psychanalyse…

Pourtant les psychanalystes se sont intéressés à ce nouveau dispositif : recevoir la famille et se mettre à l’écoute de cette situation bien particulière pour tenter d’aider à des prises de conscience. Les thérapies familiales psychanalytiques se sont beaucoup développées ces dernières années, ce qui est remarquable vu la difficulté, l’importance des contraintes, pour la famille comme pour les analystes.

La séance de thérapie familiale psychanalytique

En général c’est à l’initiative d’un des membres de la famille que le projet est mis en place. Cette personne doit donc mobiliser sa famille pour un travail thérapeutique (ce qui n’est pas une mince affaire !). La séance regroupe donc au moins trois personnes, mais le plus souvent quatre ou cinq : parents, enfants, voire grands-parents, oncle, tante, etc. Les rendez-vous sont relativement espacés en raison des difficultés à réunir les personnes. Plus souvent mensuelles qu’hebdomadaires, les séances durent en moyenne une heure, à une heure et demie. Elles sont réalisées en présence généralement de deux psychanalystes spécialisés dans ce type d’approche. Les participants sont invités à s’exprimer librement. Il n’y a donc pas de polarisation sur la personne considérée comme celle qui pose le plus de problèmes.

Il s’agit d’un travail qui tolère et inclut la complexité relationnelle. De ce fait, les psychanalystes interviennent relativement peu, mais favorisent l’expression, la communication (les non- dits, les secrets de famille) et la prise de conscience. Tenir compte de la famille suppose donc intégrer les différences de sexe et de générations. Ces dernières recontextualisent le vécu conflictuel, de souffrance, actuel dans l’histoire familiale. Ce travail a toujours des effets de dégagement, d’élucidation, qui permet à chacun de mieux se situer comme individu.

Les psychothérapies d’inspiration psychanalytique ou « psychodynamiques »

Une autre façon de répondre à l’évolution des mentalités est de parler de « psychologie dynamique ». Cette formule est une façon « molle » de parler de psychanalyse, ou plus encore de désigner des succédanés de la psychanalyse.

Elle apparaît actuellement en vogue dans les pays anglo-saxons, à la suite des mouvements critiques à l’égard de la psychanalyse « traditionnelle ». Elle englobe donc un ensemble de pratiques qui se réfèrent encore au moins à certains aspects de la théorie psychanalytique. Le risque est de se trouver face à un fourre- tout qui ne peut en rien faire avancer ni la théorie ni la clinique ni la recherche dans ce domaine. Dans ce cas le psychothérapeute n’est pas lui-même formé à la psychanalyse, mais il en partage la théorie et s’en inspire soit dans sa pratique, soit dans sa réflexion.

Il existe encore des psychothérapies dites psychodynamiques, c’est-à-dire d’inspiration psychanalytique dans la mesure où le thérapeute, qui n’est pas nécessairement un psychanalyste, utilise des éléments de la théorie psychanalytique pour analyser la situation clinique qu’il propose. Il s’agit donc ici d’une appellation très large. Le terme de psychodynamique s’emploie pour signifier l’attention portée au conflit psychique et aux processus inconscients.

Dans toutes ces pratiques qui ne sont pas réalisées dans le dispositif de la cure type la question du transfert se pose aussi de façon différente. Il n’est pas potentialisé comme dans la cure, et il ne fait pas l’objet de la même analyse. Il faut souligner que, dans la situation actuelle, il y a un fort développement de ces pratiques au niveau international. Ainsi, par exemple, dans un récent congrès européen d’art thérapies, toutes les communications étaient référencées à ce courant psychodynamique.

Choisir son psychanalyste

Les principales études comparatives sur les résultats des psychothérapies et des psychanalyses ont montré l’importance centrale du thérapeute. Ceci souligne l’importance de bien choisir son thérapeute : s’assurer de sa formation (et donc de sa compétence), mais aussi de ses qualités humaines, de la confiance  que l’on peut lui accorder. Finalement, ce que l’on appelle le transfert se joue tout comme le contre-transfert (du côté de l’analyste) dès les premières minutes de la rencontre (et aussi par téléphone !). Il faut alors pouvoir différencier un effet de séduction d’une relation plus authentique.

Nous rappellerons que, pour toute recherche de résultats rapides, voire en urgence, de décisions importantes dans le présent, la psychanalyse ne peut pas être la réponse. Il existe pour ces situations, les psychothérapies dites de soutien, certaines thérapies comportementales, cognitives, l’hypnose et les médications Pour les personnes qui ont beaucoup de difficultés à supporter  toute frustration, la psychanalyse n’est pas non plus adaptée. On ira de préférence vers les psychothérapies psychanalytiques qui constitueront un cadre aménagé et donc plus supportable Précisons encore que les praticiens de la psychanalyse viennent d’horizons professionnels différents. Parmi les médecins, on trouve surtout des psychiatres, c’est-à-dire des spécialistes des maladies mentales, de la psychopathologie. Les médecins sont les seuls à pouvoir donner des ordonnances, notamment pour des traitements médicamenteux. Mais il faut préciser que généralement, dans leur pratique de la psychanalyse, ils ne délivrent pas de médication (le patient qui en a besoin est alors suivi médicalement par un confrère).

Les psychologues cliniciens sont aussi nombreux à être psychanalystes. Ce ne sont donc pas des médecins, mais ils peuvent être docteurs en psychologie clinique (ce n’est pas obligatoire). Ce sont donc des professionnels de la relation et du fonctionnement psychique dans ses aspects aussi bien normaux que pathologiques. Certains encore, sont issus d’autres domaines, notamment des sciences humaines, des disciplines linguistiques. Ils peuvent être sociologues, philosophes, enseignants, critiques, etc.

Il est donc important de se renseigner préalablement, en fonction de ce que l’on recherche, sur le profil professionnel du psychanalyste. Il y a actuellement plusieurs milliers de psychanalystes en Europe, autant en Amérique du Nord et en Amérique du Sud. D’autres continents sont moins représentés : l’Afrique, en particulier, compte très peu de praticiens. Pour s’informer on peut très utilement contacter les associations et sociétés de psychanalystes.

La psychanalyse et les autres psychothérapies

La psychanalyse partage, avec les autres psychothérapies un certain nombre de points communs. Nous trouvons, en effet, a minima, certains facteurs présents dans toute psychothérapie, comme l’a souligné C. Bloch auquel nous emprunterons quel­ques-unes de ces généralités.

Les sept composantes

On retrouve ces composantes principales dans toute psychothé­rapie. Ce sont : un thérapeute, un patient, un lieu, une relation, un coût, une méthode, une théorie.

  • un thérapeute. C’est-à-dire une personne qui se définit comme pouvant aider, soigner. S’il n’existe pas encore de diplôme d’État de psychothérapie ou de psychanalyse, les associations de chacun des courants psychothérapiques ou psychanalytiques organisent elles-mêmes les formations dont elles définissent les critères. Les fédérations interna­tionales travaillent pour une certaine uniformisation de ces formations entre les pays. Elles définissent également des règles de déontologie ;
  • un patient, ou encore un client. C’est-à-dire une personne qui, à la suite de difficultés personnelles (accompagnées ou non de symptômes apparents), dont elle souffre et qu’elle ne réussit pas à surmonter, demande l’aide d’une autre personne qui a pour appellation professionnelle « psychothérapeute » ou « psychanalyste » ;
  •   un lieu de rencontre pour les séances de thérapie. Ce lieu ainsi professionnalisé, peut être un lieu institutionnel, une consultation, un hôpital, une association ou un cabinet privé. C’est le lieu potentiel d’expérimentation du change­ment souhaité par le patient ;
  •  une relation particulière entre patient demandeur et théra­peute attentif à la demande. Relation qui ouvre de ce fait un espoir, moteur de tout traitement. Cette relation se développe en une série de contacts plus ou moins étalés dans le temps, mais précisément programmés ;
  • un coût. C’est la rémunération du thérapeute, cette rémunération marque le fait qu’il s’agit d’un acte professionnel, ainsi différencié de l’écoute amicale des proches du patient, de l’intervention de bénévoles, etc. Elle préserve d’un intérêt personnel autre que financier, d’une séduction, c’est-à-dire de liens facilement pervertis (notamment par la situation de dépendance créée). Du côté du patient, le coût financier  d’une séance n’est pas sans relation avec l’importance

donnée à cette rencontre et la dynamique du travail accompli. On rappellera ici la dimension anale du rapport à l’argent et donc l’inscription dans le développement psychosexuel, dans l’histoire de chacun. L’expérience quotidienne témoigne d’ailleurs que la question de l’argent reste toujours une question sensible pour tout adulte ;

  •  une méthode, un savoir-faire particulier, plus ou moins définis. Nous savons que les méthodes de psychothérapie sont multiples et très variées (plus de cinq cents identifiées comme telles) ;
  •  une théorie, ou un système de référence. Même si l’empirisme joue souvent un rôle important, toute pratique de psychothérapie suppose au moins implicitement une conception de la santé, de la normalité, de la maladie, de l’inadaptation, du bonheur, plus ou moins partagée culturellement. Certaines psychothérapies sont, elles, très précisément référencées à une théorie, par exemple, la psychanalyse, les thérapies systémiques, le psychodrame, etc. D’autres encore se veulent holistiques, ce qui signifie qu’elles prennent un peu de toutes les théories, malgré, parfois, des incompatibilités évidentes.

Enfin, il est difficile de ne pas admettre, à la suite de Bloch, que toute psychothérapie comporte des facteurs d’apprentissage et de suggestion, d’une part, de transfert et de contre-transfert, d’autre part, et ce, même si les premiers termes sont précisément attachés aux thérapies comportementales et cognitives, et les deux derniers à la psychanalyse. Mais il est différent de considérer la présence d’un facteur et de prendre ce facteur comme principe fondateur ou comme outil d’analyse de la technique considérée.

Lorsque l’on compare la psychanalyse aux autres psychothérapies c’est, en général, pour mettre en évidence certains axes d’opposition. Le processus analytique est plus qu’un processus thérapeutique dans le sens où il ne s’arrête pas avec un résultat thérapeutique. Comme nous l’avons indiqué, celui qui a fait une analyse a intériorisé une forme de pensée, un certain rapport avec lui-même, une capacité d’auto-analyse qui l’accompagnent en toute situation. De ce point de vue c’est un travail qui se poursuit à très long terme.

Psychanalyse et TCC

Rappelons encore que si les autres psychothérapies peuvent donner des résultats plus rapides, la psychanalyse quant à elle s’apprécie à plus long terme par des résultats très stables. On oppose en général les approches psychanalytiques aux thérapies comportementales et/ou cognitives (les fameuses TCC qui ont vu un développement important ces dernières années). Ces thérapies sont très instrumentalisées et accordées aux valeurs de notre société : efficacité, immédiateté, performance, notions qui, bien sûr, vont à l’encontre du travail psychanalytique. Les TCC offrent des formes de rééducation, d’intervention active pour modifier le comportement et/ou la façon de penser.

Psychanalyse et thérapies humanistes

Mais on peut aussi opposer la psychanalyse aux thérapies humanistes, et ce, même si ce dernier terme exerce une certaine séduction, dans le sens d’un rapprochement attendu. La psychanalyse ne serait-elle pas humaniste ? Il faut ici s’en tenir à la définition de ce courant de pensée qui, initié aux États-Unis par Abraham Maslow s’est beaucoup développé depuis. Cet auteur, en créant ce nouveau courant, s’opposait clairement tant aux thérapies comportementales qu’à la psychanalyse. Il considérait ces deux courants de pensée comme réducteurs et trop pessimistes par rapport à l’humanité. En effet, Maslow ne veut pas s’attarder aux ombres de l’inconscient, il cherche à soutenir tout élément pour lui positif (on dit parfois qu’il faut « positiver », c’est son point de vue), et évite de « s’appesantir » sur le passé. Ce courant qui traverse maintenant plusieurs techniques différentes se concentre sur les aspects jugés positifs de l’être humain (le beau, le bien, le plaisir, etc.), évitant d’aborder tout ce qui angoisse, agresse, fait violence.

Une des façons de s’orienter peut donc être de faire le point des valeurs que l’on partage et que l’on souhaite développer pour sa vie personnelle. Car, même court, le traitement n’est pas sans conséquences. Nous avons vu, au début de cet ouvrage, la façon dont Freud s’est progressivement dégagé de l’hypnose, par exemple, en raison du type de relation que cette technique conditionne et/ou renforce. Avec le dispositif analytique, Freud se donne les moyens de ne pas adhérer au personnage tout-puissant, de ne pas jouer le rôle recherché par le patient, d’inclure dans le travail la relation psychanalyste-analysant. De ce fait, les attitudes de dépendance et les projections de l’analysant doivent être actualisées pour être dégagées et permettre une libération de ces besoins infantiles.

Mais on peut aussi avoir besoin (au sens fort) à un moment donné d’une satisfaction rapide. Ces techniques sont là pour répondre à ce type de situation. Le conditionnement peut aussi être une des seules voies encore possible pour de grands handicapés par exemple.

Outre la dimension temporelle, les grandes différences entre la psychanalyse et ces autres thérapies, ce sont la place et l’intérêt donnés ou non à l’inconscient, et l’analyse de la relation thérapeute- patient, analyse qui ne fait pas partie de la plupart de ces autres techniques. L’important est donc de bien évaluer l’adéquation de la technique. Tout en rappelant, une fois de plus, que la qualité humaine du thérapeute joue au moins autant que sa technique. Il s’agit donc, bien plus que d’une technique, d’un choix, d’une démarche humaine.

 Sciences cognitives et thérapies cognitives

Les sciences cognitives s’appliquent à analyser les opérations mentales comme l’attention, la mémoire, avec des outils modernes, en relation avec les neurosciences. De ce fait elles peuvent éclairer certains des processus utilisés et mis en valeur dans la pratique et la théorie psychanalytiques. En revanche, les thérapies cognitives, elles, ne font que répéter les thérapies suggestives et comportementales connues depuis longtemps dans l’éducation (mais aussi l’Armée, l’Église, les États totalitaires, etc.) et dont les fondements scientifiques ont été apportés par les travaux de Pavlov sur le conditionnement. Bien sûr les conceptions actuelles du cerveau sont perfectionnées, et les modèles utilisés suivent les technologies contemporaines (le cerveau ordinateur et ses logiciels, par exemple).

Un exemple de l’avancement de l’analyse des processus mentaux est celui de l’empathie que nous avons évoquée précédemment. La psychanalyse est avant tout une pratique de l’intersubjectivité, et, de ce fait, elle ne peut être formatée. Mais les tendances naturelles à la rigidification, à l’idéalisation, et à l’esprit sectaire sont actives au sein de ses institutions comme dans tout le milieu social. Cela est aussi à analyser !La psychanalyse propose un dispositif de travail sur soi qui, dans la forme, s’oppose aux attitudes éducatives, socialisantes, de conseil, d’intervention avec plus ou moins d’autorité. Le choix de toute aide psychothérapique doit tenir compte des objectifs poursuivis, des conditions de vie actuelles (la faisabi­lité), des préférences pour une technique plutôt qu’une autre, et de la personne du thérapeute.

Vidéo : Les développements de la psychanalyse : Développements Pratiques

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