Le mythe du psy au cinéma: Les mutation d’une icone médiologique

> > Le mythe du psy au cinéma: Les mutation d’une icone médiologique ; écrit le: 9 mars 2013 par rima modifié le 13 novembre 2014

Sur la vidéosphère, le psy joue le rôle d’un médiateur entre les fantasmes et la réalité. Son image a suivi une considérable évolution depuis les débuts du cinéma. Je laisserai de côté le cinéma muet, pour envisager cette évolution en trois périodes : l’époque classique, l’époque moderne et l’époque postmoderne.

L’époque classique:

Le cinéma classique va de l’invention du parlant en 1929 à 1962. L’image du psy y est, en général, positive. On ironise parfois, mais avec affection et sur des musiques allègres. Le psy se présente sous trois visages qui restent sympathiques : celui d’un aimable charlatan qui profite de sa situation pour séduire ses patientes ; celui d’un libérateur qui aide le patient à se retrouver et trouver un sens à sa vie ; celui d’un oracle du message freudien : qui part à la recherche de l’inconscient où se tient la vérité. On retrouve ainsi les trois grands thèmes de ce livre : la trahison de soi, la prison du soi et la perte d’identité.

Le joyeux charlatan :

comment se guérir de la trahison de soi

Les versions comiques de l’activité psy sont nettement moins fréquentes que les versions mélodramatiques ou policières. Amanda (Carefree) de Mark Sandrich (1938) est le premier film célèbre qui traite des relations entre psychanalyste et patient.

Amanda

Ce film met en scène Ginger Rogers et Fred Astaire ; la musique est d’Irving Berlin et la chorégraphie d’Hermès Pan. Ce cocktail de qualité donne un film léger et brillant qui propose les clichés habituels de la comédie musicale : rivalité sentimentale, danses, chansons, smokings et robes de satin, salacités de bon aloi, rombières en quête de gigolos, country clubs et homards pour le petit déjeuner. La vision humoristique donnée de la psychanalyse qui, à cette époque, est déjà une institution, représente une satire sociale, même si les bulles de champagne invitent au rire, et le désir mène la danse.

Le scénario d’Amanda

Un homme d’affaires assez ennuyeux, Steven, est fiancé avec Amanda, jeune chanteuse et danseuse (Ginger Rogers) qui ne se décide pas à l’épouser. Considérant qu’elle ne peut avoir qu’un problème névrotique pour refuser un homme tel que lui, il la confie à un de ses amis qui est psychanalyste : le Dr Flagg (Fred Astaire). Amanda trouve l’explication des principes de la psychanalyse sans intérêt, mais le docteur très séduisant. Après un repas copieux, elle rêve qu’elle danse avec lui dans un monde irréel et poétique. Lors la séance suivante, alors que le Dr Flagg lui demande de raconter ses rêves, elle en est incapable. Devant cette résistance, Flagg lui suggère de chercher un autre analyste. Elle invente immédiatement un rêve où elle est le petit chaperon rouge poursuivi par des loups qui la regardent. On notera au passage l’allusion directe à une des cinq psychanalyses de Freud, « L’homme aux loups », dont les scénaristes ont dû s’inspirer. Amanda devient ainsi une patiente intéressante pour le sémillant docteur, un cas d’école dont l’inconscient mérite d’être étudié par une anesthésie au protoxyde d’azote afin de lever les résistances. Cette anesthésie va provoquer une série de quiproquos burlesques et Amanda, dont l’inconscient est déchaîné, bottera notam-ment les fesses d’un officier de police.
Petit à petit, le Dr Flagg comprend que sa patiente est amoureuse de lui. Pour se débarrasser du problème, il l’hypnotise et lui suggère qu’elle doit épouser Steven et qu’il n’est, quant à lui, bon qu’à être abattu comme un chien. La suggestion marche : Amanda retourne vers son fiancé et manque de tuer Flagg au cours d’un partie de ball-trap. Mais l’inconscient de Flagg lui apparaît dans la glace et lui fait entendre qu’il est amoureux d’Amanda. Le professionnel se rend compte qu’il est en train de trahir son propre désir, et part à la reconquête d’Amanda. Il ne pourra lever la suggestion hypnotique que le jour de son mariage, après qu’elle aura reçu un coup de poing providentiel qui la met KO  ce qui selon l’assistant de Flagg était le moyen le plus rapide d’arriver à son inconscient… Le film se termine sur un happy end au son de Change Partners.

La morale d’Amanda

Le Dr Flagg est souvent présenté comme un charlatan dans le film. Il fonctionne beaucoup plus comme un hypnotiseur qu’un psychanalyste et il évolue dans le monde riche et élégant de la bonne société. En réalité, lui et Amanda sont des êtres simples et en bonne santé qui tirent parti de leur position sociale. Leur problème est l’authenticité des sentiments. Ils vivent joyeusement la fin de l’ère du jazz aux États-Unis. Comme le titre original, l’indique, c’est encore une époque « sans souci » (carefree).

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