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Présentation du système de communication risible-rire

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Présentation du système de communication risible-rire

 Présentation du système de communication risible-rire

Introduction

Les faits ethnographiques exposés plus haut ont suscité un certain nombre de réflexions et d’interrogations de même qu’ils ont acquis le statut de « documents ethnographiques » valides participant ainsi à la constitution d’un corpus de connaissances relatif à un nouveau champ d’études anthropologiques, celui du risible et du rire. Ce travail de recherche consistant dans l’organisation conceptuelle et méthodologique de ce champ, sous forme d’ « hypothèses » s’est poursuivi par la lecture et la consultation d’autres écrits anthropologi­ques (ethnographiques et théoriques) mais aussi sociolo­giques, psychosociologiques, historiques, littéraires, en particulier, structurant et enrichissant notre cheminement intellectuel.

Aussi, notre hypothèse de travail ne représente qu’un mode d’approche anthropologique du risible et du rire étayé par de multiples écrits et fondant les bases théori­ques d’une enquête de terrain ultérieure.

  • Notre approche anthropologique inscrivant le rire dans la vie sociale d’un groupe, l’institue comme phéno­mène culturel donc historique.

Il est de tous temps et en tous lieux. On ne rit pas de la même façon ni des mêmes choses d’une société à l’autre et d’une époque à l’autre. Chacune fabrique son rire et son risible. Cependant, malgré les variantes culturelles, l’ex­posé des faits ethnographiques nous a aussi permis d’identifier des invariants du rire et du risible quelque soit le contexte culturel.

La communication risible-rire

 Le rire, relevant d’une technique corporelle codée très probablement, peut être aussi perçue pour son intelligibilité culturelle comme un des termes d’une forme de communication sociale singulière qualifiée de communication risible for­mant un système. Afin de la présenter et de la décrire, nous nous inspire­rons du schéma de la communication établie par Shan- non et Waever.

Se situant dans cette troisième aire définie par Win- nicott, elle comporterait deux pôles, psychique, élabo- ratif et phénoménologique, représentatif. On concevrait alors P « humour » comme désignant le pôle psychique et le « comique », sa composante expressive, repré­sentative.

  • Elle s’établit entre un ou des émetteur(s) (celui ou ceux qui font rire) produisant et transmettant le message risible à un ou des récepteur(s) (individu(s) ou groupe) qui répondront par le rire (communication facio-vocale codée) agissant lui-même comme stimulus risible au sein d’une collectivité et exerçant un feed-back positif ou négatif sur le ou les émetteur(s). Précisons que l’émetteur et le récepteur peuvent être une même personne.

Le message risible est véhiculé à travers différents canaux de transmission employant différentes modalités sensorielles (vision, audition, mais aussi tact voire rare­ment olfaction et goût). Enonçons, dans un premier temps, les catégories de « véhicules sensoriels » du message risible.

Les catégories de véhicules sensoriels du message risible

— Nous distinguerons les catégories verbales, non verbales et mixtes (verbales et non verbales).

Les catégories verbales

peuvent être visuelles donc graphiques ou acoustiques donc orales. Elles sont regrou­pées dans ce qu’on désigne par le comique des mots. S’y intègrent les calembours, anagrammes, charades, palindromes, contrepèteries, mots d’esprit. Ceux-ci, lorsqu’ils sont fondés sur des pensées utilisent les mots comme véhi­cules expressifs, on parlera alors de l’esprit et non plus du comique des mots.

  Les catégories non verbales

sont visuelles, acousti­ques ou tactiles motrices.

 Visuelles

elles donnent le mime, la pantomime par la mimogestualité, la caricature et le dessin humoristique par les formes graphiques de même que du risible pictural ou sculptural (comique des objets par exemple).

Acoustiques

elles permettent l’élaboration de plai­santeries musicales (voir Mozart, Satie par exemple) ; citons les bruits « organiques » de survenue inopinée et incongrue tels que les borborygmes, hoquet, pets, éructa­tion. Mais aussi les voix au ton ou à l’intensité discor­dants par rapport au contenu du discours de même que les performances des ventriloques.

 Tactiles-motrices

citons les chatouillis, autres jeux tactiles, moteurs.

 Les catégories mixtes

intègrent le verbal et le non verbal et peuvent être employées dans le comique de situation et de caractère en particulier.

 Le cadre spatiotemporel

Cette communication risible s’inscrit toujours dans un cadre spatiotemporel socioculturel qui peut être spécialisé, institutionnalisé devenant « sanctuaire du rire » ou non institutionnalisé.

 Les « sanctuaires » du rire

Cette institutionnali­sation permettra la libre circulation du risible et du rire qui seront autorisés voire prescrits. Citons :

 Les fêtes

 Formes de « paroxysme ludique » de la vie sociale. Dans le passé, évoquons les fêtes annuelles des sociétés « primitives » agraires célébrant surtout la fin de l’hiver et le retour du printemps avec de grandes cérémonies ludiques (port de costumes cérémoniaux, danses, chants voués à la fertilité, jeux, farces s’achevant en orgies).

Il existait aussi quelques fêtes institutionnalisées par le pouvoir, renforçant la norme et la loi par la pratique des « actes à rebours », rituels d’inversion ou de rébellion dramatisée. Les sociétés de FAntiquité révèlent une fort ancienne utilisation de ces mécanismes.

A la fête annuelle des sacées de Babylone on recourt à un Roi de moquerie avec dramatisation du retourne­ment des positions de rang. A cette occasion, on pend ou on crucifie un esclave qui a tenu le rôle du souverain, donnant des ordres, usant des concubines de la maison Royale, s’abandonnant à l’orgie, à la luxure.

« Ce pouvoir déchaîné, dit G. Balandier , est un faux pouvoir ; il est théâtralement montré sous l’aspect d’un fauteur de désordre imposant la nécessité de restaurer le règne de la règle et c’est à cette dernière que le sacrifice du faux roi est offert. »

—   Les Kronia grecques (fêtes annuelles).

—  Les Bacchanales (célébrées en l’honneur de Bacchus et consistant uniquement en facéties et libations) et Satur­nales romaines.

—    Au Moyen Age, mentionnons surtout l’éloquente fête des Fous qui se déroulait entre Noël et la fête des rois, se tenant dans les villes à cathédrales et donnant lieu à l’élection d’un évêque, pape ou roi des Fous. C’était un renversement total des manières d’être habituelles. La cathédrale est alors livrée à l’agression ludique de la fête populaire.

Par ailleurs, citons le carnaval, autre moyen bien ritua­lisé d’expression et de libération populaire, les fêtes foraines et autres fêtes de tous ordres.

  Les jeux.

 Ils constituent le deuxième grand cadre institutionnalisé. Qu’ils soient de vertiges (toboggan, balançoires, tournoiement (manèges, courses), de fiction (imitations-déguisements), de compétition-com­bats (sports), de hasard ou sexuels. Les jeux peuvent aussi s’inscrire dans un contexte festif (concours de chatouillis lors de la fête du Miel chez les Indiens Guayaki, par exemple).

Les rires éclatant et circulant lors des jeux peuvent exprimer une joie liée à la réalisation de performances motrices individuelles, à la victoire d’une compétition (individuelle ou collective) donc à la supériorité sur l’ad­versaire mais aussi le plaisir de certaines moqueries plai­santes échangées lors d’interactions ludiques.

    Les rituels représentent le troisième cadre

Cer­tains rites peuvent faire l’objet de parodies (cf. les clowns sacrés chez les Indiens Pueblos (Hopi, Zuni).

  • Sinon, les rites de passage (cérémonies célébrant en particulier le passage d’un « état existentiel à un autre » tels que la naissance, la puberté, le mariage, la mort) peu­vent donner lieu à un temps festif marqué par l’ensemble des caractéristiques évoquées plus haut dont les jeux, farces, plaisanteries donc au risible et au rire (lors des repas, entre autres).

Don Talayesva, dans Soleil Hopi, fournit deux circon­stances exemplaires à l’occasion du Wowochim ou initia­tion tribale, et celle du mariage (voir plus haut).

  • Citons également des rituels thérapeutiques au cours desquels le rire serait un des instruments.

  Le théâtre comique

(communication risible directe), constitue depuis l’Antiquité, un temple du risible et du rire avec les comédies d’Aristophane, Plaute, Terence. Citons bien plus tard la Comedia dell’Arte, Goldoni, les comédies de Molière, puis les compositions récentes de Labiche, Feydeau, Courteline.

 Dans des contextes culturels très différents

rappe­lons les spectacles des Katcina comiques et des clowns sacrés Hopi, les danses bouffonnes samoannes.

  N’oublions pas le cirque avec ses clowns

le music- hall, lieu d’expression de chansonniers, conteurs d’his­toires drôles, acteurs de sketches, imitateurs, mimes, ventriloques.

 Le cinéma

la télévision représentent des cadres récents de communication risible indirecte avec Chariot, Keaton, Laurel et Hardy, les Max Brothers, Tati pour ne citer que les grands classiques.

  Enfin, évoquons la littérature

qu’elle soit orale dans les sociétés traditionnelles (récit de mythes, contes) ou écrite (autre communication risible indirecte par les bandes dessinées, journaux satiriques, romans).

Concernant les mythes comiques, l’imaginaire collectif des populations d’Amérique du Nord a fabriqué un per­sonnage assez fameux, il s’agit du Trickster (tricheur, décepteur) incarnant une forme de critique comique, sociale et politique.

« Ce Trickster, dit G. Balandier, agit, engendre et se transforme, tantôt en Dieu ou en héros, tantôt en bouf­fon. Tout, par lui, va être brouillé et remis en cause, les limites s’effacent, les catégories se mêlent, les règles et les obligations perdent leurs forces. »

Cette figure incarnée par le personnage du décepteur permet d’introduire imaginairement de la turbulence dans un univers de codes et de contraintes. Les traditions africaines font également place à une entité turbulente et risible dans les mythes et les contes.

En effet, certains mythes font surgir parmi les dieux et les hommes, Legba, un perturbateur divin. Dieu de la communication, au don d’ubiquité, il oppose son indisci­pline divine à la disicipline de l’ordre social universel. Il agit par ruse, joue des tours, embrouille. C’est un Dieu malin et qui fait rire.

 Contextes non institutionnalisés

 D’autres cadres sociaux, non institutionnalisés peuvent autoriser ce type de communication, au sein desquels circulent farces, bla­gues, plaisanteries, rires.

Citons, les réunions sociales, amicales, familiales com­portant quelques aspects festifs, à l’occasion d’un repas par exemple.

—   Des activités sociales quotidiennes (travail ou loi­sirs) mettant en relation des individus appartenant à des catégories ontologiques et/ou sociales identiques ou diffé­rentes (hommes/animaux domestiques, hommes/femmes, adultes/enfants, gens de pouvoir/subordonnés). Les plai­santeries et les situations d’insuffisance ou d’inadéquation sont alors éminemment risibles.

—   Les parentés à plaisanterie pour suggérer certains types d’interactions familiales propices au risible.

Entre certains termes d’un groupe de parenté (clan, lignage, lignée) s’imposent la familiarité, la plaisanterie voire les injures contrairement au respect et à la distance entre sujets appartenant à d’autres catégories (cf. le pas­sage sur le rire des enfants en Afrique et à Samoa).

Contextes prohibiteurs

— Certains contextes, cultu­rellement déterminés, peuvent prohiber le risible : cime­tières, temples par exemple.

Le ou les émetteurs

— Ils peuvent être volontaires ou involontaires.

  Les « faiseurs de rire »

involontaires le sont à leur insu. — Il peut s’agir d’humains ou d’animaux « humani­sés » par un processus identificatoire. Leurs mimogestua- lité, postures, discours, traits de caractère, conduites dans certaines situations précises peuvent être risibles par leurs qualités involontaires d’incongruité et/ou d’insuffisance, d’échec de leur maîtrise corporelle, verbale, comporte­mentale, intellectuelle ou affective.

  Les producteurs de risible volontaire.

—   Ce sont soit des « amateurs » (blagueurs, farceurs, plaisantins, joyeux lurons, gens d’esprit) doués de capaci­tés ludiques, de créativité humoristique exerçant leurs talents sur le terrain de la quotidienneté.

—   Il s’agit aussi de professionnels. Dans ce cas, nous les qualifions de comiques, institutions vivantes du « risible esthétique » différant du risible élémentaire par son élaboration sophistiquée, ses techniques de fabrica­tion en particulier.

Evoquons, à présent, un certain nombre de ces co­miques humoristes, quelle que soit Faire culturelle et l’époque de leurs pratiques. Nous verrons qu’ils oc­cupent une position et une fonction sociales bien spé­cifiques.

Les bouffons.

  • Cérémoniels (sacrés) : ils sont présents dans un grand nombre des sociétés établies en Amérique du Nord et centrale. L’ironie, la parodie, la transgression définis­sent leur position à part et leur emploi.

Ils introduisent la farce dans le sacré, jouant des specta­cles dans lesquels le rituel le plus strict peut coexister avec la dérision.

  • Bouffons domestiques : attestés déjà en Perse, Egypte, Grèce, à Rome, ils étaient employés dans la mai­son des gens de pouvoir et de fortune afin de « faire rire » durant le temps des repas puis, au Moyen Age, près des barons et dans l’église près des abbés et évêques.
  • Bouffons ou Fous de cour : ils apparaissent plus tard dans l’entourage des princes et des rois, où ils changent de nature en occupant une position au sein de l’institution politique. Ce sera seulement au XIVe siècle que la charge du fou deviendra un office particulier.

« Le fou et le prince, écrit G. Balandier, servent à mon­trer le pouvoir sous le double aspect de la force et de la dérision, de la fortune et de l’infortune ; ils forment un couple dramatique.

« […] Il a le privilège de tout dire et de tout faire sur le mode de la facétie et de la farce. »

  • Les bouffons populaires se présentent sous une autre figure bien que les fonctions respectives puissent se recouper.

Ils vont aussi devenir des « acteurs ».

 La piste, la scène, l’écran (petit et grand)

présentent en effet, des personnages qui bouleversent toute logique sociale, contredisent les conventions et la morale com­mune, révèlent le caché par l’exagération et la farce.

—    Ils sont clowns (personnages de la farce anglaise puis comiques de cirque), comédiens burlesques (de théâtre/cinéma descendants des bouffons populaires), artistes de music-hall, mais aussi conteurs d’histoires drôles.

c)    N’oublions pas les caricaturistes, dessinateurs humoristiques, écrivains et satiristes.

Le ou les récepteurs

c’est-à-dire les rieurs. — Leur rire obéira comme toute mimique faciale émotionnelle à des règles d’expression codées par et pour le groupe.

Ainsi, le rire sera prescrit, autorisé ou prohibé selon les sujets (en fonction de l’âge, du sexe, du statut social), le cadre socioculturel, l’objet du message risible, les inten­tions et le/ou les émetteurs (selon l’âge, le sexe, le statut social).

Le contrôle social de son expression sous-tendu par un système de représentations et de valeurs l’a conduit à devenir aussi « conventionnel » et à se détacher alors de l’affect de plaisir pour acquérir de nouvelles fonctions et significations. Citons en particulier les rires de politesse, de gêne, de séduction.

Sa technique relève à la fois de règles culturelles défi­nies par chaque groupe social et de caractéristiques phé- notypiques, faciales et vocales. Elle sera au service de l’ex­pression de la joie et de plaisirs élémentaires mais élaborera aussi tout un jeu de mimiques « rieuses » aux fonctions et significations multiples valables dans un contexte culturel donné et pratiquées par les membres de ladite société. Elle participe ainsi au codage culturel du rire (universel) engendrant alors des rires « socialisés ».

Les fonctions sociales doivent être élucidées en tenant compte des autres termes du système dans lequel il s’inscrit. Toutefois, permettons-nous d’en énoncer quelques-unes :

—   expression de la joie individuelle et de la sécurité psy­chique engendrée par la cohésion sociale du groupe ;

—   sanction symbolique des déviances et excentricités constituant un mode très efficace de contrôle social des mœurs ;

—   mode d’évitement d’une sanction négative, d’une punition par l’inhibition de l’agressivité d’autrui :

—     instrument de politesse ;

—     instrument de défense contre l’angoisse ;

—     instrument d’exclusion sociale ;

—     instrument de séduction et de quête affective.

Thèmes et techniques risibles.

A)   Il semble que la production comique sous-tendue par un système complexe de représentations, croyances et valeurs soit aussi codée, soumise alors à des règles de prescription et des interdits. Ce code est bien évidemment commun à l’émetteur et au(x) récepteur(s). Les interdits peuvent porter sur les morts, les ancêtres, les maladies, les infortunes (liées au contexte culturel) tandis que les pres­criptions visent le ou les étrangers au groupe, le déviant, le langage. Par ailleurs, malgré la variabilité de ces objets il est très probable d’identifier des invariants, universaux de l’objet du message risible.

En effet, il semble toujours atteindre l’homme dans ses activités, ses productions, son caractère ; la société dans son ordre, sa hiérarchie, ses institutions, ses règles, ses valeurs, sa logique de fonctionnement ; les non-humains, qu’ils soient objets ou animaux « humanisés ». Certains objets risibles constituent des invariants :

—   le ou les étrangers au groupe des rieurs ;

—   le déviant ou excentrique au sein d’un groupe ;

—   le pouvoir politique, l’ordre social et toute autorité instituée, toute institution ;

—   la sexualité ;

—   le langage.

B)Ces objets deviendront les jouets de transformations ludiques et risibles par l’emploi de techniques multiples

« empruntées » en particulier aux figures de style de la rhétorique parmi lesquelles nous pouvons énoncer : l’hy­perbole (exagération), la litote (atténuation), la méta­phore, la métonymie, la répétition, l’inversion, l’ironie.

Sont utilisés aussi certains effets de contraste comme le burlesque, la parodie, le langage de la sexualité (fortement dévalorisant). Ce jeu de transformations de l’objet ou pra­tique de la dérision conduit à la fois à des effets cognitifs tels que la surprise, le non sens, l’incongruité, mais aussi à sa nette dévaluation ou agression symbolique, ainsi qu’à sa désadaptation sociale. Ainsi, les humains peuvent être « mécanisés », « chosifiés », « animalisés », les animaux ou objets « humanisés », les adultes infantilisés, les enfants métamorphosés en adultes, les hommes ou femmes travestis par le processus d’inversion.

Le changement de catégorie ontologique ou sociale est fortement générateur de risible donc de rire.

 Fonctions de cette communication risible

— L’en­semble des auteurs attribue cinq fonctions à ce type de communication sociale auxquelles serait associé un type d’humour :

—   une fonction agressive, visant à la dévaluation nette de l’objet (humour agressif) ;

—   une fonction « sexuelle » : c’est-à-dire l’obtention d’un plaisir d’ordre préliminaire satisfaisant sur le plan du contenu latent, des pulsions sadiques et scopiques, voyeuristes ;

—   une fonction défensive vis-à-vis de thèmes, faits existentiels anxiogènes (humour noir et autodérision) ;

—   une fonction intellectuelle engendrant un plaisir dans la transgression des règles de la logique rationnelle, le jeu de mots et l’absurde ;

—   des fonctions « sociales » :

  • exclusion du ou des étrangers au groupe avec ren­forcement concomitant du narcissisme social,
  • exclusion du « déviant » avec maintien et renforce­ment des règles et conventions protectrices de l’ordre social ;
  • critique sociale et politique ;
  • acquisition de prestige.

Pour notre part, nous compléterons avec la notion d’ « homéostasie psychique d’une société ». En effet, le risible et le rire représentent des instruments au service de P « homéostasie psychique » d’un groupe. Toute société recherchant un équilibre mental passant par des satisfac­tions pulsionnelles, objets de répressions plus ou moins importantes, disposeraient à cette fin, entre autres moyens, de ce système risible/rire institutionnalisé de nature fondamentalement ludique et transgressive recou­rant à un langage de l’enfance et procurant un gain éco­nomique de plaisir (s’exprimant par le rire).

Ainsi, le risible et le rire apparaissent manifestement polymorphes, polyfonctionnels et polysémiques. Leurs rapports au jeu et à la transgression sont clairs.

Un auteur, E. Blondel, écrivait :« Rire et jeu s’apparentent par le plaisir, la suspension du réel, la transgression des normes et la substitution de règles nouvelles, la liberté et l’enfance ou le retour à l’enfance.« Le rire naît d’un hiatus, rupture du temps social sérieux et quotidien. »

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