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Le Rire : Aspects psychanalytiques , Quelques réflexions d’ordre synthétique.

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Le Rire : Aspects psychanalytiques , Quelques réflexions d’ordre synthétique.

Quelques réflexions d’ordre synthétique.

Parvenus au terme de notre exploration non exhaustive de la litté­rature psychanalytique sur le rire et le risible, il semble que nous puissions établir un certain nombre de relations entre ces deux entités, risible et rire, et des termes bien spécifiques.

Toutes ces relations sont mises en évidence directement ou indirectement par les auteurs qui ont quelque peu pri­vilégié l’étude de certains aspects métapsychologiques (économie, dynamique, topique) ou génétiques de diverses formes de risible (involontaire, volontaire, verbal, non verbal, mixte, comique, esprit, humour).

Toutefois, une étude psychanalytique pertinente et exhaustive du risible et du rire se doit de considérer leurs aspects génétique, économique, dynamique et topique. Ce qui sera tenté dans un travail ultérieur.

Pour notre part, nous nous limiterons à un modeste travail d’élaboration synthétique des multiples correspon­dances repérées au terme de notre lecture.

Le risible peut être « comique ou non comique ». Le risible non comique se rapporterait à l’humeur enjouée, corrélative d’une subexcitation psychique posi­tive prête à la décharge. Elle peut être sans objet ou se rapporter à une réussite personnelle, induisant un triom­phe narcissique s’exprimant par le mouvement facial expansif et sonore du rire.

Le risible comique est involontaire ou volontaire.Le comique involontaire relève souvent de l’interpréta­tion risible d’un échec de la maîtrise (intellectuelle, ver­bale, affective ou motrice) observée chez autrui comparée au vécu de sécurité psychique du rieur potentiel. Cette comparaison suppose déjà sur le plan métapsycholo- gique, un jeu identificatoire et désidentificatoire. Le rire est celui du plaisir de la maîtrise et du triomphe narcis­sique sur l’objet dévalué devenu risible.

Le comique volontaire, esthétique ou non, qu’il prenne la forme de l’activité spirituelle, humoristique ou de la parodie voire de la caricature semble s’inscrire dans la

troisième aire, entre la réalité externe et la réalité interne. Aire intermédiaire d’expérience à laquelle contribuent les deux autres, qui constitue un lieu de repos pour l’individu engagé dans ce travail de séparation et de lien entre deux autres réalités. C’est l’aire de jeu et de l’expérience cultu­relle, celle de l’illusion.

« Nous supposons ici, écrit Winnicott[I], que l’acceptation de la réalité est une tâche sans fin et que nul être humain ne parvient à se libérer de la tension suscitée par la mise en relation de la réa­lité du dedans et de la réalité du dehors ; nous supposons aussi que cette tension peut être soulagée par l’existence d’une aire intermédiaire d’expérience qui n’est pas contestée (arts, reli­gion…). Cette aire intermédiaire est en continuité directe avec l’aire de jeu du petit enfant “perdu” dans son jeu. »

Il s’agirait d’une activité psychosociale ayant pour modèle le jeu symbolique de l’enfant lui-même élabora­tion fantasmatique sous-tendue par des désirs, dans lequel on peut repérer certaines caractéristiques défensives telles que la transformation d’une position passive en une posi­tion active, la transmutation de l’angoisse en plaisir (transformation en son contraire), la projection de dan­gers internes sur le monde extérieur, l’identification à l’agresseur, de même que des manifestations de la défense maniaque, citons en particulier le sentiment de toute puis­sance, le triomphe narcissique sur l’objet, sa manipula­tion, sa dépréciation.

On y retrouve aussi les manifestations du processus primaire sous-tendues par un désir qui se réaliserait, sym­boliquement, sur le plan du contenu latent, comme le pré­cise Bergeret pour l’humour.

  • Cette activité risible, fondamentalement ludique et défensive, réalise un compromis remarquable, satisfaisant les revendications pulsionnelles du Ça, les interdictions surmoïques, les contraintes de la réalité, liées à la néces­saire intelligibilité de la communication du message risible mais aussi au respect des règles sociales, enfin le besoin de maîtrise du Moi. L’angoisse et la tension psy­chique engendrées par les conflits de tendances seraient enfin résolus et maîtrisés.

Il y a triomphe du principe de plaisir trouvant son ori­gine « au-delà du principe de plaisir », dans la défense et la maîtrise d’affects pénibles telles que l’angoisse, se liant alors au respect du principe de réalité et à une victoire narcissique avec le plaisir de la maîtrise.

  • Dans le risible, le plaisir « pulsionnel » demeure d’ordre préliminaire et il y a réalisation d’un désir au seul plan du contenu latent. Les pulsions voyeuristes-exhibi- tionnistes et sadiques sont satisfaites sur un mode symbo­lique, par le langage verbal et/ou par la représentation mimogestuelle.
  • Cette communication risible peut être personnelle et/ou interpersonnelle ; elle s’inscrit dans un cadre social et véhicule un langage pourvu d’une riche représentativité plastique et motrice suggérant son caractère régressif infantile. Ce qui active chez l’observateur-auditeur sa fonction représentative en particulier et suscite des mou­vements identificatoire-introjectif puis projectif de redis­tanciation comme le soulignait Guillaumin.

Rappelons-nous que Freud insistait sur l’accord psy­chique profond, entre le faiseur d’esprit et son auditeur, par le partage d’inhibitions et de refoulement. En effet, la communication risible « réussie » repose sur un accord psychique interpersonnel, collectif (dimension culturelle et sociale du risible), le partage de défenses, des mouvements identificatoire et projectif de redistanciation, celui-ci engendrant l’économie d’une dépense d’investissement devenue soudainement superflue, libre, se déchargeant par le rire. Le groupe a une fonction de soutien identifica­toire, de réassurance narcissique et de déculpabilisation importante.

L’économie de la dépense psychique, qu’elle soit d’un affect de déplaisir engendré par l’angoisse ou d’investisse­ment voire de refoulement constitue le principe écono­mique fondamental du risible et un des agents du rire.

— Quant au rire, sa fabrication psychique semble complexe. Freud pensait que l’on rit avec le montant d’énergie psychique préalablement investie et devenue soudainement libre. C’est, en effet, un des aspects écono­miques du rire. Il semble, pour notre part, qu’il « condense » un certain nombre de facteurs et signale une polysémie psychique.

  • Il s’agirait d’une voie motrice, facio-respiratoire liquidant une énergie psychique de valence plutôt positive (humeur joyeuse) et débordante, menaçant alors l’inté­grité du Moi et sa maîtrise.

La motricité serait alors, comme chez l’enfant, une fonction du Moi (« Moi corporel ») au service de la maî­trise de l’appareil psychique. Le rire, voie spécifique de décharge, signalerait aussi le plaisir de la maîtrise psy­chique menacée et heureusement retrouvée.

Plus tard, il liquidera aussi une énergie psychique sou­dainement épargnée et préalablement investie dans cer­taines fonctions psychiques telles que le refoulement.

Cela relève de l’économie du rire.

  • Dans la perspective du double mouvement, iden- tificatoire (introjection) puis projectif de redistanciation, à l’œuvre dans la communication comique, le rire « mi­merait » parfaitement cette dialectique avec ouverture de la bouche (étayage corporel de l’identification) pour l’in- trojection et la projection par vocalisations, suggérant une expulsion saccadée, répétée du mauvais objet introjecté.

Mais l’ouverture de la bouche, exposant les dentures avec vocalisations, cavité perceptive et vitale primitive, peut aussi représenter une expansion narcissique et une maîtrise toute puissante sur le mode oral et « clonique », suggérant une des expressions mimiques de la défense maniaque donc ayant aussi une signification contre- dépressive.

Le rire peut signaler, d’une autre façon, la résolution et la maîtrise du conflit de tendances avec victoire du Moi engendrant un plaisir narcissique et « de compromis », celui de la « liaison jubilatoire entre les différentes instances ».

  • En même temps qu’un plaisir de la maîtrise et du triomphe narcissique, le rire signalerait aussi un plaisir sadique (oral) avec exhibition des dents « prêtes à la mor­sure ». Ce qui évoque l’intention de morsure ludique d’où dérive la mimique « figure détendue – bouche ouverte » des primates supérieurs, observé lors du jeu social agonis- tique et devenu précurseur phylogénétique du rire humain.

A cela, il convient de rapprocher la tonalité fondamen­talement agressive du risible, volontaire ou involontaire, qui semble parfaitement représentée par le rire.

Enfin, évoquons le rire comme expression facio-vocale des « bouillonnants mouvements instinctuels de vie » ; le rire est un éternuement de vie disait Puyuelo mais un éternuement à la fois destructeur et générateur de lien social par son remarquable pouvoir de contagiosité.

  • Ainsi, le rire « condenserait » des significations métapsychologiques multiples dont certaines seraient pré- valentes selon les circonstances risibles et les conditions psychiques du sujet rieur. Citons les significations écono­mique, dynamique, maniaque, sexuelle prégénitale.

Mais le rire serait lui-même générateur d’un plaisir archaïque lié à l’emploi simultané de la motricité et de la sphère orale, éminemment érogènes. Ce qui appelle son renouvellement si convoité donc la recherche du risible, bien évidemment.

Aussi, nous pensons que cette communication facio- vocale qu’est le rire n’est pas arbitraire mais représente plutôt ou « mime » parfaitement, avec un symbolisme éloquent, les conditions et intentions psychiques du rieur.

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