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Le Rire : ASPECTS ÉTHOLOGIQUES

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Le Rire : ASPECTS ÉTHOLOGIQUES

 ASPECTS ÉTHOLOGIQUES

Introduction

« Le rire, dit Darwin, paraît être l’expression primitive de la joie proprement dite ou du bonheur. » A l’instar de Darwin, les psychologues et éthologues s’accordent à inscrire le rire dans le cadre des expressions faciales émotionnelles où il « figurerait » la joie, tandis que les autres émotions de base habituellement distin­guées depuis Woodworth et Schlosberg sont la tristesse, la peur, le dégoût, la colère, la surprise.

La majorité des auteurs soutient que le rire, comme l’ensemble des expressions faciales émotionnelles, est uni­versel et semble relever d’un « programme moteur central génétiquement déterminé » (comportement instinctif ou adaptation phylogénétique selon Eibl-Eibesfeldt) récem­ment élaboré au cours de l’évolution des espèces (phylo- genèse).

Voici ce que dit Ekman, grand spécialiste de l’expres­sion des émotions : « Si l’on admet qu’il existe au niveau du système nerveux central un programme qui établit une connexion entre les émotions spécifiques et mouvements musculaires faciaux correspondants, on peut concevoir que les conditions de déclenchement des émotions c’est-à

dire les événements qui activent le programme sont large­ment déterminés par les apprentissages culturels et sociaux variables mais que les mouvements musculaires associés à une émotion particulière sont régis par le pro­gramme tant que des règles d’expression ne créent pas d’interférences et qu’ils sont universels. »

Par ailleurs, le rire, coordination motrice instinctive, peut aussi se concevoir comme un mode de communication non verbale, bicanale, visuelle par la mimique faciale singu­lière, et sonore par ses vocalisations, transmettant, au moyen de la face (affect display system), des messages d’ordre affectif (joie, plaisir mais aussi agressivité, angoisse « masquées ») à des congénères. Il constitue alors un des nombreux instruments mis à la disposition de tout sujet en quête d’un équilibre « psychique et comportemental » (homéostasie psychique et comportementale de Cosnier).

 Phénoménologie du rire

Le « pattern moteur »

— Le rire dispose d’un « pat- tern moteur » de base (héritage génétique et phylogéné- tique), universel, faisant l’objet de variations à la fois indi­viduelles, stables (style de chaque rieur) et fluctuantes (en fonction des situations stimulatrices, état psychoaffectif du sujet et contexte social) mais aussi culturelles, s’expli­quant alors par l’intervention d’une technique corporelle conférant à chaque groupe social, ethnique, un style acquis dès l’enfance lors de la socialisation du jeune.

Il se compose de trois paramètres dont les deux pre­miers sont fondamentaux :

  • La mimique faciale (d’après la description toujours valable de Darwin) :

—bouche plus ou moins ouverte avec découverte des dentures supérieure ou inférieure ;

—commissures labiales rétractées en haut et un peu en arrière ;

—  élévation des joues avec léger gonflement des pom­mettes ;

– sillon nasolabial bien marqué partant de l’aile du nez et aboutissant au coin de la bouche ; accentuation des rides sillonnant la paupière inférieure et le pourtour des yeux (patte d’oie accentuée) ;

—  yeux brillants avec éclat du regard ;

—  sourcils plus ou moins surélevés.

  • La vocalisation (d’après les travaux de M. Lecoq et S. Beaucourt). Le rire se réalise sur le temps expiratoire de la respiration.

La vocalisation peut employer successivement diffé­rentes voyelles. Chaque rieur peut changer de voyelle d’une séquence à la suivante.

Toutefois, nous observons que chaque rieur possède des voyelles privilégiées, personnelles ayant une significa­tion psychique probable. Par ailleurs, l’emploi de cer­taines voyelles peut aussi être motivé par des faits et situa­tions risibles interagissant avec le vécu psychoaffectif du sujet.

Le « A » évoquerait le rire de la pleine joie et du triomphe narcissique, tandis que le « O » suggère plutôt un rire déclenché par la surprise, l’inattendu, la percep­tion soudaine d’une incongruité. Le « I » chez l’enfant de même que le « É » chez les adolescents et adultes seraient inhérents au plaisir de la dérision associant plaisir de la maîtrise et plaisir pervers.

Selon M. Lecoq et S. Beaucourt, la sonorisation du rire est discontinue, séquentielle, irrégulière, sa mélodie variable, instable, imprévisible. Il emploierait le registre moyen et celui de tête. Les fréquences fondamentales se déplacent vers les aigus d’autant plus que le rire est forcé. Si l’intensité est variable, le timbre constitue un para­mètre sonore bien stable car individualisé.

• Les postures et gestualité corporelles (d’accompa­gnement) sont variables, déterminées par des paramètres d’ordre individuel et contextuel, socioculturel.

 Typologie sommaire des rires (d’aprés les travaux de Van Hoof, Blurton Jones[1] et les réflexions de Smadja).

—   On distingue deux rires silencieux :

  • chez les enfants, avec large ouverture de la bouche, dentures supérieure et inférieure visibles {play face des primates) ;
  • le rire « nasal », non vocalisé avec légère ouverture buccale éventuelle, associé à une petite rétraction des commissures accompagnées de petites expirations nasales saccadées, non vocalisées.

—    Le rire se manifestant surtout par des « vocalisa­tions internes », non extériorisées, sans ouverture buc­cale. Il s’agit d’un rire, sans mimique, sonore avec petites expirations nasales.

—   Le sourire vocalisé comporte une légère ouverture buccale, associée à une rétraction modérée des commis­sures labiales accompagnées de petites vocalisations.

—   Un rire d’intensité moyenne comporte une ouver­ture de la bouche, une rétraction des commissures labiales découvrant les deux dentures, des vocalisations, la tête du rieur étant en position verticale.

—  Le rire « explosif » ou wide mouth laugh, le plus sou­vent observé au cours des jeux d’enfants, se compose d’une large ouverture de la bouche avec rétraction des commissures labiales, vocalisations « bruyantes » et un rejet de la tête en arrière induisant une perte de contact visuel avec le partenaire du jeu.

—    Le « fou rire » est un rire qui peut être intense, explosif mais surtout durable, incoercible et incontrôlé par le sujet.

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