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Le Rire : ASPECTS ANTHROPOLOGIQUES : En Océanie

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Le Rire : ASPECTS ANTHROPOLOGIQUES : En Océanie

Le Rire  ASPECTS ANTHROPOLOGIQUES  En Océanie

  • Chez les Samoans, population polynésienne visitée par M. Mead en particulier, rires et faits risibles, dérision et ridicule ne sont pas absents. Ils s’observent, selon le récit de l’auteur, dans certains types d’interactions sociales marquées d’un net antagonisme et au sein de cadres spatiotemporels spécifiques.
  • M. Mead fait remarquer que de la naissance jusqu’à l’âge de quinze à seize ans, garçons et filles « ne partici­pent pas à la vie sociale », n’y ont pas de place reconnue.
  • Avant six-sept ans, les enfants de la maison jouent ensemble et dès l’âge de sept ans, garçons et filles se grou­pent en bandes unisexuées dont les principes de constitu­tion reposent sur la parenté et le voisinage.

Ces bandes d’enfants vont manifester une vive hostilité, s’exprimant selon diverses modalités, à la fois à l’égard de celles des garçons et de leurs homologues des villages voi­sins. La dérision revêt une forme ludique d’hostilité diri­gée vers les garçons, les filles d’autres villages mais aussi vers les couples d’amoureux adolescents et adultes qu’ils se délecteront à « espionner » puis à ridiculiser dans les chansons à danser composées ultérieurement et à l’atten­tion de la communauté villageoise.

  • Ces enfants groupés en bandes ne sont pas pris au sérieux et vivent dans le jeu, leur principale activité sociale. Cependant, ils participent tout de même au contrôle social très prégnant de la communauté en surveillant les prati­ques sexuelles et en dénonçant leurs déviances.

« Il se peut, écrit-elle, que parfois une liaison éphémère échappe à la chronique scandaleuse ou qu’un Moetotolo (forme de viol clandestin) ne soit pas surpris, mais en règle générale, le village entier est au courant des moindres faits et gestes de chacun.

« Je n’oublierai jamais l’indignation d’un de mes interlocu­teurs m’avouant que personne ne savait qui était le père de l’en­fant de Faomoana ; en moins d’une heure, les enfants ont appris les secrets les mieux cachés, et en font une chanson à danser. »

Agents de désordre, les enfants sont aussi des gardiens de l’ordre social.

  • Vers la puberté, garçons et filles se groupent en organismes recevant un nom et leur conférant à la fois des obligations et privilèges dans la vie de la communauté.

Il s’agit de l’Aumaga rassemblant les jeunes hommes et hommes sans titre et de l’Aualuma rassemblant les jeunes femmes, épouses d’hommes sans titres et les veuves.

Ils font, en effet, écho à l’organisme politique central du village, le Fono composé des Matais (chefs ou chefs- orateurs).

  • L’Aumaga appelé « la force du village » constituerait le facteur social le plus permanent de la communauté. Au sein de cette société, on ridiculise et persécute le jeune homme qui s’abstient de participer aux activités ccommunes telles que la pêche, les travaux sur les plantations du village (Taro), la cuisine des chefs. De même qu’il est objet de risée du groupe quand il manifeste un manque d’effort, un relâchement.
  • Comme pour les enfants de dix ans, friands de mots obscènes, interdits, M. Mead observe chez ces adoles­cents et adultes, un certain goût pour l’obscénité, les danses suggestives, conversations lubriques, corps à corps provocateurs, jeux érotiques. Le thème de la sexualité et ses formes ludiques sont éminemment risi­bles, semble-t-il chez les Samoans aussi. De plus, un homme qui ne satisfait pas une femme deviendrait la risée du village.

La lecture de ce texte de M. Mead permet d’ojectiver aussi l’existence d’une activité sociale institutionnalisée, productrice d’une autre forme de comique, nettement apprécié des Samoans ; il s’agit de la danse des bouffons.

Au préalable, précisons que la danse elle-même est une de leurs distractions préférées, seule activité à laquelle participent tous les âges et sans distinction de sexe. Elle se pratique dans diverses circonstances officielles ou non.

Citons la célébration d’un mariage, le Malaga (groupe de visiteurs officiels d’un autre village), le Manaia qui danse quand il va courtiser sa fiancée, les garçons dansant après avoir été tatoués, à l’occasion d’une petite réunion intime avec dix ou vingt personnes.

  • M. Mead repère trois types de danses :
  •  La danse de la Taupo (jeune épouse vierge, de haut rang) belle, grave, distante :

« Le visage immobile, l’air rêveur, le maintien détaché, la fille doit exprimer au suprême degré la hauteur et l’indifférence !

C’est le genre adopté par la plupart des petites filles, observe l’auteur, mais aussi quelques petits garçons, celui choisi par les chefs ou par les femmes de haut rang. »

—   La danse des garçons, beaucoup plus gaie, autorise une plus grande liberté de mouvements et privilégie les effets sonores. Elle est athlétique et exhubérante.

—    La danse des bouffons serait pratiquée par ceux entourant la Taupo et le Manaia et qui les honorent en se moquant d’eux.

Citons avant tout les chefs-orateurs et en général, les hommes et femmes d’âge respectable.

« Le principe en est, à l’origine, le contraste, écrit M. Mead. Le bouffon apporte un dérivatif comique à la majestueuse danse de la Taupo ; plus cette dernière est de haute noblesse, plus est élevé le rang de ceux qui daignent par leurs pitreries, mettre en valeur ses talents.

« La danse bouffonne caricature le personnage conventionnel ; elle tient du burlesque, de la mimique grossière ; on y fait beau­coup de bruit en frappant la bouche ouverte avec la paume de la main, en sautant de tous côtés, en rebondissant lourdement sur le sol. Le bouffon, parfois, s’acquitte tellement bien de son rôle qu’il devient le personnage central de la danse. »

Enfin, mentionnons l’existence de prohibitions touchant les relations familiales, entre membres de sexe opposé, dès l’âge de dix ans et avec une différence de plus ou moins cinq ans. Elles concerneraient des interdits por­tant sur la proximité se traduisant par la familiarité, les plaisanteries et le contact physique en particulier.

Ainsi à Samoa, il nous semble retrouver des thèmes risibles tels que la sexualité, déjà observés dans d’autres groupes ethniques de même que l’existence de certains types d’interactions sociales propices à la production et circulation de plaisanteries.

La dérision, le ridicule sont des armes d’exclusion sociale et agents de contrôle des mœurs.

  • De même que chez les Hopi, la danse constitue aussi une activité sociale institutionnalisée productrice et véhi­cule comiques aux fonctions et significations culturelle­ment déterminées.

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