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Hypothèses sur la fabrication du rire

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Hypothèses sur la fabrication du rire

 fabrication du rire

Considérons le cas d’un fait risible, comique, issu du milieu socioculturel et non produit par l’activité psy­chique du sujet rieur.Nous différencions d’emblée la fabrication proprement dite du rire des phénomènes concomittants et consécutifs d’ordre musculaire et neurovégétatif.

 Fabrication du rire.

Il s’agit d’une élaboration complexe faisant intervenir différents registres d’activités hiérarchisées et coordonnées engendrant ce remarquable comportement qu’est le rire. Notre analyse objective trois étapes fondamentales : psychique, cérébrale et motrice. Cette dernière associe les activités respiratoire, pharyngolaryngée, phonatoire et musculaire faciale.

  Fabrication psychique

— Elle intègre les opérations synergiques cognitives et psychoaffectives.

A la suite de la perception d’informations-stimuli externes « neutres » va se construire une représentation mentale synthétique qui sera transmutée en représenta­tion plaisante et risible par le jeu coordonné d’opérations cognitives et psychoaffectives bien complexes.

  • Sur le plan cognitif, l’identification d’une incon­gruité, d’une absurdité associée à un effet de surprise, va faire l’objet d’un traitement spécifique dont le résultat positif accordera un qualificatif dit risible, comique à la représentation traitée victorieusement (cf. les travaux de F. Bariaud)[I].
  • Sur le plan psychoaffectif, métapsychologique, déjà amplement développé précédemment, cette représenta­tion mentale neutre devient risible dans le cadre d’un jeu social, interactionnel intégrant des mécanismes identifica- toire et projectif de redistanciation, son évocation de représentation infantile et/ou refoulée chez le sujet obser- vateur-auditeur, produisant l’économie d’une dépense psychique et se chargant d’un affect de plaisir composite (plaisir d’épargne, plaisir lié à la satisfaction symbolique de pulsions scopiques et sadiques, plaisir lié à une trans­gression surmoïque, plaisir lié à la maîtrise d’affect pénible en particulier, maîtrise intellectuelle aussi obtenue après traitement cognitif de l’incongruité).
  • L’ensemble de ces opérations « baigne » dans une humeur de base favorable, positive.

   Fabrication cérébrale

— Cette transmutation comique est alors productrice d’un stimulus cérébral risible donc lié à un affect de plaisir, qui va déclencher l’exécution du double programme : celui de la connexion plaisir risible-rire et celui du pattern moteur du rire.

Précisons que l’exécution de ce dernier ne peut se réaliser qu’en présence de conditions socioculturelles favorables et non prohibitrices. Dans des circonstances prohibitrices, il y aura inhibition totale ou partielle de la réalisation du pro­gramme (rire avorté ou partiel mimique faciale totale ou partielle).

Par ailleurs, ce double programme impliquerait des interactions permanentes entre les structures corticales, frontales et temporales, et le système limbique (en parti­culier corne d’Ammon, Hippocampe, Gyrus cingulaire, Septum).

Evoquons alors la phase cérébrale de l’exécution du programme moteur du rire :

—   le cortex frontal avec ses lobes préfrontaux serait une structure de contrôle et de programmation double (celle du pattern moteur du rire et celle de la connexion plaisir risible-rire) ;

—   la région hypothalamique représenterait à la fois le lieu principal d’intégration des différentes infor­mations cortico-sous corticales et bulbaires et de synchronisation des différents effecteurs, à savoir le tronc cérébral en particulier. Recevant le programme cortical, il organiserait son exécution par d’autres structures

—     le tronc cérébral, avec la présence d’un hypothétique « Pace-Maker » (d’après les travaux de Askenazy) loca­lisé dans la réticulée, induirait et coordonnerait l’action synergique des différentes composantes motrices du rire, réalisable par l’existence de multiples connexions poly- synaptiques entre tous les noyaux moteurs des paires crâniennes concernées dont le V, VII, IX, X, XI, XII ;

—     parmi les voies nerveuses impliquées, notons plus spé­cialement celles de la motricité volontaire, pyrami­dales, les voies extrapyramidales et cérébelleuses ;

—     sur le plan de la neurochimie, l’étude des rires toxi­ques d’une part et les expériences sur la chimie du plaisir d’autre part, nous invitent à penser que les sys­tèmes catécholaminergiques (dopamine et noradrena- line) seraient fortement impliqués dans le rire.

 Réalisation motrice et phonatoire

— Elle comporte plusieurs activités coordonnées et synergiques produisant une mimique faciale et des vocalisations synchrones.

Activité musculaire faciale

— Les principaux mus­cles peauciers actifs sont :

—    le grand zygomatique ;

—    le buccinateur ;

—    le risorius ;

—    le dilatateur des narines ;

—    Porbiculaire inférieur des paupières (portion prétarsale en particulier).

 Activité respiratoire

— Le rire se réalise sur le temps expiratoire de la respiration.

Les muscles intercostaux seraient davantage utilisés que dans la respiration habituelle pour mobiliser plus profondément la cage thoracique. Le diaphragme est repoussé vers le haut par une contraction puissante des muscles abdominaux appuyant sur le contenu abdominal.

Selon Fry et Hader, le rire débute sur une expiration de grande amplitude suivie d’une pause puis le rire est entretenu par de courtes inspirations-expirations (micro­cycles) saccadées, qui contribuent à vider plus complète­ment les poumons de leur air de réserve. Le rire se ter­mine par une profonde inspiration suivie d’une pause.

 Activité pharyngolaryngée

 — Au cours du rire, les cordes vocales réali­sent des mouvements rapides d’abduction-adduction syn­chrones de la motricité diaphragmatique.

Le pharyngolarynx est aussi animé de mouvements, ceux-ci étant verticaux et antéropostérieurs rythmés par les vocalisations et synchrones de l’activité vélaire compo­sée de mouvements rapides et saccadés du voile du palais et des piliers postérieurs. Tandis qu’à chaque reprise ins- piratoire s’ouvre le rhinopharynx.

Phénomènes concomitants et consécutifs, musculaires et neurovégétatifs

— Parallèlement à l’activité musculaire spécifique au rire, il existe un relâchement des territoires musculaires non concernés tels que :

—   la tête qui peut perdre le maintien de sa position verticale pour se balancer ou se jeter en arrière ;

—    les mains pouvant s’ouvrir ;

—   les jambes qui se relâchent pouvant obliger le rieur à s’asseoir.

Ce relâchement très général peut aussi intéresser les sphincters. Le système nerveux autonome est stimulé par le rire : phénomènes neurovégétatifs d’accompagnement (vasodilatation des vaisseaux de la face, stimulation de la sécrétion lacrymale, augmentation de la fréquence car­diaque, inhérentes à l’activation du système sympa­thique). Puis survient une stimulation « durable » du sys­tème parasympathique engendrant une baisse du rythme cardiaque, de la tension artérielle, une bronchodilatation avec augmentation de la ventilation pulmonaire, une

détente musculaire, une augmentation de la motricité et du péristaltisme intestinal, une augmentation des sécré­tions salivaires et des sucs digestifs. Le rire permettrait aussi la libération d’endorphines cérébrales, réduisant les sensations nociceptives (douloureuses).

Enfin, le rire, expression facio-vocale d’un affect de plaisir, engendre lui-même un plaisir corporel, fonctionnel par sa réalisation et ses effets physiologiques bienfaisants, appelant alors son renouvellement aisé et faisant de lui un des plus puissants stimuli risibles.

Ainsi, nous observons que le rire est bien plus qu’une simple mimique faciale accompagnée de vocalisations : il s’agit d’un phénomène psychique et corporel total. Le sens commun le qualifie traditionnellement de phénomène dérisoire. Dès à présent, ce jugement devient caduque.

Parvenus au terme des approches ethologique, patho­logique, psychanalytique et physiologique, la complexité initialement inextricable du rire semble se dissoudre. Il convient, dès à présent de le sortir du « laboratoire » et de l’ « hôpital » où il y a séjourné pour les besoins de son expérimentation et de son investigation afin de le réintro­duire dans son milieu naturel qui est la vie sociale et culturelle d’un groupe. C’est ainsi que nous allons abor­der dès à présent ses aspects anthropologiques.

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