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CAUSALITÉS DU RIRE

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CAUSALITÉS DU RIRE

 CAUSALITÉS DU RIRE

 Introduction

L’étude des causalités considère l’intervention de deux catégories de facteurs concourant à l’éclosion du rire :

—   les facteurs externes ou stimuli-déclencheurs réducti­bles au risible et relevant d’une étude anthropologique (mais aussi psychanalytique) .

—   les facteurs internes présidant à la fabrication psy­chique et cérébrale ainsi qu’à sa réalisation motrice (faciale, respiratoire et phonatoire).

Les mécanismes de fabrication psychique et « céré­brale » ne peuvent être élucidés sans les données fournies par les disciplines neurologiques, psychiatrique et la psy­chanalyse, la raison éthique interdisant bien évidemment l’expérimentation humaine.

Le champ pathologique, par les aspects cliniques dysharmonieux et dysfonctionnels du rire, soulève un double questionnement : celui de sa physiopathologie explorée par les disciplines neurologiques et celui de sa psychopathologie suggérée par la psychiatrie et étudiée (en partie) par la psychanalyse. Il apparaît alors comme un terrain privilégié sur lequel peuvent s’élaborer des spé­culations d’ordre physiologique. Aussi nous pouvons revendiquer le recours heuristique à la pathologie dans l’exploration des causalités internes du rire normal.

 Pathologie du rire

Critères de base des rires pathologiques

Pour l’en­semble des auteurs dont Black et Askenasy, un rire est dit pathologique par la présence d’une ou des caractéristi­ques suivantes :

—  Son intensité et sa durée sont immodérées, dispropor­tionnées comparées à celles du stimulus-déclencheur, pouvant évoquer en particulier une « inauthencité ». Normalement, l’intensité du rire peut être influencée par celle du stimulus ainsi que par la durée de celui-ci et un certain nombre de facteurs situationnels, sociaux tels que le rire en groupe, lors d’une réunion amicale ou d’une fête. Il est « incontrôlé », « incoercible ». Associé au carac­tère précédent, cela évoque le fou-rire.

—   Il est inapproprié, se manifestant lors d’une situation « objectivement » non risible voire dans un contexte de nature contraire au rire, c’est-à-dire pouvant suggérer la douleur, la tristesse, la colère. Ainsi, il s’affirme en désaccord avec la situation et serait « discordant ». Il semble immotivé, dissocié de n’importe quel stimu- lus-déclencheur repérable et identifiable dans le milieu d’éclosion. Il existerait alors des stimuli émanant de la vie psychique du rieur !

—Enfin, nous pouvons évoquer son absence de tonalité affective (inaffectivité du rire) le réduisant à une simple mimique.

Rires neurologiques.

Les rires neurologiques sont rarissimes, contrairement aux rires psychiatriques. Les neurologues ont objectivé une grande variété de rireslésionnels (rires frontaux, épileptiques, hémiplégiques, temporal, hypothalamique, pseudobulbaire), permettant de formuler un certain nombre de réflexions relatives à la fabrication « cérébrale » du rire normal. Ainsi, les données topographiques nous laissent entre­voir la participation majeure des structures corticales (frontale et temporale), du système limbique, des forma­tions « centrencéphaliques » (thalamus, noyaux caudés et lenticulaires), de l’hypothalamus et du tronc cérébral.

Les modalités physiopathologiques seraient de deux ordres : une libération lésionnelle au cours d’un syn­drome déficitaire et une irritation, stimulation neuronale paroxystique. Les rires du tronc cérébral (avec lésions des voies pyra­midales, plus ou moins extra-pyramidales, cérébelleuses et de la formation réticulée descendante), hémiplégiques (avec lésion de la voie pyramidale et des voies parapyra- midales) et frontaux (avec mise hors circuit du cortex pré­moteur, surtout préfrontal) relèveraient de processus de libération lésionnelle. Tandis que les rires épileptiques seraient corrélés à une décharge critique primitive du foyer lésionnel cortical, qui se propagerait secondaire­ment à diverses structures cortico-sous-corticales voire mésencéphaliques.

Les divers centres et voies effectrices (pyramidales, extra-pyramidales, cérébelleuses) concernés se dégageant de la pathologie, leurs connexions et le rôle respectif de chacun dans la fabrication « cérébrale » du rire (program­mation de la connexion rire-plaisir risible, organisation motrice, genèse de la sensation du plaisir, réalisation motrice cérébrale avec coordination des différents effec­teurs neuromusculaires) ont fait l’objet d’hypothèses nombreuses sous la forme de modèles physiologiques dont nous présenterons plus loin une synthèse.

Rires psychiatriques

 La classification des auteurs actuels est assez univoque et subdivise ces rires en trois catégories nosographiques :le rire des schizophrènes (non délirants et délirants) ; le rire maniaque-hypomaniaque  le rire hystérique.Associons les rires délirants et hallucinatoires non schizophréniques ainsi que ceux des déficients mentaux congénitaux.Si la pathologie neurologique révèle, par l’expérience lésionnelle, l’existence de centres et de voies privilégiés et spécifiques présidant à la fabrication cérébrale du rire, la pathologie psychiatrique nous fait pénétrer, à travers les problématiques psychopathologiques, dans l’univers psy­chique complexe du rire. Constituant autant de modalités de « codage mental », elle nous révèle l’intervention :

-    de possibles stimuli-déclencheurs internes (hallucina­tions, idées délirantes)

—  d’une expansivité de l’humeur avec excitation psy­chique et psychomotrice

-     d’une éventuelle déconnexion du « programme rire – plaisir risible »

—  des facteurs cognitifs

—d’une probable symbolique inconsciente dans cer­taines circonstances.

Par ailleurs, cette pathologie psychiatrique constitue l’introduction à une reflexion d’orientation psychanaly­tique sur le rire et le risible qui sera développée plus loin.

Rires toxiques

Ces rires ne surviennent pas d’une manière isolée mais s’inscrivent dans la clinique d’accès maniaques-hypomaniaques toxiques. Nous retrouvons, là encore, la séquence relationnelle associant à une exalta­tion de l’humeur, une excitation psychique, l’obtention aisée de plaisir et son processus de décharge qu’est le rire questionnant alors la nature des processus neurochimi­ques sous-jacents.Des drogues comme la cocaïne, les amphétamines, le haschich, l’alcool, les inhalants « exhilarants » en particulier, peuvent réaliser dans les phases de début de leur intoxication ou de leurs ivresses des tableaux cliniques de manie-hypomanie.

Une exploration de leur psychophysiopathologie pour­rait nous informer sur la neurochimie de ces rires patho­logiques ce qui contribuerait ultérieurement à l’élucida- tion des mécanismes neurochimiques sous-tendant la production du rire normal. Voici de nouvelles perspec­tives de recherches !

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